Le dragon de la cyberdépendance

CHRONIQUE / Nous avons un beau grand garçon de 20 ans à la maison qui étudie en génie informatique. Inutile de vous dire qu’il passe de nombreuses heures sur son ordinateur et sur les consoles de jeux vidéo. Pour le taquiner à l’occasion, pour le faire passer du sous-sol à la salle à manger, je lui crie du haut de l’escalier : « hey, mon cyberdépendant, le souper est prêt ». Plus souvent, je l’appelle mon « superdépendant », c’est le fils de ma blonde. Je trouve que c’est un super gentil garçon, allumé, qui assume sa génération et qui a grandi avec Internet. Il ne rate pas une occasion de s’inviter dans les discussions autour de la table et ne rate pas l’occasion non plus de nous prendre en défaut si on avance des choses non avérées. Avec Google, aujourd’hui, aucune question ne reste sans réponse.

Souvent, lors de nos discussions familiales, je m’étonne de ses connaissances. L’autre jour, la discussion a bifurqué sur l’époque romaine, de César et Cléopatre. Et là, le jeune se met à nous parler de la dynastie des Ptolémées, de la légende du tapis dans lequel Cléopatre a été enroulée pour retrouver Jules César à Alexandrie et qu’elle devait épouser son frère pour régner.

Alors je lui dis : coudonc, t’as pris ça où ces histoires-là. Tu étudies en génie informatique et tu passes des heures sur ton ordino à bâtir des algorithmes, à ce que je sache, tu ne m’as jamais parlé de cours d’histoires à l’université ?

« Dans mes jeux », dit-il tout souriant. « Dans Assassin’s Creed, l’action se déroule dans différents endroits dans le monde et souvent on peut “chiller” avec des personnages historiques ». Ça pique un peu ma curiosité et je descends avec lui dans le sous-sol pour qu’il me montre ça. J’ai l’air reculé par le tonnerre, mais je ne connaissais que de nom cette série de jeux vidéo historiques réalisée par Ubisoft. Il m’a montré quelques séquences du jeu qui se déroulent dans les décors de l’Égypte antique. On y voit le temple d’Horus et de nombreux sites archéologiques; fascinant.

« Pendant que le jeu se “reload”, il y a des petites capsules historiques qu’on peut lire au bas de l’écran, ça nous donne de l’information sur les endroits où se déroule l’action », me dit-il avec sa manette de jeu entre les mains.

J’étais fort heureux de constater qu’Ubisoft profitait de ses jeux pour à la fois éduquer les jeunes en plus de les distraire. Je dois vous avouer que ma génération n’a pas appris grand-chose en jouant à Pac-Man, Super Mario Bros, Tetris ou Donkey Kong.

L’Impact du documentaire Bye

Le documentaire Bye, diffusé mardi à Radio-Canada, nous fait réfléchir sur ces nouvelles réalités que sont les jeux vidéos. L’homme d’affaires bien connu et vedette de l’émission Les Dragons, Alexandre Taillefer, raconte le suicide de son fils Thomas, à l’âge de 14 ans, et cherche à comprendre pourquoi il n’a pas eu d’aide alors qu’il a annoncé son intention de s’enlever la vie sur un site Internet.

Les témoignages sont touchants dans ce documentaire où des jeunes avouent passer plus de 35 heures par semaine derrière leur écran pour jouer à des jeux et interagir avec d’autres joueurs. 

Leur point de vue est très intéressant. Plusieurs confient qu’ils ont moins d’intérêt pour le monde hors ligne où ils se font souvent intimider. Les jeunes confessent qu’ils ont plus de facilité à interagir en ligne que dans la réalité. En ligne, ils se sentent importants, plus que dans la vraie vie.

Le « en ligne » s’impose de plus en plus comme mode de vie pour de plus en plus de gens. Les interactions sur Facebook ou Twitter en témoignent, sans compter tous les sites de jeux interactifs pour les jeunes. Dans le documentaire Bye, les jeunes interrogés avouent que s’ils vivaient une détresse, ils seraient plus à l’aise de le partager à leur communauté virtuelle que d’utiliser les ressources existantes comme Tel-Aide ou le Centre de prévention du suicide.

Devant ces confidences, Alexandre Taillefer a trouvé des partenaires pour lancer une application, « YOUHOU ! » pour diriger les jeunes vers une plateforme de prévention du suicide dans les écoles secondaires. Le monde change, les outils de prévention doivent changer aussi.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, les cas de cyberdépendance commencent à se manifester. « Il y a des gens qui ont communiqué avec le Centre de réadaptation en dépendance (CRD) du CSSS de Jonquière », indique Lyne Gagnon, de l’organisme le Havre du Fjord. D’ailleurs, l’organisme a publié sur sa page Facebook, vendredi, un article intitulé Mon jeune est-il cyberdépendant ? Sur la page Facebook du Havre du fjord, un texte rassurant, il n’y a pas que de mauvaises choses dans le cyberespace, tant qu’on reste connecté dans la réalité.