Lucie Tremblay et Jasmin Émond sont des passionnés de plongée sous-marine dans le fjord du Saguenay.

Le fjord comme studio de photo

CHRONIQUE / Lucie Tremblay de Laterrière peut être considérée comme la photographe officielle du fjord sous-marin. Elle se passionne pour la plongée et la photo sous-marines dans le fjord du Saguenay.
« Dans les 20 (6,1m) à 40 pieds (12,2m) d'eau de surface nous avons affaire à de l'eau douce, une eau assez brouillée qui n'offre pas une très bonne visibilité, mais en dessous, il y a la mer, de l'eau salée et là c'est super clair. L'eau douce et l'eau salée dans le fjord sont séparées par une ligne directe comme un flotteur dans un verre de boisson », image Lucie Tremblay qui plonge dans le fjord du Saguenay depuis plus de 12 ans.
« L'eau est claire, mais très froide, autour de quatre degrés et le grand avantage c'est qu'il fait complètement noir. Dans la noirceur totale, ce que nous voyons avec nos lampes ce sont les couleurs exactes des spécimens que nous observons. L'obscurité du fond marin du fjord n'est pas affectée par les rayons du soleil ; ce sont des conditions parfaites pour la photo », décrit celle qui a photographié et identifié plus de 56 espèces différentes de spécimens, dont 25 poissons.
Les photos du fond marin du fjord du Saguenay de Lucie Tremblay ont fait l'objet d'une exposition en 2013 dans le pavillon des croisières à la Baie et on peut découvrir ces 40 superbes photos dans la salle des grands océans à l'Aquarium du Québec. « On plonge près des falaises, c'est dans les profondeurs situées entre 60 et 80 pieds (18,3 et 24,4m) qu'il y a le plus de vie. On peut observer une multitude de choses comme des anémones, des méduses, des gastéropodes, des coraux, des crevettes, des crabes, des moules et des poissons de toutes sortes comme le loup de l'Atlantique, la morue ou le sébaste qui est bien connue des pêcheurs », détaille la photographe émérite.
« Ma plus belle découverte c'est une pieuvre, c'est rare d'en observer et c'est impressionnant. Il savoir qu'on voit seulement ce que notre lampe éclaire devant nous à quelques centimètres. Quand je décide de prendre une photo, ça prend du temps avant de pouvoir saisir le cliché. C'est vraiment difficile, il faut un ajustement parfait sur le sujet, il ne faut pas que je bouge et ça prend la bonne lumière », détaille la spécialiste qui confie réaliser une bonne photo sur 100 dans ces conditions difficiles.
Un débusqueur
Pendant que Lucie Tremblay installe son studio de photo dans le fond du fjord, son conjoint, Jasmin Emond fouine tout autour pour découvrir le maximum de choses. « On connaît les murs, les parois, les différents courants de Rivière-Éternité à Tadoussac. À chaque plongée il y a des choses différentes à voir, on se sent privilégié de voir toutes ces beautés. Nous avons été les premiers à observer des petits sébastes dans le fjord alors que la communauté de pêcheurs s'inquiétait de la disparition de cette espèce », note celui qui a fait l'acquisition d'un bateau pour naviguer sur le fjord.
« C'était devenu compliqué de plonger à partir de Sainte-Rose. Nos équipements sont lestés de plomb de 35 à 45 livres (15 à 18 kg) en plus des appareils photo ça devenait difficile de marcher sur les roches en face des restaurants près du quai », dit-il.
« C'est Jasmin qui s'occupe de tout la sécurité et l'entretien des équipements de plongée. Nos quatre enfants partagent cette passion avec nous. Avec le bateau nous pouvons élargir les horizons de notre terrain de jeux », avoue la spécialiste de la photo sous-marine.
« Nous on plonge pour voir des choses et Lucie plonge pour la photo. On fait du repérage pour elle et on lui indique ce qu'on a découvert, mais des fois, après 30 minutes de plongée, je commence à geler des doigts. Alors même si je vois un beau spécimen je ne lui dis pas, car on va devoir rester 15 minutes de plus dans l'eau glaciale » confesse Jasmin Émond devant sa partenaire de plongée.
Informations précieuses
Lucie Tremblay déplore le fait que des organismes comme Parcs Canada ou Pêches et Océans Canada manquent de ressource scientifique dans leur effectif. Le gouvernement conservateur a coupé les vivres de la recherche scientifique au cours des dernières années et ça devient difficile d'entretenir des contacts. On découvre des choses passionnantes qu'on aimerait documentées, mais il y a peu de ressources disponibles », dénonce cette passionnée du fjord.
Quand on jette un oeil sur les superbes photos du fond marin du fjord réalisé par Lucie Tremblay on se dit que le Musée du fjord à La Baie aurait avantage à en faire l'acquisition et de les rendre disponibles sur une tablette électronique à l'intérieur du musée. Les espèces pourraient être accompagnées d'une fiche descriptive avec comme objectif de photographier les 200 quelques espèces marines qui vivent dans les abysses du fjord.