La loi, c’est la loi

CHRONIQUE / Je vais enregistrer mes armes à feu d’ici le 29 janvier, date butoir de la Loi québécoise sur l’immatriculation des armes à feu. Je suis un amateur de chasse, propriétaire d’armes à feu, et je trouve que le Fichier d’immatriculation des armes à feu est une mesure légale inutile pour contrer la violence avec les armes, mais je vais respecter la loi. Ce n’est pas la première loi avec laquelle je ne suis pas d’accord, mais à laquelle je vais me conformer.

Pas d’accord

Je ne suis pas d’accord avec la limite de 100 km/h sur les autoroutes. Je trouve qu’on pourrait aller plus vite, mais c’est la loi et je m’y conforme.

Je ne suis pas d’accord avec l’obligation d’immatriculer une remorque. Ça ne donne absolument rien, mais je les immatricule, c’est la loi.

Je ne suis pas d’accord avec l’interdiction de stationner les véhicules dans les rues, pendant la nuit, l’hiver, à Saguenay, mais je respecte la loi.

C’est la même chose avec le registre des armes d’épaule. Je ne suis pas d’accord. Ça va coûter plus de 20 millions $ pour l’implanter et plus de cinq millions $ par année pour l’administrer, mais je n’ai pas le choix ; je vais me conformer.

Un registre d’informations

Pour le commun des mortels, il faut retenir que le registre contiendra les noms des propriétaires d’arme et leurs coordonnées, le nombre d’armes qu’ils ont en leur possession, le calibre des armes, le modèle, la marque, le type de mécanisme des armes, le numéro de série des armes et le lieu où sont remisées les armes. Avec toutes ces informations colligées dans un registre, ça représente, pour certaines personnes, un sentiment de sécurité nationale et une façon de diminuer la violence avec des armes à feu. On ne peut pas être contre un sentiment de sécurité nationale.

Armes d’épaule et de poing

Au Québec, les propriétaires d’armes à feu ont suivi des cours de maniement (Cours canadien de sécurité dans le maniement des armes à feu) afin d’obtenir un permis d’acquisition d’armes à feu, qui leur donne le droit d’acheter une arme.

Pour ceux que ça intéresse, le registre des armes s’adresse principalement aux chasseurs et aux entreprises qui vendent des armes. Ça concerne aussi des collectionneurs et ceux qui pratiquent le tir de compétition, mais dans une moindre mesure.

Vous lirez ou entendrez souvent le terme « armes d’épaule » en parlant du registre. C’est simplement parce que les chasseurs appuient la crosse de leur carabine et de leur fusil sur leur épaule pour regarder dans le télescope ou dans leur mire, afin de cibler leur objectif avant de faire feu.

D’où le nom d’armes d’épaule. Et ce sont ces armes essentiellement que la Sécurité publique veut inscrire dans un registre.

Vous lirez ou entendrez aussi les termes « armes de poing » et « armes à autorisation restreinte » dans le débat sur l’enregistrement des armes. L’arme de poing est un pistolet ou un revolver que l’on tient d’une seule main, en refermant la main, comme un poing, sur l’arme.

C’est le genre d’armes qu’on voit dans les westerns spaghettis ou ceux qu’utilisent les agents et enquêteurs dans la série District 31.

Ces pistolets sont à autorisation restreinte, car ils ne sont pas autorisés pour la chasse. Ils sont aussi petits et peuvent se cacher facilement dans les poches d’un manteau. Ces armes sont obligatoirement inscrites à un registre fédéral et sont autorisées seulement aux citoyens qui peuvent fournir la preuve qu’ils participent à des compétitions de tir à la cible, dans un club agréé. Ils doivent aussi avoir un permis de transport émis par le contrôleur des armes de la province pour transporter leur arme de leur résidence au club de tir. Ils ne peuvent pas s’en servir pour tirer sur des canettes au chalet.

Il y a d’autres classes d’armes restreintes et prohibées, mais ça, c’est une autre histoire, qui ne concerne pas le registre québécois des armes d’épaule.

Pas très contraignant

On va se le dire, entre nous, ce n’est pas très contraignant. C’est gratuit, ça peut se faire en ligne, sur le site siaf.gouv.qc.ca, ou par la poste.

De plus, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a annoncé, mercredi, qu’elle retirerait de la loi certains irritants, comme l’obligation d’aviser le Service d’immatriculation des armes à feu lorsqu’il y a changement temporaire du lieu où est gardée l’arme.

Présentement, un avis est nécessaire pour tout déplacement de 15 jours et plus, le numéro d’immatriculation doit être transmis sur demande à un agent de la paix, et la mesure de la longueur du canon doit être enregistrée lors de la demande d’immatriculation. Ce sont des informations totalement inutiles pour la protection des citoyens.

Ça donne quoi ?

« Ça vous donne quoi d’être contre le registre des armes, vous êtes dont bien niaiseux, fermez vos gueules et enregistrez-les, ça ne vous enlève rien », clament plusieurs personnes tannées de ce débat.

Ça fait depuis le 6 décembre 1989, à la suite de la tuerie de la Polytechnique de Montréal qu’on débat d’un registre d’armes à feu. Le gouvernement fédéral en a créé un en 1995, qui a été aboli en 2012, après des engagements financiers de l’ordre de deux milliards $ et 17 années d’administration.

C’est vrai que le registre n’enlève rien aux chasseurs, mais il ne donne rien non plus aux citoyens pour contrôler la violence faite avec des armes à feu.

Les sanctions pour tout propriétaire d’armes non enregistrées sont des amendes pouvant aller de 500 $ à 5000 $.