Sébastien Lapierre, de Saint-Honoré, a été le premier Canadien à atteindre le pôle Sud en solitaire et en totale autonomie, ce qu'il a réussi le 9 janvier dernier.

Là où c'est toujours le jour

CHRONIQUE / Sébastien Lapierre, le premier Canadien à atteindre le pôle Sud en solitaire et en totale autonomie, le 9 janvier dernier (un exploit que seulement une vingtaine de personnes ont réussi dans le monde entier), était de passage dans son école primaire de Saint-Honoré, mercredi, pour rencontrer les jeunes de l'école La Source et leur raconter son exploit.
Une centaine de paires d'yeux étaient tournées vers lui dans le gymnase. Les élèves du primaire l'ont applaudi chaleureusement, c'est le héros du village, le héros de l'école. Ça fait un mois que les jeunes se documentent et apprennent tout sur le pôle Sud et l'Antarctique. Une rencontre qu'ils n'oublieront pas.
« Comment fait-on pour aller à la toilette ? Comme ici, mais dans la neige, derrière la tente tôt le matin. Sauf qu'à 100 km du pôle Sud, je devais ramasser ça dans un petit sac et les ramener avec moi, car c'est une zone protégée et il ne doit pas y avoir de pollution », dit-il aux jeunes qui le bombardaient de questions après sa conférence d'une heure.
« Avais-tu hâte de dormir dans ton lit ? Non, j'avais hâte de prendre une bonne douche chaude et manger un bon repas. J'ai même dormi quatre jours sur le plancher de ma chambre, le matelas était trop mou pour mon corps », raconte l'aventurier aux élèves qui lui demandaient de signer des autographes et de faire des égoportraits.
Le gamin de Saint-Honoré a toujours aimé l'hiver. Dès son tout jeune âge, il aimait jouer dehors l'hiver. « Je suis tombé très tôt en amour avec l'hiver, c'est ma saison préférée. Qui considère l'hiver comme sa saison préférée ici ? », demande-t-il aux élèves assis sur le sol du gymnase de son ancienne école ? À peine 10 % des jeunes ont levé la main. « Il y a moins de monde encore qui lève la main quand je m'adresse à des adultes », leur confie-t-il.
« La première chose qu'on ressent en arrivant sur les glaces du pôle Sud, c'est qu'il n'y a pas d'odeur, on ne sent rien. Le seul bruit que j'entendais pendant la journée, c'était le frottement de mon traîneau de 250 livres (113,4 kg) sur la neige dure et sèche », dit-il. Imaginez le bruit d'un couteau quand vous coupez de la mousse de polystyrène. Ce bruit a été son compagnon sonore neuf heures par jour pendant les 42 jours qu'a duré l'expédition de 1200 kilomètres.
« Quand je suis parti pour vivre cette aventure, ici c'était l'hiver et là-bas c'était l'été avec des températures variant de moins dix à moins cinquante. En plus, là-bas, l'été c'est toujours le jour, il n'y a pas de nuit, le soleil ne se couche jamais », lance-t-il aux jeunes qui se regardaient en souriant, un peu incrédules.
« Je vais vous raconter ma première journée et toutes les autres étaient pareilles. Je me levais vers 6 h 40, je déjeunais, je démontais ma tente et je skiais sur la neige glacée pendant 9 heures en tirant mon traîneau. Je faisais de courtes pauses, car il faisait froid. Je mangeais de 7000 à 8000 calories par jour, ça veut dire sept trios Big Mac. Je mangeais en une journée là-bas ce qu'on mange en deux jours ici, pour conserver mon énergie. Mon repas préféré était ma soupe chaude que je me préparais le matin avec du gras et du fromage. Les noix, je ne suis plus capable d'en manger ; j'en mangeais un sac gros de même par jour », montre-t-il aux enfants avec une petite vidéo à l'appui.
« En fin de journée, je montais mon campement, j'installais mes panneaux solaires pour charger mon téléphone et mon appareil photo. Je préparais mon souper et je me gardais un petit 20 minutes pour mon hygiène personnelle. Je me lavais avec une petite lingette grande comme ça (en montrant la dimension de son iPad). On commence par le visage et on finit avec le reste », mime-t-il en faisant rire les élèves.
Les autres jours se ressemblaient, à la différence que des crevasses le détournaient de sa progression et que ses skis se heurtaient à des milliers de petites bosses. Il a connu des « whiteout », des journées où tout est blanc autour de toi et que tu ne sais pas où tu t'en vas en avançant à l'aveuglette, sans savoir s'il y a une pente qui descend ou une montée. Il a connu aussi des jours de blizzard où il a dû monter sa tente avec des vents de 120 km/h.
« Quand il y avait des tempêtes avec de forts vents chez moi à la maison, avant mon départ, je sortais dans la cour arrière avec des mitaines pour m'entraîner à monter ma tente dans des conditions de vent extrême et ensuite je la démontais. Mes voisins devaient me trouver très bizarre de faire ça », détaille l'aventurier de 38 ans qui a mis trois années à préparer cette expédition.
Il y a eu le jour 12 où son cerveau lui disait de retourner à la maison, le jour 14 où il a rencontré une Polonaise qui faisait la même expédition, le jour 15 avec du blizzard, le jour 23 à mi-chemin, le jour 27 à Noël, le jour 29 avec le moral dans les talons, le degré de latitude 87, le jour de l'An, le jour 41 où il a skié 31 kilomètres et son arrivé au pôle Sud le jour 42.
Le message qu'il a laissé aux élèves, c'est de ne pas oublier qu'il y a du positif dans tout et que pour réussir un projet il faut de la motivation. « Il faut se faire confiance en étant bien préparé ; il faut se fixer des objectifs secondaires, rester positif, trouver le bon côté des choses et surtout avoir du plaisir. Nous sommes beaucoup plus motivés à faire des choses qu'on aime », lance-t-il aux élèves qui étaient bien d'accord avec lui.
Alors que plus de 5000 personnes ont atteint le sommet de l'Everest et qu'environ 550 personnes ont voyagé dans l'espace, seulement une vingtaine d'humains ont réussi l'exploit d'atteindre le pôle Sud en solitaire et en totale autonomie, peut-on lire sur le site Polesud2016.