La poutine, la prochaine vague mondiale alimentaire

CHRONIQUE / Selon Luc Boivin, directeur général de la Fromagerie Boivin de La Baie, la poutine est en voie de devenir la prochaine vague mondiale dans le domaine alimentaire. « Au début du siècle, dans les années 1920, on a connu la popularité du hot-dog ; dans les années 50, ce fut la venue du hamburger ; dans les années 1970, la pizza a envahi l’Amérique et l’Europe et dans les années 1980, les fajitas et les tacos se sont retrouvés sur nos tables. Et en l’an 2000, me demande-t-il alors que j’étais sans réponses ? Les sushis ! Qui aurait pu dire qu’on aurait des dizaines de restaurants de sushis au Saguenay ? », me balance le fromager de la Baie dans son bureau avec vue sur l’intérieur de l’usine à fromage.

« Après l’incendie, nous avons décidé d’orienter davantage notre production sur le fromage en grains. Je me suis fait dire souvent que notre industrie de fromage en grains ne reposait pas sur grand-chose et qu’il ne fallait pas espérer vendre du fromage en crottes aux Chinois. Ça commence à changer. Je suis en pourparlers avec un restaurateur japonais qui veut vendre de la poutine selon la recette originale du Québec. De plus, j’aimerais bien fournir la Maison de la poutine à Paris qui connaît un énorme succès », raconte Luc Boivin. Les nouvelles technologies permettent de surgeler le fromage en grains et de l’expédier partout dans le monde.

Dans de nombreux restaurants

C’est vrai que, depuis 50 ans, la poutine a envahi le Québec au complet. Il y a peu de restaurants qui n’offrent pas la poutine sur leur menu, les chaînes de restauration rapide en font un plat vedette et certains restaurateurs dans les grandes villes se vantent même d’en faire une spécialité maison. « C’est un plat facile à intégrer pour les restaurateurs qui vendaient déjà des frites. Chaque restaurant avait déjà sa sauce brune pour les “hot chicken” et les “hot hamburger” ou leur sauce barbecue pour le poulet, alors il suffisait d’ajouter le fromage en grains pour l’offrir sur le menu », explique celui qui considère la poutine comme un des principaux marchés pour son fromage en grains alors que ce plat est de plus en plus populaire au Canada et commence à émerger aux États-Unis.

« La beauté avec la poutine, c’est que les chefs dans les restaurants peuvent lui donner une couleur personnelle en ajoutant des condiments et en préparant des sauces aux saveurs variées. Sur la Côte-Nord, ils ont des poutines au homard. Ailleurs, il y a des poutines avec du bœuf, du porc effiloché ou des saucisses à hot-dog, mais le fromage fait toujours partie de la recette », relève le fromager qui affirme déjà vendre son fromage dans plusieurs villes canadiennes.

« Je suis colonel honoraire de l’Escadron 433, de Bagotville, et j’ai participé à des soirées intitulées “‘Canadian Night”’. On m’a demandé de servir des poutines aux militaires, pour l’occasion. Nous l’avons fait en Islande et en Corse et je peux vous jurer que les Corses ont mangé leur poutine avec appétit », raconte celui qui en fera une autre bientôt en Louisiane aux États-Unis.

Certains vont se rappeler de la fameuse poutine au foie gras du chef Martin Picard, du restaurant Au Pied de cochon, à Montréal, qui a fait beaucoup jaser. Pour y avoir goûté et pour en avoir cuisiné, je peux vous assurer que ce n’est pas un menu Minçavi. Pour Luc Boivin, il est essentiel que les frites ne soient pas détrempées et que ce soit du fromage en grains. « Le fromage râpé ne fait pas l’affaire », dit-il en mimant une bouchée à l’aide d’une fourchette alors que des grands fils de fromage pendent jusque dans l’assiette.


La beauté avec la poutine, c’est que les chefs dans les restaurants peuvent lui donner une couleur personnelle en ajoutant des condiments et en préparant des sauces aux saveurs variées.
Luc Boivin

Patates détrempées

Pourtant, la poutine, ce n’est que des patates frites molles qui se détrempent dans de la sauce brune coiffée de fromage en grains, voilà un mets tout à fait insignifiant. Rien n’empêche que cette trempette de frites au fromage a été inventée au Québec. Selon plusieurs sources, il s’agirait de Jean-Paul Roy du restaurant Le Roy Jucep de Drummondville en 1964. Ce mets qui fait de plus en plus parler se retrouve maintenant dans la très grande majorité des restaurants du Québec. Et c’est vrai que la popularité de ce mets de chez nous prend de l’expansion chaque année. On peut en manger dans plusieurs grandes villes américaines, sur les plages du Mexique et en Europe.

Dans un texte du Soleil en mai dernier, le journaliste Ian Bussières rappelait que Barack Obama en a mangé avec Justin Trudeau en 2016 et qu’un étudiant à la maîtrise à l’Université du Vermont, Nicolas Fabien-Ouellet, originaire du Québec, soutient que nos frites sauce font l’objet d’appropriation culturelle par les autres provinces canadiennes. « Depuis que ce mets est populaire, les autres provinces parlent d’un mets canadien alors que c’est un mets québécois », rappelle l’étudiant à la maîtrise.

Semaine de la poutine

Du 1er au 7 février, les restaurateurs de partout au Québec vont profiter de la Poutine Week (Semaine de la poutine), tenue partout au Canada et même aux États-Unis, pour présenter leurs meilleures recettes. Sur le site de l’événement, on estime que plus de 160 restos à travers la province participent à la sixième édition pour trouver les meilleures poutines. Les clients et un jury sont appelés à voter à l’issue de cet événement gastronomique. On me raconte que les restaurants La Voix maltée et le Rouge Burger Bar participent activement à cette semaine d’activité à Saguenay. Je me promets d’en essayer quelques-unes. On parle ici quand même de la prochaine vague mondiale dans le domaine alimentaire.