Ouverte depuis 1971, la Brassette du Capitaine ferme ses portes.

La fin de l’époque des brasseries

CHRONIQUE / La Brassette du Capitaine, dans la côte Saint-Jean-Eudes sur le boulevard du Saguenay, ferme ses portes après 48 ans d’existence. On dirait la fin d’une époque. Il me semble que cette brassette a toujours été là, le long du boulevard. J’imagine que tous les travailleurs d’Alcan de l’époque ont dû s’y arrêter pour descendre une grosse bière après le travail.

« Quand il y avait 5000 hommes qui travaillaient à l’usine, je te dis que ça roulait fort ici. Le midi, c’était plein. Les soupers étaient pleins, ça ne lâchait pas jusqu’à minuit, parce que les brasseries devaient fermer à minuit dans le temps », raconte Jean Tremblay, propriétaire de l’endroit.

L’intérieur de la Brassette du Capitaine est recouvert en quasi-totalité de bois rond.

« Nous avons eu de belles années. Il y a toujours eu de l’activité. On ne compte plus tous les événements qu’il y avait ici. Que ce soit le Carnaval, les concours de panaches d’orignaux, les concours d’hommes forts... C’était très dynamique pour un bar de quartier », met en relief le propriétaire, qui a aussi tenu les rênes d’Air Saguenay jusqu’à tout récemment.

Jonq Brau Haus

La fermeture de la Brassette du Capitaine marque la fin d’une époque. Nous avons vu disparaître les tavernes et là, nous assistons à la fin des brasseries. Elles cèdent leur place aux microbrasseries.

Peut-être que certains d’entre vous se souviendront de la Brasserie le Baron, sur la rue Racine à Chicoutimi, de la Brasserie du Royaume, dans le mail central du centre commercial, de la Brasserie le Gîte, sur la rue Alma, près de l’université, de la Brasserie d’Arvida et de la légendaire Brasserie Mario Tremblay, à Alma, qui, elle, est encore ouverte et tout aussi populaire. C’était des lieux de rencontre très populaires et très accessibles. C’est dans une brasserie que j’ai commandé mon premier pichet de bière, que j’ai découvert les fondues au parmesan et les steaks-frites.

Loi, permis, coût et machines à poker

« Au cours des années, avec les mesures législatives sur la consommation d’alcool au volant, la tolérance zéro chez les jeunes conducteurs, l’augmentation du coût des permis, la rareté du personnel et le fait de ne pas avoir de machine à poker, ça devenait difficile d’avoir une opération rentable », fait valoir Jean Tremblay.

Au bar le Gîte, il y avait les déjeuners des placoteux du Carnaval-Souvenir. Les travailleurs s’y donnaient rendez-vous le matin. Ça déjeunait avec un pichet de bière et un petit verre de caribou. C’était l’époque où c’était normal de prendre une grosse bière avec le repas du midi.

Les brasseries sont arrivées avec la fermeture des tavernes et l’ouverture des brasseries bavaroise, comme le Vieux Munich à Montréal et la très populaire Jonq Brau Haus à Jonquière, où les clients chantaient des chansons à boire et dansaient sur les tables en fumant la cigarette. C’était assez festif comme ambiance. Nul besoin d’entrer dans les détails !

L’établissement a même fait l’objet d’un mémoire de maîtrise.

« Des barmaids de carrière, c’est de plus en plus rare de nos jours et le fait de devoir payer 10 $ pour prendre une bière dans un bar, on peut comprendre les gens de consommer leur bière entre amis à la maison ou dans leur cabane à pêche », met en relief celui qui a grandi dans le quartier situé près de la Brassette du Capitaine.

Avant, l’établissement s’appelait Brasserie, mais ils ont dû adopter le nom de brassette en 1975 quand ils ont cessé de servir de la nourriture, question de lois et de permis d’alcool.

La Brassette du Capitaine était reconnue. « Elle a ouvert ses portes en 1971 et mon père l’a achetée d’Émilien Truchon. C’était lui qu’on surnommait le Capitaine », raconte Jean Tremblay.

Endroit kitsch par excellence

L’endroit est même consigné dans le mémoire de maîtrise de Roxane Arseneault (2011) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) sur le Commerce kitsch exotique du Québec. L’établissement appartenait à la catégorie « style maritime gaspésien ».

« La Brassette du Capitaine à Jonquière est recouverte presque entièrement en bois rond à l’intérieur, tout comme le mobilier fait du même matériau. La Brassette a tout d’un établissement situé en forêt, comme le chalet de bois rond, sauf son nom et une ancre de bateau géante faite de néon rouge accrochée à côté du bar. Localisée près d’une route très passante, cette brassette n’est pas située à proximité d’un cours d’eau, mais tout de même dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ouverte en 1975, la Brassette attire une clientèle de jeunes, ainsi que les chasseurs, qui y tiennent leur concours de panaches de chasse, complétant ainsi l’ensemble pittoresque. Mais c’est vraiment le mot “Capitaine” écrit en grandes lettres rouges sur le toit brun foncé du commerce, tout comme sur l’enseigne au bock de bière géant à l’extérieur, qui attire d’abord et avant tout l’œil de l’automobiliste », peut-on lire dans le mémoire de maîtrise.

Je peux vous confirmer que le décor n’a pas changé depuis les 40 dernières années. Le propriétaire a prévu faire un party de fermeture le 8 février. « Si quelqu’un veut louer l’emplacement et l’opérer, je suis ouvert à toutes les bonnes suggestions », informe celui qui n’a plus le temps nécessaire pour se consacrer à la gestion d’un bar.