Une photo de l’Armée canadienne montrant le soldat Pierre-Eugène Guay au Petit-Vimy, en France, en septembre 1917.

«Le Canada a payé l’impôt du sang»

Pour souligner le centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, la Société historique du Saguenay (SHS) lancera vendredi un numéro de la revue Saguenayensia consacré aux deux guerres mondiales. Lors de ce lancement, l’historien Jérôme Gagnon présentera une conférence sur Pierre-Eugène Guay intitulée La vie d’un soldat dans la Grande Guerre.

« Les héros de guerre en 1918 n’étaient pas très bien perçus par la population régionale à cette époque. Il faut se rappeler que les habitants du Saguenay-Lac-Saint-Jean avaient voté massivement contre la conscription et le service militaire obligatoire. Mais le jeune Pierre-Eugène Guay nous a laissé en héritage 71 lettres qu’il a écrites à ses parents alors qu’il était au front du 28 janvier 1916 au 26 avril 1918 », relate Jérôme Gagnon que j’ai rencontré dans les bureaux de la SHS.

Son père Joseph-Dominique Guay, le fondateur du Progrès du Saguenay, a d’ailleurs publié quelques-unes de ses lettres dans son journal, ce qui a fait de lui un soldat connu par la population qui suivait son parcours en lisant sa correspondance. « Il est décédé le 1er mai 1918 à l’âge de 24 ans, atteint par un éclat d’obus alors qu’il inspectait sa compagnie », rapporte l’historien.

Volontaire à 22 ans

« Pierre-Eugène Guay avait des talents d’écrivain. L’été, pendant ses études de droit à l’Université Laval, il travaillait comme journaliste au Progrès du Saguenay. En 1916, alors qu’il travaillait comme avocat dans une firme de l’Alberta, il décide de quitter son emploi pour s’enrôler dans l’armée et partir à la guerre », met en relief Jérôme Gagnon qui a lu toutes les lettres du jeune soldat chicoutimien.

Le numéro de Saguenayensia qui sera lancé vendredi traitera des deux guerres mondiales.

« Il a été élève officier en Alberta et est parti pour la Grande-Bretagne pour s’entraîner avant de rejoindre les hommes du 22e bataillon dans la région de la Flandre en France. À l’époque le 22e Régiment ne portait pas la mention de “Royal régiment”, car pour avoir la mention “Royal” un régiment devait avoir connu le feu de la guerre, ce qui n’était pas le cas du 22e lors de la Première Guerre », explique l’historien.

Jérôme Gagnon rappelle que le Royal 22e est encore le seul régiment d’infanterie majoritairement francophone au Canada. Il a été dirigé par le général Thomas-Louis Tremblay de Chicoutimi durant la Première Guerre. « Les forces armées canadiennes avaient créé un régiment entièrement francophone pour inciter les Québécois à devenir des volontaires pour la guerre. Les francophones hésitaient à s’engager, car la guerre, ça se passait en anglais et ce n’était pas évident pour un francophone de quitter sa patrie pour s’enrôler dans l’armée alors qu’il ne comprenait pas un mot d’anglais », explique l’historien.

La guerre et les permissions

« Dans son parcours, Pierre-Eugène Guay racontait à ses parents les expériences qu’il vivait. C’est un homme qui aimait beaucoup les “permissions” et qui en profitait pour faire connaissance avec les habitants du village où il était », explique Jérôme Gagnon.

« Pendant son entraînement en Angleterre, le soldat a profité des beautés de la ville de Londres où les clubs et restaurants sont mobilisés pour accueillir tous les soldats de l’Empire britannique. Guay a suivi une formation d’officier-mitrailleur sur les Lewis Mark, une des mitrailleuses les plus marquantes de la Première Guerre mondiale », évoque Jérôme Gagnon.

Joëlle Hardy, directrice générale de la SHS, Jérôme Gagnon, historien, et Audrey Naud, coordonnatrice aux projets et aux communications de la SHS, posent devant des objets concernant Pierre-Eugène Guay.

« Le conflit était une guerre de tranchées sur un front de 700 kilomètres. Quand un soldat laissait le front pour une permission de quelques jours, il pouvait visiter des villes et villages où les citoyens menaient une vie normale et avec un peu de chance visiter Paris », fait valoir l’historien.

Pour ce qui est de la vie au front, le soldat P-E Guay la décrit avec moult détails. « La vie dans les tranchées, ses compagnons de guerre, l’état des lieux, et une description de la Bataille de la cote 70 près de Vimy, font partie de ses correspondances », précise-t-il.

Une lettre conservée par la Société historique du Saguenay provenant des forces armées canadiennes explique à son père J-D Guay pourquoi son fils a été décoré de la croix militaire. « Pour action d’éclat et fidélité à son devoir. Il a organisé son peloton pour l’attaque avec une habileté rare, l’entraina dans un élan irrésistible, capturant une mitrailleuse ennemie haut la main mettant ses adversaires hors de combat... Il donna un bel exemple de sang-froid et de courage », peut-on lire. La tombe de Pierre-Eugène Guay est au cimetière de Wally, en France.

Les deux guerres

Le numéro de Saguenayensia qui sera lancé vendredi aborde différents sujets des deux dernières guerres comme la conscription, des prisonniers allemands au Lac-Saint-Jean, les maisons de guerre et le musée de la défense. Le lancement aura lieu le vendredi 16 novembre, à 17 h, à la Légion royale canadienne filiale 209 d’Arvida à Jonquière.

Le moment de la relève à Petit-Vimy en France. De gauche à droite on retrouve le lieutenant Bourgaud (en haut) un Canadien anglais (tête nue), le lieutenant Georges Lamothe, le lieutenant P.-E. Guay et un individu non identifié.

« Le Canada a payé l’impôt du sang lors de la Première Guerre en combattant pour l’Empire britannique et c’est d’ailleurs grâce au sang versé par les soldats que le Canada a laissé son statut de colonie pour devenir un pays et obtenir un siège à la Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU », termine Jérôme Gagnon.