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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Le modèle de la STS avec des autobus vides qui circulent sur des circuits définis, sans savoir qui a besoin de transport ou non, est un modèle révolu.
Le modèle de la STS avec des autobus vides qui circulent sur des circuits définis, sans savoir qui a besoin de transport ou non, est un modèle révolu.

La STS, un modèle révolu

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CHRONIQUE / Je suis bien d’accord avec la position du conseiller municipal de Saguenay Michel Potvin quand il dit que « la continuité n’est plus une option » pour la Société de transport du Saguenay (STS) et le transport en commun dans la capitale régionale.

Il résume la situation en disant que la Ville verse 13 millions $ par année à la STS, pour un budget de 27 millions $, et que la STS compte 4500 usagers, dont plus de la moitié sont des étudiants. « Le coût par usager monte à plus de 2800 $ par année. [...] À ce prix-là, on va leur payer un char à ces gens », a-t-il dit à ma collègue Laura Lévesque, dans une entrevue publiée dans Le Quotidien du 13 janvier.

Il exagère un peu, M. Potvin, mais il a raison. Le transport en commun à Saguenay mérite une plus grande réflexion. Tiens, ça ferait d’ailleurs une belle thèse de maîtrise pour un étudiant en développement régional !

La STS a des revenus autonomes d’environ 5 M$. Ainsi, ce service coûte 22 M$ par année, en incluant les deux paliers gouvernementaux, dont 3 M$ pour le transport adapté. Si c’est vraiment le cas, que ça nous coûte 22 M$ pour répondre aux besoins en transport de 4800 personnes sur notre territoire, ça commence à être un non-sens.

Ça veut dire que collectivement, en rassemblant les sommes octroyées par Saguenay, Québec et Ottawa, on dépense près de 5000 $ par personne par année.

Devant ce constat, il n’y a pas de doute, selon moi, que le transport en commun à Saguenay doit être repensé totalement. Un budget d’environ 5000 $ par usager par année, ça n’a pas de rapport. On n’a pas fini de nourrir le monstre...

Et à ce prix, on n’est même pas capables d’offrir l’autobus gratuitement aux plus démunis de notre société...

Une ville sans transport en commun

Imaginons, l’instant d’une chronique, qu’il n’y ait plus d’autobus de ville à Saguenay.

On s’arrange comment ?

Les étudiants, qui représentent la moitié des usagers, vont s’organiser par eux-mêmes. Ils vont inventer des applications du genre Allo-Stop et Communauto, miser sur des taxis communautaires, opter pour le télétravail et se rencontrer sur Zoom ou sur Teams, quand c’est nécessaire. Ils seraient capables de vivre sans autobus. Ils pourraient même recommencer à faire de l’auto-stop, comme on le faisait à l’époque. Avec leur téléphone intelligent qui peut filmer tout en direct, GPS inclus, ça éloigne bien des dangers.

Pour les autres, maintenant, plusieurs usagers peuvent planifier leurs déplacements. Ils pourraient prendre un abonnement de transport en précisant leurs allées et venues à des heures précises. Vous travaillez du lundi au vendredi, de 9 h à 17 h, au même endroit ? Prenez un abonnement pour vous faire ramasser par un moyen de transport, le matin et le soir. Ce sera peut-être une voiture taxi, un Allo-Stop ou un bus qui vous offrira le transport. Peu importe, vous aurez le service.

Qui va où ?

C’est quand même incroyable que collectivement, à Saguenay, on paie près de 5000 $ par année par personne pour les 4500 usagers du transport en commun. Je suis convaincu qu’un algorithme pourrait nous organiser ça. Tiens, un beau sujet de maîtrise pour un étudiant en génie informatique ! On demande aux 4500 usagers de télécharger une application mobile et d’entrer leurs besoins en transport, en précisant leur trajet, du point A au point B, et je suis sûr qu’on peut déplacer tout ce beau monde sans des autobus de ville vides.

On pourrait réinventer la STS avec des partenaires, comme les taxis, les Uber et le covoiturage. Il y a un dégât d’autobus scolaires qui dorment dans les garages en soirée. Les autobus jaunes pourraient être impliqués dans un plan de transport, en soirée, à la fois pour les travailleurs, les clients des centres commerciaux ou ceux qui assistent à des événements sportifs ou culturels. On améliore le transport adapté, on maximise l’utilisation des véhicules publics existants, on implique davantage le privé et le communautaire.

La pandémie nous permet d’imaginer qu’il y aura plus de commerce en ligne, et plus de télétravail. Il y aura aussi plus de transport alternatif, comme les vélos électriques et les trottinettes électriques.

Je crois sincèrement que le système actuel d’autobus, avec des circuits dans les quartiers, est quelque chose de révolu, et que ce n’est pas un modèle d’avenir.

Normalement, en 2021, si la STS était une entreprise privée, elle aurait une liste complète et à jour de ses 4500 usagers, avec leur adresse courriel et leur numéro de téléphone intelligent, et connaîtrait en détail leurs habitudes de déplacement. Elle pourrait ainsi leur offrir différents services personnalisés, à moindre coût.

Pour le moment, on se contente de circuler dans des circuits bien dessinés, sans savoir s’il y a quelqu’un ou pas qui attend l’autobus.

Si on considère que les jeunes sont assez imaginatifs pour s’inventer des alternatives de transport, il nous resterait à organiser le transport en commun de moins de 2500 personnes par année.

Peut-être qu’un terminus n’est plus nécessaire. Peut-être que dans l’arrondissement Chicoutimi, par exemple, on pourrait faire circuler en boucle, aux 15 minutes, des autobus sur les boulevards Talbot, Saint-Paul, Barrette, du Saguenay et de l’Université, de même que sur les rues Bégin, des Roitelets, Jacques-Cartier, et le Chemin de la Réserve, ce qui pourrait être un service suffisant, en offrant d’autres alternatives.

Décidément, on devrait être capables de savoir qui se déplace où dans cette ville avec des applications mobiles.

Probablement que Google le sait déjà ; il suffirait d’interroger les algorithmes...