La directrice du Musée du fjord à La Baie, Guylaine Simard est inspiré par son territoire.

L’ADN du fjord

CHRONIQUE / « Mon père dit que quand tu habites sur le bord d’une baie, y a deux façons de voir la vie : quand tu regardes comme ça, c’est une ouverture vers le monde, pis quand tu regardes de l’autre côté, bien, c’est un cul-de-sac . » C’est l’image que dépeint la comédienne Karelle Tremblay au comédien Pierre-Luc Brillant dans la bande-annonce du film La disparition des lucioles de Sébastien Pilote, qui sortira le 21 septembre.

C’est avec de l’émotion dans la voix que la directrice du Musée du fjord de La Baie, Guylaine Simard, rapporte cette allégorie.

« Je vais pleurer quand je vais écouter ce film-là, c’est sûr, car c’est exactement comme ça que je vois notre territoire, et c’est avec cette ouverture sur le monde que je dirige le musée », exprime cette Baieriveraine pure laine, qui a toujours manifesté son attachement pour La Baie.

La muséologue savoure cet été sa 35e année à la barre du musée et elle avoue avec sincérité ne pas avoir vu passer le temps durant sa longue carrière.

Directrice à 23 ans
Elle avait 23 ans, en 1983, quand elle a été embauchée comme directrice du musée. « Ça peut paraître jeune, mais c’était normal à cette époque », dit-elle, humblement, lors d’une entrevue réalisée dans son bureau, qui n’offre pas de vue sur la baie des Ha ! Ha ! , contrairement à d’autres salles du musée.

« J’ai eu des offres, pendant ma carrière, pour travailler ailleurs, dans d’autres villes, mais j’ai choisi de rester ici. J’ai le fjord dans mon ADN. J’ai toujours été fière de mon coin de pays et j’ai toujours fait valoir ses qualités partout dans le monde où j’ai visité des musées. Ce n’est pas parce qu’on est loin des grands centres qu’on ne peut pas réaliser de grandes choses », fait valoir celle qui fait rayonner le musée baieriverain bien au-delà de sa région.

En 35 ans, Guylaine Simard a fait progresser le musée pour lui donner une notoriété à travers le monde. « Ces dernières années, nous avons réalisé 16 expositions itinérantes, qui ont été vues par plus d’un million de personnes au Québec, au Canada et en Europe. L’exposition Fantastiques monstres marins a été présentée en France et en Belgique. Cette année, nous avons collaboré avec le Musée d’histoire naturelle de Nantes et l’Espace des sciences de Rennes, pour développer l’exposition Éternité : rêve humain et réalités de la science, qui fut présentée dans trois établissements en même temps », met en relief celle qui utilise son ancrage régional pour ouvrir des portes à l’international.

Sur les terres de son ancêtre
« Le musée est lové sur les rives du fjord, sur les terres de mon ancêtre Alexis Simard, qui était sur la goélette de la Société des Vingt-et-Un, en 1838. Ces fondateurs étaient des leaders de leur époque. Dans leur oeuvre de colonisation, ils ont toujours cherché à être modernes et ils n’ont jamais eu peur des défis. Je retrouve cette même fibre de défricheurs chez nos jeunes », constate la muséologue, qui accueille près de 50 000 visiteurs chaque année.

Guylaine Simard a été très active dans l’évolution des musées au cours des 35 dernières années. « Le déluge de 1996 a été le point marquant de la renaissance du musée, qui a été complètement reconstruit. Tout a été démoli autour du musée. C’était une zone de guerre. Nous avons rempli notre mission lors du déluge, et nous avons 59 heures d’enregistrement vidéo avec des témoignages de sinistrés que nous sommes allés revoir dix ans plus tard et que nous retournerons voir pour documenter leur témoignage », raconte la directrice animée par une soif insatiable d’apprendre et de savoir.

Le Musée du fjord a profité de la construction du quai d’escale et du programme Destination Saint-Laurent pour monter un projet de 4,2 millions $ pour la construction d’un aquarium habité par les principales espèces marines qui vivent dans le fjord. « Nous avons encore de grands projets à mettre sur pied pour faire vivre l’histoire et des expériences scientifiques aux visiteurs », confie celle qui est très active sur les médias sociaux pour continuer de faire rayonner le fjord, et ce qu’elle appelle « son auréole mythique ».