La Reine du sébaste n’est plus

CHRONIQUE / « Le 28 juin 2019, est décédée au CIUSSS du Saguenay Lac-Saint-Jean Hôpital de La Baie, à l’âge de 88 ans, Mme Charlotte Perron, épouse de feu M. Henri Otis demeurant à La Baie. Elle était la fille de feu Mme Alice Fillion et de feu M. Wellie Perron », peut-on lire dans l’avis de décès ; les funérailles ont eu lieu le mardi 2 juillet à la Coopérative funéraire du Fjord.

Mme Charlotte Perron était aussi et surtout la « Reine du sébaste » sur les glaces de la baie des Ha ! Ha ! Son couronnement remonte au 4 janvier 1994, alors que mon ancien collègue et journaliste du Quotidien, Yvon Bernier, l’avait baptisée, en une du journal, la « Reine du sébaste » dans le cadre d’un reportage sur la pêche blanche sur le fjord du Saguenay. « L’an dernier, j’ai sorti 2056 sébastes des eaux du Saguenay, cette année, je devrais être en mesure de faire beaucoup mieux », avait-elle déclaré au journaliste avec son enthousiasme contagieux. Il y a de cela 25 ans et, tous les hivers, on raconte encore l’histoire de la « Reine du sébaste ».

Chroniqueur belliqueux

À cette époque, je signais déjà une chronique chasse et pêche dans Le Progrès-Dimanche et j’avais dénoncé les succès de pêche de cette dame dans le cadre d’une entrevue avec Bruno Lavoie, directeur général de l’Association touristique régionale. J’avais même commis l’odieux de la renommer « Reine du désastre » pour ce que je considérais comme une pêche abusive. Le chroniqueur belliqueux que j’étais à l’époque avait été trop sévère envers cette dame qui, dans le fond, savait mieux pêcher plus que tout autre.

Elle n’avait pas apprécié mes propos et elle m’avait répondu dans le courrier du lecteur avec un texte bien senti en expliquant qu’elle faisait bien des heureux avec les poissons qu’elle donnait aux visiteurs et à la Soupe populaire de La Baie. Elle avait signé : « Sébastement vôtre, Charlotte Perron-Otis, dite Reine du sébaste. »

Le cinéaste Philippe Belley lui a rendu hommage, en 2015, dans un court métrage intitulé La Reine du sébaste et son royaume, où il fait une entrevue avec la dame qui a raconté ses belles années à pêcher sur les glaces de La Baie.

« J’étais presque rendu misérable de m’appeler la “Reine du sébaste”, c’était plus drôle, les journalistes m’appelaient de partout, la TV, ça n’arrêtait pas, il y en avait toujours un qui venait à ma cabane », raconte-t-elle au réalisateur dans son témoignage.

Une amoureuse de la pêche

« Elle t’avait de travers. Ça lui a fait de la peine quand tu as écrit qu’elle abusait de la faune », m’a fait savoir Philippe Belley lors d’une conversation téléphonique, mardi. Il était de retour du salon funéraire où il est allé offrir ses sympathies à la famille de madame Perron.

« Cette dame était une grande amoureuse de la pêche au sébaste. C’est Ghislain Sylvain, de ZIP Saguenay, qui m’avait demandé de réaliser un film documentaire sur la pêche blanche sur le fjord, car la ressource commençait à se faire rare. Il voulait documenter cette activité au cas où la pêche aurait été interdite » met en contexte Philippe Belley.

Charlotte Perron, dite la «Reine du sébaste», aura laissé sa marque et sa couleur sur les glaces de La Baie.

« Cette dame était juste une bonne pêcheuse qui regardait sa canne avec attention pendant que les autres prenaient de la bière. C’était une femme de son époque alors que le quota de poissons de fond était de 25 prises par jour », commente le cinéaste.

Le court métrage de la « Reine du sébaste » a été présenté en primeur au festival Regard sur le court métrage de Saguenay pour ensuite être diffusé au Festival Off-Courts à Trouville en France et au Festival de film documentaire DOXA à Vancouver. Ma rencontre avec cette dame m’a permis d’avancer dans ma carrière de cinéaste », confie Philippe Belley.

Une bière à son nom

Le cinéaste a été tellement touché par Charlotte Perron qu’il a proposé à la microbrasserie la Chasse-Pinte de brasser une bière à son nom, la Reine du sébaste, une IPA belge à 6,3 % alc./vol

« Une bière hybride entre une anglaise très houblonnée et une belge épicée et aromatisée. Elle porte la signature de la levure saison, accompagnée de puissants arômes du houblon Citra. La Reine du sébaste a été nommée par le cinéaste Philippe Belley en l’honneur de Charlotte Perron, célèbre pêcheuse sur glace baieriveraine. Un court métrage documentaire, réalisé en 2015 par Les Films de La Baie, célèbre cette légende de la pêche sur glace », peut-on lire sur le site de la microbrasserie.

La légende de la pêche blanche à La Baie aura laissé sa marque et donné toute une couleur à cette activité hivernale.

Je voudrais offrir mes condoléances à la famille et vous demander pardon pour le jeune chroniqueur de l’époque qui a manqué de respect envers cette dame remplie d’amour et de tendresse.