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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Un village de glace attend les pêcheurs dans l’Anse-à-Benjamin.
Un village de glace attend les pêcheurs dans l’Anse-à-Benjamin.

Le bonheur flâne sur les glaces [PHOTOS]

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CHRONIQUE / Les cabanes vont commencer à embarquer jeudi matin, sur les glaces de la baie des Ha! Ha!, dans le secteur de l’Anse-à-Benjamin, mais ça fait déjà quelques jours que le bonheur a embarqué sur les glaces. On voit le plaisir dans les yeux des adeptes, qu’ils soient assis sur un seau de plastique, sur une chaise pliante, sur leur motoneige, sur leur VTT, dans une tente ou dans leur petite cabane mobile.

Mardi matin, pendant que les déneigeurs soufflaient la faible épaisseur de poudreuse pour dégager les rues sur le site du village de cabanes, une centaine de mordus du large étaient en action au-dessus de leurs trous de pêche.

Un village de glace attend les pêcheurs dans l’Anse-à-Benjamin.

Prendre le large

Je marchais lentement sur les glaces avec un moins six degrés au mercure, pas de vent, ça sentait bon, il faisait beau. À plus de 400 mètres des rives dans l’Anse-à-Benjamin, je croise Antoine Claveau, un pêcheur de 74 ans qui surveille les six cannes à pêche qui courtisent le fond du fjord.

« Il n’y a pas de limite quant au nombre de lignes et on n’a pas besoin de permis de pêche, mais il y a un quota de cinq poissons de fond par jour. Ici, on appelle ça le secteur de la craque. Je pêche dans environ 140 pieds d’eau. Moi, je suis un gars du large. La cabane, c’est pour ma blonde, moi je préfère être dehors », lance l’homme, qui a bien hâte d’embarquer sa nouvelle cabane sur les glaces.

« Je me suis fait une belle cabane neuve, cet automne. J’ai acheté un “frame” de roulotte avec les roues et j’ai bâti une belle cabane de 8 X 16 qui pèse 1600 kilos. Faut être en bas de 2000 kilos pour embarquer à 12 pouces de glace », m’informe-t-il.

Le pêcheur de Chicoutimi s’est organisé pour être capable de traîner sa cabane lui-même. « Avec mon ancienne cabane à pêche, il fallait que je paye un remorqueur de Chicoutimi 150 $ pour la livrer ici et 150 $ pour la ramener à Chicoutimi. Il fallait en plus que je paye le gars du tracteur 50 $ pour l’embarquer et la débarquer des glaces. Maintenant, je peux tout faire ça moi-même », raconte-t-il, satisfait de son travail.

Entre eux, les pêcheurs parlent du brise-glace et de l’épaisseur de la glace. « Quand la glace est bonne, on peut se rendre jusque dans l’Anse-à-Poulette et au cran des Vikings », explique Antoine Claveau, qui s’interrompt pour remonter un petit sébaste qui vient de mordre à l’hameçon. « Ça ne fera pas un gros souper », dit-il en filetant le poisson.

Sur les glaces depuis 40 ans

Un peu plus loin, encore plus au large, on fait la rencontre de Robert Thorn, un menuisier à la retraite qui a travaillé à la centrale de Shipshaw. « Ici, on pêche dans 300 pieds d’eau. Je suis venu au large trois fois à pied, mais là, j’ai apporté ma motoneige, je ne suis pas un cheval pour traîner tout notre équipement », blague-t-il.

Ça fait 40 ans que Robert Thorn passe l’hiver sur les glaces avec son épouse. « Au début, quand on venait pêcher, il n’y avait pas plus qu’une vingtaine de cabanes dans l’anse. Dans le temps, on pouvait percer des trous dans plus de 50 pouces de glace. Ça prenant deux rallonges sur nos perceuses », fait-il savoir.

Les déneigeurs dégagent les rues du village de pêche dans l’Anse-à-Benjamin.

« Dans le temps, avec mon beau-frère, on pouvait capturer 40 morues et 400 sébastes dans une seule journée. Une fois, je me rappelle, nous en avions 350 d’empilés. »
Robert Thorn

Quand les cabanes vont commencer à arriver, à partir de jeudi, le couple de Jonquiérois va s’installer pour les six prochaines semaines. « On va coucher dans notre cabane tous les soirs, on a tout ce qu’il faut, même une douche. On retourne à la maison une fois par semaine pour une brassée de lavage. Il y a eu des années où on passait Noël dans la cabane à pêche », fait savoir celui qui a aussi un camp de pêche sur la Zec de la Boîteuse. « Je pêche pendant 10 mois et je chasse durant un mois, ça fait qu’il me reste un mois pour me reposer », lance le joyeux personnage de 64 ans.

Comme bien des vieux pêcheurs, Robert Thorn peut témoigner que ce n’est plus comme c’était, qu’il s’agisse de l’épaisseur de la glace ou des succès de pêche dans la baie des Ha! Ha!.

« Dans le temps, avec mon beau-frère, on pouvait capturer 40 morues et 400 sébastes dans une seule journée. Une fois, je me rappelle, nous en avions 350 d’empilés. Le temps qu’on fasse les filets, nos femmes en ont capturé 84 de plus. On demeure dans le secteur de Pibrac, à Jonquière, et on ne savait plus à qui donner nos prises. Il n’y avait pas de limite dans le temps et on pêchait sans arrêt. À cette époque, une morue de 12 livres, on remettait ça à l’eau, c’était trop petit », ajoute le pêcheur.

De l’éperlan pour le large

De retour vers la rive du Saguenay, le pêcheur Dominique Tremblay de Jonquière avait installé sa petite cabane dans un espace de glace dépourvu de neige. « Il y a un bon 14 pouces de glace de qualité. Il n’est presque pas tombé de neige qui agit comme un isolant d’habitude », indique l’amateur qui a très hâte de s’installer sur les glaces jusqu’au 7 mars.

Au bord, dans le fond de l’Anse-à-Benjamin, dans deux pieds d’eau, des amateurs taquinent l’éperlan. « On capture de l’éperlan pour s’appâter aux poissons de fond au large », lance Jean Brousseau de Chicoutimi. Juste avant de quitter les glaces, un pêcheur d’éperlan nous interpelle et demande au photographe Jeannot Lévesque de prendre une photo du meilleur pêcheur d’éperlan de La Baie. « Il faut que ce gars-là passe dans le journal, c’est le meilleur pêcheur du coin. » Du haut de ses 80 ans, Lucien Desbiens n’est pas très bavard, mais sa chaudière de poissons était bien garnie.

Les glaces de La Baie apparaissent comme un lieu de prédilection avec la COVID qui restreint nos activités. L’organisme Contact Nature a annoncé officiellement l’ouverture du village sur glace de l’Anse-à-Benjamin dès le jeudi 28 janvier à 8h, alors que l’embarquement des cabanes doit se faire sur rendez-vous.

« Le système de prise de rendez-vous permettra d’accueillir 108 cabanes par jour sur les deux villages en semaine et 120 par jour sur les deux villages les fins de semaine. Les heures d’embarquement sont de 8h à 17h en semaine et de 7h à 17h le samedi et dimanche », précise l’organisme par voie de communiqué.

« Au village de pêche blanche de Grande-Baie, une importante fissure sur le chemin d’accès principale empêche le déneigement du site, ainsi que l’embarquement. La fissure est vérifiée et déneigée manuellement chaque jour pour accélérer sa réparation. Les pêcheurs peuvent demeurer optimistes, puisque la fissure épaissit rapidement », précise Contact Nature, sans toutefois avoir de date précise pour l’embarquement.

Jean Brousseau et Marie-Claude Benney, de Chicoutimi, capturent de l’éperlan pour s’appâter aux poissons de fond.