De gauche à droit à l’avant Marie-Chantale Harvey, orthopédagogue, Karine Lavoie, professeure de français, et Sabin Lapointe, professeur de mathématique, posent en compagnie des jeunes raccrocheurs du projet OVNI. À l’extrême gauche, nous retrouvons Carl Poulin du projet Passion graffiti.

L’autre chemin de l’école

CHRONIQUE / « À l’école normale, j’étais trop laissé à moi-même. Moi j’ai besoin d’encadrement, j’ai un TDAH et je n’arrivais pas à fonctionner. Ici à OVNI c’est mieux, les professeurs comprennent notre cheminement et ça me permet de progresser », de commenter Jérémy Tremblay, 19 ans, qui aimerait bien faire un diplôme d’études professionnel (DEP) en informatique.

Ils étaient une quinzaine, mardi après-midi, au local des jeunes de la rue du Havre à Chicoutimi, pour préparer le vernissage d’une exposition dans le cadre du projet Passion graffiti qui a mis à profit le talent créatif des jeunes décrocheurs. « OVNI, ça ne veut pas dire objet volant non identifié », a précisé l’orthopédagogue qui accompagne ces jeunes inscrits à l’éducation des adultes, Marie-Chantale Harvey. « Ça veut dire ouverture vers notre indépendance », précise-t-elle, même si on a tendance à penser des fois que les décrocheurs sont des extraterrestres.

« C’est un service qui existe depuis 25 ans. Ça permet de raccrocher les élèves qui ne cadrent pas dans le système scolaire conventionnel. On fait de l’enseignement personnalisé avec chacun des jeunes adultes, on s’adapte à leur rythme d’apprentissage, on les encadre et on leur offre un milieu d’apprentissage qui leur convient », indique Sabin Lapointe, le professeur de mathématique qui accomplit une tâche de remplacement cette année.

De longs tentacules

« Nos locaux sont situés à l’école Marguerite d’Youville et nous avons accès aux terrains de tennis, au terrain de soccer et à la patinoire pendant l’hiver. Les élèves font du sport au moins une heure par jour », détaille le prof de mathématique qui adore son expérience d’enseignement.

On est riche comme collectivité dans la région en matière d’éducation. La conseillère en communication de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, Claudie Fortin, me faisait remarquer, à juste titre, que le Centre de formation générale des adultes (CFGA) est un système à plusieurs tentacules pour accompagner tous ceux qui ne trouvent pas leur compte dans le système conventionnel. « Nous avons plusieurs projets adaptés à la clientèle, il y a de la formation pour des personnes handicapées, pour les élèves souffrant d’un handicap intellectuel. Il y a des classes pour différent corps de métier, il y a des classes pour Autochtones, des projets pour décrocheurs. Il y a des services pour tous ceux qui veulent se raccrocher à la formation scolaire », met-elle en relief.

« À l’école normale, ça ne marchait pas, confie Jessica en faisant rouler ses yeux au plafond. Je n’avais pas de motivation, il y avait trop d’information. Ici à OVNI on a le temps de décompresser, de se faire de la place dans la tête. Notre travail est récompensé et ça me motive à en faire plus », dit-elle.

C’est la même histoire pour Rafaël Girard, qui a rejoint OVNI il y a huit mois. « La routine, me faire dire quoi faire tout le temps, ça ne me plaisait pas. C’est plus motivant le genre de cheminement qu’on fait ici », dit-il.

De l’aide pour se qualifier

« Quand un jeune ne cadre pas dans le système scolaire conventionnel et qu’il devient un décrocheur, il se retrouve avec nous. Le but est de les aider à se qualifier sur le plan académique pour entreprendre un DEP ou obtenir leur diplôme de secondaire V. On va à leur rythme, on les encadre, on téléphone à la maison s’il ne se présente pas en classe le matin, on les supervise et on les motive dans leur cheminement », explique Karine Lavoie professeur de français dans le cadre du projet OVNI.

« Nous sommes trois professeurs pour accompagner la vingtaine de jeunes qui sont avec nous pour des périodes d’un ou deux ans. Nous recevons de nouveaux élèves en cours d’année et les groupes changent continuellement. Les jeunes ont toutefois suffisamment de temps pour développer de belles relations interpersonnelles », indique la professeure.

« On fonctionne par projet pour les intéresser. L’an passé nous avions un projet de magazine et c’est le journaliste Pascal Girard qui est venu les rencontrer pour les familiariser avec l’information. Cette année, nous avions un projet artistique avec Art-Pression et le graffiteur Carl Poulin qui les a mis en contact avec cette forme d’art. »

De jeunes raccrocheurs

« Je fais le tour des écoles pour sensibiliser les jeunes au vandalisme et j’en profite pour leur expliquer l’art du graffiti dans des lieux adaptés pour ça. Dans ce projet, les jeunes d’OVNI ont réalisé chacun une œuvre d’art avec différents objets et ils en font le lancement ce soir (mardi) pour exposer leurs réalisations », fait valoir Carl Poulin.

On connaît assez bien le système d’éducation avec les écoles primaires et secondaires et les cours traditionnels assis dans une classe avec un professeur à l’avant qui vous enseigne toutes sortes de matières. On oublie parfois que ce cheminement scolaire ne convient pas à tous et que notre système d’éducation offre d’autres chemins d’école à nos jeunes décrocheurs ou à nos jeunes raccrocheurs.