Roger Blackburn
Jacques Coutu et Sylvain Gaudreault
Jacques Coutu et Sylvain Gaudreault

La maison passe sous le radar

CHRONIQUE / Le député de Jonquière à l’Assemblée nationale, Sylvain Gaudreault, ne décolère pas à la suite de l’information diffusée sur les réseaux sociaux concernant la démolition de la maison située au 1155 rue Jacques-Cartier Est, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce à Chicoutimi.

« Je suis tellement écoeuré du manque de vision et des gestes destructeurs du patrimoine dans ma ville. Encore un joyau du patrimoine moderne mal aimé qui disparaît », a-t-il publié sur son fil twitter.

La démolition de cette maison a été rendue publique et dénoncée sur le page Facebook « L’évolution du patrimoine bâti et des paysages au Québec », en début de semaine. Les commentaires ont été nombreux par les personnes soucieuses du patrimoine bâti.

Une valeur de 413 000 $

Le Quotidien a appris que cette maison a été en vente pendant 54 jours avant la transaction, comme l’indique la fiche immobilière. Selon l’évaluation municipale de 2019, le terrain vaut 109 300 $ et le bâtiment est évalué à 303 700 $. La maison est décrite comme une propriété de prestige unique donnant sur deux rues distinctes, située dans un secteur recherché, avec trois terrasses sur différents niveaux vous permettant toute quiétude, d’une valeur de 413 000 $.

Les nouveaux propriétaires de la maison sont identifiés comme étant Jeremie Caissie et Michelle Bergeron sur la fiche d’évaluation municipale.

Une amie du couple de propriétaires a écrit ce commentaire lors d’une discussion, en résumé : « Ce sont mes amis qui ont acheté la maison. J’étais moi-même sous le choc quand j’ai appris qu’ils la mettaient à terre... j’ai grandi dans le voisinage de cette maison que j’ai toujours trouvée magnifique... Mais ensuite ils m’ont invitée à aller la visiter. J’ai compris. »

« Je pense qu’il y a 14 paliers dans cette maison. Vraiment tout un casse-tête... Ils ont aussi fait appel à un spécialiste en bâtiment, qui leur a déconseillé la rénovation. Bref, elle est magnifique de l’extérieur, mais c’est tout un contrat de l’intérieur… »

La fille de l’architecte Jacques Coutu, qui a construit cette maison, Isabel, s’est invitée dans la discussion en disant « Faut surtout pas que mon papa voit ça, ce n’est vraiment pas génial ce genre de décision ».

Le député Sylvain Gaudreault a ajouté au fil de cette conversation : « Nous aussi avons une maison de Jacques Coutu construite en 1959, avec un seul propriétaire jusqu’à notre achat en 2014. Donc nos maisons sont des soeurs, en quelque sorte. Nous avons eu le bonheur de recevoir monsieur Coutu à quelques reprises chez nous ».

Un crime, dit l’architecte

J’ai joint Jacques Coutu au téléphone à sa résidence pour personnes âgées. « C’est un crime de démolir cette maison du Dr Raynald Lavoie. C’est une de mes plus belles réalisations et une des témoins par excellente de l’architecture moderne », a-t-il clamé du haut de ses 93 ans. « La mairesse Josée Néron devrait être plus sensible à notre patrimoine bâti », dénonce l’architecte à la retraite.

Le conseiller municipal Simon-Olivier Côté, qui siège au comité sur le patrimoine de la Ville de Saguenay, avoue que la démolition de la maison leur a échappé. « Elle a passé sous le radar, dans les mailles du filet. Nous sommes en train d’établir une liste des maisons patrimoniale à Saguenay. Des maisons construites en 1967 et dans ces années, il y en a plusieurs à Saguenay, mais elles ne sont pas toutes patrimoniales. La maison de la rue Jacques-Cartier a un caractère spécial et son architecte est reconnu, mais comme elle ne figure sur aucune liste, les employés municipaux ont donné le permis de démolition », explique le conseiller municipal.

« Une demande de démolition de maison ne passe pas nécessairement par le comité patrimonial. Nous allons revoir les façons de faire. Nous sommes en train de terminer nos travaux, mais il faut trouver les critères qui déterminent si une maison a une valeur patrimoniale. Il y a des coûts associés à une valeur patrimoniale et nous sommes en train de finaliser la politique », fait valoir le conseiller municipal.