Roger Blackburn
Le Colonel Sanders de Chicoutimi, Rémi Dubé, avait hâte de brasser ses épices secrètes au comptoir de Place du Royaume.
Le Colonel Sanders de Chicoutimi, Rémi Dubé, avait hâte de brasser ses épices secrètes au comptoir de Place du Royaume.

Le colonel et ses épices secrètes

CHRONIQUE / Rémi Dubé, le Colonel Sanders de Chicoutimi, avait hâte de brasser ses épices secrètes dans son restaurant de Place de Royaume, lundi, dans le cadre de la réouverture de ce secteur commercial. Rémi Dubé travaille depuis 42 ans pour les franchises de Poulet frit Kentucky (PFK) au Saguenay.

« Je suis sur mes derniers milles Roger, j’ai 64 ans. Là, j’étais tanné d’être arrêté, ça faisait deux mois et demi, c’était le temps qu’on se remette au travail. Après 42 ans, j’avais hâte de reprendre », dit-il, alors que je l’ai rencontré devant son comptoir de service dans l’aire de restauration du centre commercial du boulevard Tablot.

Seulement la moitié des comptoirs de restauration était ouvert dans l’aire de restauration, lundi, sur l’heure du dîner, et le PFK se préparait pour ouvrir dès mardi. « J’ai dit à mon patron que c’était mieux de prendre la journée de lundi pour préparer le comptoir de service, préparer nos salades et brasser mes recettes. Demain, je vous promets qu’on va être ouvert », lance-t-il à une dame au passage qui voulait passer une commande.

Le PFK encore très populaire

« C’est une marque de restauration rapide qui demeure encore très populaire après toutes ces années », assure celui qui a fait tous les métiers, dans cette franchise, de la cuisine à l’administration. « Ce n’est pas comme à nos débuts, il y a bientôt 43 ans. Nous étions le seul restaurant de restauration rapide, il n’y en avait pas d’autres, c’était un achalandage tous les jours. La fête des Mères était la plus grosse journée de l’année », relate celui qui préfère les cuisines à l’administration après toutes ces années.

« À l’époque, deux morceaux avec des frites ça coûtait 0,85 $. Aujourd’hui, c’est 9,99 $ avec un breuvage. Nous n’avions pas autant de produits à offrir qu’aujourd’hui. Il y avait le casse-croûte, le dîner économique, le baril et le seau », se rappelle Rémi Aubé, assurant que la recette de poulet n’a pas changé avec les années.

Pour emporter seulement

De nombreuses personnes s’attendaient à pouvoir manger leur repas rapide sur les tables des aires de restauration. Malheureusement, seules les commandes pour emporter étaient disponibles. Les clients se résignaient à manger dans leur voiture et les travailleurs dans l’arrière-boutique de leur magasin.

Les aires de restauration n’étaient pas accessibles à la clientèle. Seules les commandes pour emporter étaient disponibles dans les comptoirs de restauration.

Au Faubourg Sagamie à Jonquière, les employés du restaurant Salé sucré avaient hâte de retrouver leur clientèle. « Les habitués étaient bien déçus de ne pas pouvoir boire leur café à une table. On attend les clients. Nous devons changer nos façons de travailler et nous devons porter des masques pour protéger nos clients », m’explique une serveuse.

« Il faut s’adapter. Je collais des ronds de distanciation aux deux mètres devant la caisse et j’en ai collé cinq, alors qu’il y a une trentaine de clients d’habitude », témoigne la propriétaire Audrey Lapointe.

Pour plusieurs personnes, les centres commerciaux sont des milieux de vie. C’est là qu’on va prendre notre café le matin pour discuter avec des amis. La clientèle régulière et les employés ont développé des liens, avec les années, et partagent des discussions. Les personnes qui travaillent dans ce lieu d’affaires sont aussi des clients qui consomment et ça va sûrement faire du bien à tout ce monde de reprendre un semblant de vie normale.

Pas encore une expérience agréable

Les centres commerciaux ont rouvert leurs portes, mais ce n’est pas encore une expérience agréable de magasinage. Il suffit de s’installer à la porte d’entrée durant quelques minutes pour se rendre compte que ce n’est pas tout le monde qui se lave les mains. Il y a aussi les distraits, ceux qui marchent dans le sens contraire des flèches, qui nous font tourner en rond à certains endroits. À un moment, on se demande comment on va traverser une file qui s’étire sur toute la largeur du mail devant le magasin.

Il faut se laver les mains en entrant dans le centre commercial et avant d’entrer dans chaque boutique. Pour les magasineux, c’est un véritable rallye de désinfection. J’ai remarqué qu’on faisait la file devant les commerces d’électronique et ceux de mode féminine, où de véritables cartes de mode attendaient patiemment leur tour pour entrer. Je dis des cartes de mode à propos de ces filles coiffées à la perfection, avec un maquillage impeccable, portant des souliers sans aucune égratignure et des sacs à main sans aucune marque d’usure, habillées évidemment selon les dernières tendances. Ce sont elles qui alimentent notre réputation de gens fiers qui se maquillent et se coiffent pour aller au dépanneur et au centre commercial.

La police des flèches

Je peux vous confirmer d’avance que la direction des flèches au sol n’est presque pas respectée. Des préposés et des employés rappellent continuellement aux gens de suivre le sens des flèches même quand elles veulent aller dans l’autre direction. C’est triste aussi de voir une dame âgée, accompagnée de sa fille, qui cherche une place pour reposer ses vieilles jambes alors que tous les bancs et chaises de repos ont été enlevés. Quand la dame finit par trouver une banquette accessible dans l’aire de restauration, on la regarde s’asseoir avec un soupir de soulagement et on espère que la police des flèches et des chaises ne viendra pas lui dire que c’est interdit. Si vous allez au centre commercial, organisez-vous pour savoir ce que vous voulez, ce n’est pas vraiment le temps encore de magasiner.

Pour ce qui est du Salon de coiffure pour hommes de Place du Royaume, où on se présente sans rendez-vous et qu’on obtient une coupe immédiatement ou dans l’heure qui suit, j’ai réussi à avoir un rendez-vous pour mercredi matin. Ça va faire du bien, je suis à la veille de me gominer tout ça sur la tête. Le mot hirsute a tout son sens le matin.