Le choc des générations

CHRONIQUE / Les temps changent, les comportements changent, les façons de parler au monde changent et ça ne fait que commencer. La dernière affaire dans le feu de l’actualité est celle de Gilbert Sicotte mercredi. Le comédien et professeur au Conservatoire d’art dramatique de Montréal a été suspendu lorsque Radio-Canada a fait enquête pour des allégations de harcèlement psychologique et de violence verbale par la direction de l’école qui forme des comédiens.

Les vieilles façons de faire ne tiennent plus la route. Il y a 40 ans, les professeurs nous tapaient derrière la tête quand nous étions agités dans la classe, plusieurs parents donnaient la fessée aux enfants ou les corrigeaient physiquement en raison de mauvais comportements. Ça ne se fait plus de nos jours. Avec les années, les sévices physiques ont laissé la place à la punition dans la chambre, à la privation d’un jouet ou de dessert au souper.

Les professeurs ne touchent plus aux élèves avec une caresse pas plus qu’avec une tape d’encouragement sur les épaules de crainte de se faire accuser d’attouchements. Les professeurs masculins s’interdisent de rencontrer une étudiante seule dans leur bureau pour des raisons similaires. 

Nous avons ensuite intégré les méthodes de renforcement positif dans l’éducation des enfants. On ne leur dit plus « non ». Quand un enfant demande du chocolat avant le souper, les parents ont appris à ne pas dire : « non, tu va gâcher ton repas », mais : « oui, tu auras du chocolat après ton repas si tu manges tes légumes ». Les enfants doivent vivre des succès au lieu de subir des échecs. Ce sont de nouvelles façons de faire qui ont accompagné ces jeunes jusqu’à l’âge adulte.

Ces jeunes adultes aujourd’hui n’acceptent donc pas qu’on leur crie après et se sentent menacés ou intimidés face aux vieilles méthodes d’enseignement. C’est comme ça dans le monde artistique comme dans la plupart des milieux. On ne casse plus les soldats dans l’armée comme à l’époque de Full Metal Jacket. On n’entraîne plus des joueurs de hockey comme à l’époque de Scotty Bowman qui se faisait haïr de ses joueurs pour les mener à la victoire et les amener à se dépasser. On ne crie plus d’insultes à la tête des gens, c’est comme ça maintenant.

Que ce soit dans une cuisine de restaurant, dans un vestiaire sportif, sur une scène, dans une salle de rédaction d’un journal, sur un plateau de tournage ou dans une classe, on ne démolit plus les gens pour les pousser en avant et les amener à se dépasser. 

De nos jours on accompagne, on récompense, on valorise, on félicite, on reconnaît ce que les gens réalisent. On critique avec des gants blancs, on choisit nos mots, on ménage nos propos, on n’agresse plus les gens verbalement, on n’insulte plus.

Le pendule continue de se balancer dans l’extrême, tellement que, parfois, on n’ose plus complimenter de peur que ce soit mal interprété.

Conflit de générations

« Depuis qu’on a sorti des églises à la fin des années 70, la notion d’autorité est en perpétuel changement. Les taloches derrière la tête n’étaient pas la meilleure façon de faire comprendre les choses, mais ça avait le mérite d’être clair », fait valoir le psychologue du Centre de réadaptation régional, Louis Legault, à qui j’ai parlé avant qu’il prononce une conférence sur la parentalité, vendredi matin. 

« De nos jours, la notion d’autorité n’est pas claire pour les jeunes qui font face à différents modèles. L’autorité à la maison, l’autorité au centre de garde, l’autorité à l’école, l’autorité d’un entraîneur sportif ou d’un professeur de musique ne s’exercent pas de la même façon. Les plus âgés qui ont vécu dans un environnement différent des jeunes d’aujourd’hui doivent s’adapter aux réalités générationnelles », exprime le psychologue.

Les plus âgés ne peuvent plus faire subir ce qu’ils ont subi. Les gens de plus de 60 ans en autorité sur des gens de moins de 30 ans ont de grands défis relationnels; ils ne viennent pas de la même planète, pourrait-on imager.

Depuis quelques mois, des cas d’inconduites sexuelles, dont certains très graves, ont été dénoncés. Dans le cas de Gilbert Sicotte, on dénonce la façon Scotty Bowman d’enseigner, les vieilles manières de pousser les gens à la performance ; bienvenue en 2017 ! Et ce n’est pas fini, le pendule va continuer de basculer à l’extrême encore longtemps.

Les enfants-rois élevés par des parents hélicoptères, qu’on appelait autrefois des mères ou des papas poules, arrivent à l’âge adulte. Ces enfants ont grandi avec des casques de vélo, des sièges d’auto avec des coussins gonflables, de l’anxiété ou de l’hyperactivité contrôlée par médication et n’ont connu que des succès, peu d’échecs.

Une nouvelle espèce

Lucien Francoeur, le rockeur, poète et professeur de littérature au cégep, disait en 2011 à propos des nouveaux élèves : « Ce n’est pas seulement une nouvelle génération. C’est une nouvelle espèce. Ils font partie d’une civilisation qui est celle du numérique... On est VHS, ils sont MP3. On est brosse, craie, tableau. Ils sont dans la navette spatiale avec cellulaire, laptop et iPod. »

Les jeunes n’endurent plus qu’on lève le ton, qu’on fasse des commentaires déplacés, qu’on critique sévèrement. Soit on s’adapte, soit on se fait remettre à sa place et, comme dans plusieurs cas, ça finit par « tasse-toi mononcle ! ».