Le sommelier Philippe Lapeyrie, porte-parole du Festival des vins de Saguenay, était de passage à Chicoutimi pour le lancement de son neuvième guide de coups de coeur.

Le Lapeyrie vin vin

CHRONIQUE / L’année vingt-vingt a rendu le jeu de mots facile pour le guide Lapeyrie vin vin (2020). Le sommelier et porte-parole du Festival des vins du Saguenay, Philippe Lapeyrie, était de passage au restaurant Inter de Chicoutimi, mardi dernier, pour lancer son neuvième guide des vins.

Ça m’impressionne toujours de savoir qu’une personne a dégusté 2000 bouteilles de vin pour choisir 300 coups de cœur, qu’elle nous propose annuellement dans son guide des vins. « Je ne suis pas un critique de vin, je goûte, je recrache, évidemment, et si j’aime, j’en parle et si je n’aime pas, je n’en parle pas », lance le sommelier, qui n’est attaché à aucune maison de vins et qui publie ses coups de cœur en toute indépendance.

Le guide propose une dizaine de rosés – 4,9 % des ventes à la SAQ avec 250 choix différents, comparativement à 15 au début des années 2000 –, une trentaine de vins blancs, plus de 130 vins rouges et des vins pour des cérémonies de mariages, des mousseux, des vins du Québec, des champagnes et des vins de garde. Ses coups de cœur sont classés par ordre de prix, du plus abordable au plus coûteux.

Savoir se renouveler

« J’ai l’impression de toujours jouer dans du nouveau. Il ne faut pas oublier qu’il y a près de 10 000 sortes de vin à la SAQ – 3000 vins blancs, 6000 vins rouges et près de 300 vins rosés. La société d’État arrive à se renouveler chaque année et on découvre toujours de nouveaux produits. Souvent, les mêmes productions seront différentes d’année en année en fonction du climat qui sévissait dans les régions, comme des sécheresses ou l’abondance de pluie. J’essaie aussi de me renouveler et de proposer de nouvelles étiquettes aux amateurs de vin », explique celui qui est toujours passionné après toutes ces années.

« J’aime boire du vin, je suis curieux, mais je m’intéresse plus à ceux qui fabriquent le vin qu’aux vignes elles-mêmes, qui ont poussé dans des sols argileux ou calcaires, ce qui procure telles caractéristiques au vin », dit-il.

« J’aime les histoires autour du vin. Je veux savoir pourquoi un producteur a choisi le nom que porte la bouteille ou le choix de l’étiquette. Je trouve plus intéressant de quoi est composé la vie du producteur que ce qui compose le vin », raconte Philippe Lapeyrie.

Cette curiosité se traduit d‘ailleurs très bien dans chacune des suggestions que fait le sommelier. On apprend que le vignoble Gérard Bertrand, qui produit le rosé Côte des Roses dans le Languedoc, est un ancien joueur de rugby qui a joué 17 saisons avec le club de Narbonne, ou qu’il chantait Embarque ma belle du groupe Kaïn à bord de la Golf de la vigneronne Nathalie Bonhomme (le vin Beau Bonhomme d’Espagne) sur la route de Valence, en visitant des vignobles.

Il parle beaucoup des vignerons qu’il visite en cours d’année, car le sommelier se déplace dans les vignobles. « En Toscane, le millésime 2016 fut remarquable, monumental, voire historique », écrit-il, dans une suggestion de vin.

On y trouve même un blanc à 7,20 $, parmi les coups de cœur, un Crama Regala Sauvignon. Un vin de Moldavie, 100 % sauvignon, un des vins blancs les moins chers de la SAQ. On trouve aussi deux rouges à 10 $, dont un Santa Julia – le domaine se nomme Santa Julia, car le père disait que Julia, sa fille unique, était une véritable sainte pour avoir enduré ses frères qui la taquinaient beaucoup quand elle était petite, un syrah d’Argentine.

On cherche souvent un bon rapport qualité-prix quand on achète du vin et on a toujours l’impression que plus on paie cher, meilleur sera le produit. Alors, quand un sommelier de renom comme Lapeyrie nous recommande des vins à 10 $, ça vaut la peine de les essayer. Parfois, je pars un peu à l’aveuglette dans les rangées de la SAQ et je me laisse influencer par le prix, par l’étiquette, par le cépage, par la région, par le pays ou par des valeurs sûres que je connais.

J’aime bien d’ailleurs me promener dans les allées de la SAQ avec son guide, pour essayer ses coups de cœur. En plus, ça fait du bien à notre ego de dégustateur de constater que le spécialiste et professeur à l’École hôtelière de la Capitale recommande des vins que vous avez déjà achetés et que vous avez appréciés. C’est agréable de savoir qu’on peut se faire confiance. Quand j’ouvre une bouteille à la table, j’en profite pour faire lecture des commentaires de Lapeyrie à mes convives. J’essaie de tester son « top-vin » pour me faire un top-5.

« Je veux que mon guide soit hyper grand public et accessible à tous. Le vin blanc continue à gagner en popularité au Québec ; ça représente 35 % des ventes à la SAQ. On les sert à 10 degrés Celsius. Les gens ont appris à apprécier les blancs, au cours des 15 dernières années », fait valoir le sommelier.

Pour ce qui est des tendances, Lapeyrie parle du vin orange. « C’est un vin blanc qui est vinifié comme du vin rouge, c’est-à-dire qu’on fait fermenter des raisins blancs avec leurs parties solides comme les peaux et les pépins. Ça fait partie des nouveautés qu’on voit sur le marché. Les vins nature gagnent aussi en popularité. Je reçois au moins 100 courriels par jour qui me parlent des vins bio », fait savoir Philippe Lapeyrie, qui nous prépare une belle surprise pour la 10e édition.