L’autobus gratuit pour les démunis

CHRONIQUE / Le temps des Fêtes approche, c’est le moment de l’année où les groupes communautaires font appel à la générosité des gens. C’est aussi le temps de l’année où les organismes voués à aider les démunis occupent un peu plus d’espace médiatique. C’est le moment de mettre un peu dans la lumière le travail des bénévoles, lequel constitue le filet de sécurité sociale des moins bien nantie de la région.

J’ai fait mon effort de guerre, cette semaine, en rencontrant les gens de la Saint-Vincent-de-Paul et de Moisson Saguenay, deux organisations de première nécessité. Au contact de ces gens, on fait une incursion par la bande dans le monde de la pauvreté. Ils nous racontent ce qu’ils font quotidiennement pour mettre de la nourriture dans le réfrigérateur de ces gens, ce qu’ils font pour vêtir leurs enfants et pour acheter des fournitures scolaires aux jeunes.

On parle ici de gens pauvres et en santé, alors vous pouvez imaginer ce que doit être cette situation pour les gens pauvres et malades? Les îlots de pauvreté à Saguenay et les déserts alimentaires (aucune épicerie avec des aliments frais à moins de 2 kilomètres) existent, mais ne font parler d’eux que dans le temps des Fêtes.

Du pain et des enjeux

Vraiment, à la lumière des témoignages entendus cette semaine, je considère sincèrement que le transport en autobus devrait être gratuit pour les pauvres à Saguenay. C’est déchirant de savoir qu’une mère de famille démunie doit consacrer 6,50 $ de transport pour se rendre à l’épicerie alors que, pour elle, ce montant correspond à l’achat de pain et de beurre. Ce n’est pas normal qu’on ne soit pas capable d’offrir gratuitement le transport en autobus aux démunies. Ce sont les gens qui en ont le plus besoin et ils sont exclus pour des raisons pécuniaires. La Société de transport du Saguenay (STS) a des prix préférentiels pour les aînés et pour les moins de 17 ans, mais pas de tarifs préférentiels pour les démunies. Ce n’est pas normal.

Le directeur général de la STS, Jean-Luc Roberge, convient qu’une tarification sociale pourrait s’appliquer à Saguenay et que la nouvelle carte à puce pourrait permettre de venir en aide à ces gens. «Nous avons des demandes à l’occasion de la part d’organismes pour aider des gens dans le besoin, mais nous allons rarement vers la gratuité. On offre parfois des coupons-rabais. L’implantation de notre nouvelle carte à puce va permettre de mettre en place des mesures de contrôle qui pourraient rendre plus accessible le service de transport en commun», fait valoir le directeur général.

De plus en plus de transports adaptés

La STS a de grands défis à relever, au cours des prochaines années. Je trouve inconcevable que les démunies de notre collectivité ne puissent pas monter gratuitement à bord d’autobus qui comptent souvent de nombreux sièges vides.

Les défis à venir sont encore plus importants en terme de transports adaptés. «Ça n’arrête pas d’augmenter depuis dix ans. Les personnes à mobilité réduite sont de plus en plus actives dans la société. Ces gens ont de plus en plus de besoins de transport, en minibus adapté ou en taxi, et on leur charge le même prix qu’un transport en autobus» met en relief Jean-Luc Roberge, conscient des défis à relever avec une population vieillissante.

«Nous réalisons plus de 220 000 déplacements par année pour cette clientèle d’environ 1000 à 1200 usagers. À titre d’exemple, le territoire de Saguenay est quatre fois plus grand que celui de Sherbrooke», indique celui qui est conscient des performances d’exploitation à mettre en place.

Les défis d’avenir devront être relevés en mettant à profit l’implication de l’UQAC, du Cégep et du CIUSSS pour optimiser le réseau de transport. Le nouveau corridor prioritaire du boulevard Talbot annoncé cet été comprendra des aménagements à l’UQAC, à l’hôpital et au cégep pour faciliter l’accès aux différents modes de transport. «Si nous pouvons aménager des débarcadères chauffés et facilement accessibles, ce sera possible pour la clientèle en transport adapté de débarquer à ces endroits pour attendre dix minutes avant d’être redirigé vers les autres arrondissements de la ville», indique Jean-Luc Roberge.

Transport en autobus gratuit pour Noël

Le changement de règne dans l’administration municipale à Saguenay permettra de revoir les objectifs de la STS à long terme. Le conseiller Marc Pettersen a été identifié comme la personne responsable de la STS au sein du conseil municipal. Son poste devrait être confirmé lors de la réunion du 6 décembre. «Le transport des gens à faible revenu est une problématique qui m’interpelle beaucoup tout comme l’est aussi le transport adapté qui, souvent, est en relation avec les démunis. L’égalité des chances, c’est un concept qui m’est cher. J’ai déjà eu des problèmes financiers dans ma vie, j’ai déjà vendu des bouteilles vides pour mettre de l’essence dans ma voiture. C’est important de donner accès au transport en commun aux démunis», a commenté Marc Pettersen qui promet de s’attaquer à ce problème dans les mois à venir.

La STS pourrait prendre la décision d’offrir le transport en commun gratuit pour tout le mois de décembre. Ça serait une belle façon de voir l’impact sur l’achalandage. Présentement, dans le cadre du lancement de la nouvelle carte à puce, celle-ci est gratuite jusqu’au 31 décembre 2017 à la recharge d’un titre mensuel ou d’un minimum de 15 $, indique-t-on sur le site de la STS. En janvier, cette carte d’accès coûtera 8 $ et pourra être valide pour dix ans pour la recharge mensuelle.

Il me semble que dans une optique de faciliter le transport social, la STS pourrait offrir cette carte gratuitement pour un mois. La STS pourra survivre à ce manque à gagner de 15 $, un luxe que ne peuvent s’offrir les démunies. Il me semble que ce serait un beau don de générosité pour les Fêtes.

Tarifs de la STS

  • Adulte : 66,00 $
  • Jeunesse (17 -) : 53,00 $
  • Âge d’or (65 +) : 39,00 $