Michèle St-Arnault, de la Friperie, oeuvre depuis 34 ans à la vente et la récupération de vêtements.

La friperie de Michèle

On cherche souvent la femme qui peut personnifier la Journée de la femme ; la femme d'affaires, la superfemme, la femme derrière un grand homme, la femme à la maison, la femme au travail, la femme dans un milieu d'hommes, la femme revendicatrice, la femme de combat, la femme exceptionnelle, la femme qui se distingue, la femme qui inspire, la femme des femmes.
Elles sont nombreuses, chacune dans leur domaine, à vivre leur condition féminine au quotidien. Je le sais depuis longtemps, c'est plus difficile pour les femmes en général sur le marché du travail. Elles se mettent toujours la barre haute, se heurtent à des hommes pas toujours sympathiques et doivent conjuguer travail et famille. Même si les hommes sont un peu plus aidant que ceux des générations précédentes, ce sont encore les femmes qui tirent le plus lourd de la charge dans la vie familiale.
J'aime la force féminine, cette force de l'esprit, leur détermination et leur persévérance, des qualités que j'ai vues chez ma mère, chez mes soeurs, dans ma blonde. J'ai toujours trouvé que les femmes relevaient le niveau par leur présence.
C'est ce que j'ai retrouvé chez Michèle St-Arnault, qui dirige la Friperie de Chicoutimi depuis 34 ans. Elle donne une deuxième vie à des vêtements, elle recycle, récupère et elle sélectionne la meilleure qualité pour ses clients. «J'achète des vêtements à des particuliers, des vêtements qu'ils ont portés une ou deux fois, des créations qu'ils ont achetées en voyage, des vêtements griffés qui ne font plus en raison de la taille. Je ne choisis que des choses de qualité», explique celle dont la boutique a pignon sur la rue Jacques-Cartier à Chicoutimi.
Tout a commencé lentement. Elle a vendu des vêtements d'époque pendant 15 ans avant de se lancer dans le prêt-à-porter de haut de gamme. «À l'époque, pendant le Carnaval-Souvenir, les employés des banques et des commerces se costumaient alors j'ai réussi à monter une collection de grande qualité. J'en avais pour 15 000 $ et j'ai tout vendu pour 3000 $ à un collectionneur. J'avais de très belles pièces, mais je devais m'adapter au marché qui changeait», raconte la passionnée de mode originaire de Montréal. Elle est venue à l'UQAC au début de sa vie adulte pour étudier en enseignement préscolaire primaire, mais elle a décidé de suivre sa passion et de vendre des vêtements.
«Au début, les gens avaient des préjugés. Acheter des vêtements qui ont déjà été portés était considéré comme un signe de pauvreté, certains me regardaient de haut en raison du genre de commerce que je dirigeais. Maintenant, c'est une fierté pour plusieurs personnes, c'est une consommation intelligente. Toutes les pièces que j'ai ici ont été rafraîchies et lavées à la main. Les gens me demandent souvent si ce sont des vêtements neufs», dit-elle.
J'ai été le premier surpris quand je me suis présenté à la Friperie. L'endroit est aménagé dans une belle maison d'époque, propriété de la famille Saint-Onge du magasin Thifault et Saint-Onge à l'époque. On y trouve des robes vraiment belles qu'on ne trouve pas dans des boutiques commerciales. «J'ai mis dix ans à développer une clientèle en offrant un service personnalisé. Les gens trouvent des exclusivités ici. Je connais mon monde et j'ai un cahier avec des noms et des numéros de téléphone des clients. Je leur téléphone quand j'ai des vêtements à leur taille et à leur goût», fait remarquer celle qui a passé sa vie à se documenter sur la mode et les tissus.
Elle connaît les créations griffées comme Tristan, Éric Alexandre, Tricotto, Désigual ou Terra Nostra. Elle a déjà eu un département pour hommes, mais ça n'a pas duré. «Le magasinage, c'est l'affaire des femmes. Les hommes n'aiment pas ça. Avec les femmes, je prends le temps aussi de développer une relation d'amitié et de les conseiller sur leur choix vestimentaire. Je me rends compte avec les années que les mentalités face à la protection de l'environnement, au recyclage et à la récupération sont des valeurs qu'on retrouve de plus en plus chez les gens», fait-elle remarquer.
Pour Michèle St-Arnault, la Journée de la femme demeure une fierté. «C'est une bataille de tous les jours pour conserver nos acquis. C'est important de souligner tout le travail qui a été fait depuis des années», estime celle qui a bâti son entreprise de vente et de récupération de vêtements.