À l’entrée du sentier pédestre, le maire Gérald Savard a rencontré l’artiste Ronald Chicoine de Bégin en train de réaliser une oeuvre sur un tronc d’arbre dessouché.

Le béguin pour Bégin

CHRONIQUE / Bégin fait partie de la vingtaine de villages de la région qui comptent moins de 1000 habitants. La moindre initiative pour ces petites municipalités contribue souvent à changer la vie des villageois. «Hier, un jeune homme d’affaires a décidé d’ouvrir un dépanneur. Le seul qu’on avait est fermé depuis quelques mois. Pour nous, c’est une excellente nouvelle. Ça fait partie des services essentiels et il ouvrira ses portes à la fin du mois de décembre», fait savoir Gérald Savard qui est maire de Bégin depuis 22 ans.

Celui qui est aussi préfet de la MRC du Fjord-du-Saguenay m’avait invité il y a quelques semaines pour découvrir les 19 sculptures en bois qui ont été restaurées dans le sentier pédestre de cinq kilomètres qui offre une vue imprenable sur la petite municipalité, dont le slogan «J’ai le béguin pour Bégin», une trouvaille marketing pour le 75e anniversaire du village.

Des sculptures restaurées

«Il faut que tu viennes voir le Totem du regretté sculpteur Michel Dallaire. On l’a installé au sommet d’une montagne à l’aide d’un hélicoptère. Il y avait un curé avec nous lors de l’installation et ça faisait trois fois qu’on essayait de le placer sur son socle. On a demandé au curé de nous aider à le placer et le totem est atterri directement dans son socle», raconte le maire de ce village qui doit son nom à l’évêque de Chicoutimi en 1888, Louis-Nazaire Bégin, avant qu’il soit nommé archevêque de Québec en 1898. C’est cet évêque qui avait demandé aux citoyens de Québec, en 1905, de ne pas aller à la représentation théâtrale de l’actrice française Sarah Bernhardt qui avait fait scandale à l’époque.

J’ai marché dans le sentier pédestre qui fait la fierté du maire. Chemin faisant, on y découvre des sculptures d’Harry Potter, du lièvre et la tortue, de Blanche-Neige et les sept nains, d’un ours dans la grotte et ce fameux totem. «On entretient ce sentier-là planche par planche. Je passe le taille-bordure deux à trois fois par été et de nombreux bénévoles nous aident chaque été», fait valoir Gérald Savard au sujet du sentier élaboré par le citoyen Gérald Perron. «Ça fait 24 ans qu’on en prend soin», dit-il.

Pour Gérald Savard, la mairie de Bégin c’est une affaire de famille. «Mon grand-père a été maire pendant dix ans, mon père a siégé 14 ans et j’en suis à ma 22e année. Notre famille a été à la mairie 45 ans sur 100 ans d’histoire», dit-il avec beaucoup de fierté.

Le totem du sculpteur Michel Dallaire a été restauré dans le sentier pédestre de Bégin.

Une rue neuve

J’ai même eu droit à une tournée du village en voiture. «Je veux te montrer la rue neuve du village», me lance-t-il. C’est vrai qu’une rue neuve dans un village 850 habitants, ce n’est pas chose commune. Du bitume impeccable, des lampadaires et une dizaine de maisons neuves sont un signe de vitalité pour les petits milieux. «Le CPE sera agrandi pour 13 places de plus et il y a 30 enfants qui attendent une place. L’école a un nouveau gymnase depuis deux ans, on a construit un nouvel entrepôt au coût de 300 000 $ qui sert à la fois à la municipalité, au club de motoneige et au centre de ski de fond; regarde comme il est beau», commente-t-il en roulant face au relais de motoneige Perce-Neige.

Service d’essence

Gérald Savard est bien fier aussi des pompes à essence avec surveillance à distance RL Énergies. «Quand j’ai rencontré Éric Larouche des Pétroles R.L. pour voir la possibilité d’offrir un service d’essence dans le village, il m’a dit: ‘‘si tu fais changer la loi, je te promets d’installer des pompes’’. Je suis intervenu personnellement auprès de Philippe Couillard à l’époque et on a réussi à faire modifier la loi à la Régie du bâtiment. Il y a maintenant des stations d’essence surveillées à distance dans plusieurs municipalités de la région, dont Labrecque et Saint-Félix-d’Otis», fait valoir celui qui a initié les démarches auprès du gouvernement du Québec.

La station-service de la municipalité de 850 citoyens avait fermé en janvier 2011 et les villageois ont été privés de ce service pendant cinq ans. Le volume de la consommation d’essence est publié chaque mois dans le bulletin d’information de la municipalité et le maire rappelle aux gens l’importance d’utiliser ce service pour qu’il demeure ouvert.

Avec la fermeture de l’épicerie et du dépanneur, les Béginois doivent rouler 20 kilomètres pour acheter un litre de lait. Gérald Savard s’occupe de son village comme un maire dirige une grande ville, pour un salaire annuel de 6000 $. «Small is beautiful» qu’on pourrait traduire par «dans les petits pots, les meilleurs onguents».

Les sculptures de Blanche-Neige et les sept nains accompagnent les randonneurs dans le sentier pédestre de Bégin.