Il me semble que si j’étais une jeune famille avec deux ou trois enfants je choisirais une maison près d’une école juste pour le bonheur de voir les enfants marcher sur le trottoir avec leur sac à dos en bousculant leurs amis au passage.

Le bonheur d’aller à l’école à pied

CHRONIQUE / J’ai grandi dans un quartier où l’on pouvait se rendre à l’école à pied. J’ai fait toutes mes études primaires en marchant vers l’école avec des amis le matin, le midi et en fin de journée. J’arrivais à la maison pour dîner pour retrouver ma mère derrière les chaudrons et les assiettes fumantes sur la table. Je n’avais pas de lunch, pas d’autobus à prendre et pas de service de garde. Je ne savais pas que je faisais partie des privilégiés, c’était comme ça dans toutes les maisons autour de l’école.

À chaque rue que je traversais sur mon chemin, des amis s’ajoutaient. Ils attendaient, sur la galerie, qu’on passe près de leur maison pour se joindre au groupe de garçons en marche vers l’école. C’était comme ça tout le temps, je ne me souviens pas d’avoir vu des autobus jaunes devant l’école, tout se passait à pied.

C’était avant l’étalement urbain, avant que de nouveaux quartiers s’établissent loin des écoles déjà existantes et que les tout-petits ne puissent marcher plus de 1,6 kilomètre pour se rendre à une école qui n’est même pas dans son quartier.

Vivre près d’une école
Il me semble que si j’étais une jeune famille avec deux ou trois enfants je choisirais une maison près d’une école juste pour le bonheur de voir les enfants marcher sur le trottoir avec leur sac à dos en bousculant leurs amis au passage. Ça doit faire du bien au bonheur de voir ça, plus j’imagine, que de voir l’autobus jaune s’arrêter devant la maison.

Pour Carlos Cordeiro, directeur général de la Chambre immobilière du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il ne fait pas de doute que les maisons situées près des écoles et des services représentent un attrait important pour les jeunes familles. « Ces maisons vont toujours se vendre mieux, car il y a de nombreux avantages pour les parents et les enfants », assure-t-il.

Tranquillité d’esprit
« Je l’ai vécu moi-même pendant plus de 10 ans alors que nous habitions près de l’École André-Gagnon à Chicoutimi. Il y a une tranquillité d’esprit à voir ses enfants, par la fenêtre, en train de marcher vers l’école. C’est pratique aussi en cas de pépin pour se rendre rapidement à l’école pour les parents qui sont à la maison ou les travailleurs autonomes qui travaillent chez eux », fait valoir celui qui a apprécié la proximité d’une école primaire dans son quartier résidentiel.

« Quand une école est située dans son quartier, on finit par développer un sentiment d’appartenance plus fort encore à son environnement. Comme il y a plusieurs familles dans le quartier, ça fait que les enfants ont plus d’amis dans le voisinage et que la vie de quartier est plus active. Les parents se connaissent entre eux et s’impliquent davantage dans la vie communautaire, nous sommes plus actifs et on se sent plus chez nous dans cet environnement », fait valoir le père de famille.

Une vie plus joyeuse
« La vie scolaire est plus agréable aussi quand les professeurs ont enseigné aux frères ou aux sœurs avant, ça crée de meilleures relations avec les enfants et les parents, ça fait une vie scolaire plus joyeuse », soutient le professionnel en vente immobilière.

« Pour deux maisons identiques, celle située près d’une école va se vendre plus rapidement et à meilleur prix. On le constate encore aujourd’hui, ça demeure un critère d’achat très important et les parents n’hésitent pas à payer plus cher pour se retrouver dans ce genre d’environnement », dit-il.

L’école primaire s’impose encore aujourd’hui comme un milieu très avantageux pour les familles. Aller à l’école à pied ça permet aussi de gaspiller un peu d’énergie. Il suffit de se retrouver sur le chemin du retour à l’école pour constater que les garçons se bousculent encore en rentrant à la maison et que les jeunes marchent en petits groupes en riant et en flânant, ce qui est plus agréable que d’asseoir ses fesses sur le banc d’un autobus scolaire.

On se sent chez nous
La discussion avec le directeur général de la Chambre immobilière m’a rappelé d’ailleurs que les professeurs faisaient référence à mes frères et sœur au moment des présentations des élèves.

- Roger Blackburn

- Présent, mademoiselle.

- Es-tu le frère de Bertrand, Denis et Réjean ?

- Oui, mademoiselle

- Ok, c’est bon à savoir.

Je n’ai jamais su la réputation de mes frères qui m’ont précédé sur les bancs d’école, je m’en suis fait une rapidement, mais c’est vrai qu’à l’âge de six ans, à la rentrée scolaire, c’est rassurant de savoir que nos frères et sœurs sont passés avant nous. C’est vrai qu’on se sent plus chez nous quand la mademoiselle connaît la famille. L’école à pied, ça pourrait être un bel objectif d’éducation dans la présente campagne électorale.