Tanya Srepel, Sidney et Charles Morin devant les anneaux olympiques à PyeongChang.

La fille de Charles a gagné l’or

Le numéro 23 de l’équipe féminine de hockey américaine, Sidney Morin, est la fille de mon vieil ami Charles Morin de Chicoutimi. Charles est ce genre d’ami avec qui vous avez bourlingué de 14 à 18 ans à l’école, au basketball et dans ces longues soirées à fermer les bars jusqu’au petit matin. Ce genre d’ami dont vous étiez très proche, mais qui s’est exilé et que vous avez revu une seule fois en 40 ans. Un ami que vous n’avez jamais oublié.

J’apprends, cette semaine, qu’il est dans les gradins du centre Kwandong aux Jeux olympiques de Pyeongchang avec sa famille. Je tente ma chance sur les réseaux sociaux pendant la journée et je le retrace sur Twitter. Je lui laisse un message avec mon numéro de téléphone.

Je manque son premier appel vers 17 h (il était 7 h du matin pour lui). Il me rappelle à 17 h 30 : « Tu ne réponds pas, Black, quand on t’appelle ? Tu m’as laissé un message, et je t’ai appelé, moi », me dit-il avec sa voix que j’ai reconnue. Ça faisait 20 ans que je ne lui avais pas parlé, et c’était comme si on s’était vu la veille. Il y a des gens comme ça qui restent imprégnés dans notre mémoire.

Hockey féminin au Minnesota

« Je ne savais pas que ta fille jouait dans l’équipe américaine, tu nous avais caché ça », que je lui balance. « Bien tout le monde sait ça mon vieux, ils ont même fait des reportages sur elle », répond-il en riant.

Charles a fait la connaissance de sa conjointe Tanya Srepel à Chicoutimi. Elle est née en Californie et est arrivée à Chicoutimi à l’âge de six ans. Charles l’a rencontrée avant qu’elle décroche un emploi pour la chaîne de restaurants Red Lobster contrôlée par le groupe américain d’agroalimentaire General Mills, qui est basé au Minnesota aux États-Unis. Le couple a déménagé au Minnesota où leurs enfants Sidney et Wyll sont nés.

« Tout ça a commencé quand j’ai inscrit mon fils au hockey, il pleurait tous les matins pour ne pas jouer. Il détestait ça à mourir. Ma fille, qui avait cinq ans à l’époque, est venue avec nous à l’aréna un matin et elle a vu une fille sur la glace. Elle m’a dit : ‘‘C’est ça que je veux faire’’. Depuis ce temps-là, ça n’a pas arrêté, mon fils a abandonné le hockey pour jouer au tennis et au basket, et nous, comme parents, nous avons passé plusieurs fins de semaine dans les arénas à nous occuper du hockey féminin », raconte Charles avec le même entrain qu’il l’a toujours caractérisé.

« Il n’y avait pas d’équipe de filles à l’époque ; il n’y avait pas de parents pour s’occuper d’une équipe. Écoute ça, tu vas rire : un des mes amis, dont la fille jouait aussi au hockey et qui se nomme Scott Bowman – pas le vrai, mais c’est une drôle de coïncidence –, s’est impliqué avec moi pour former une équipe de filles », explique celui qui a encouragé Sidney jusqu’aux Olympiques.

« On a trouvé 17 filles âgées de sept et huit ans, et je les ai coachées de huit à quatorze ans. Ici, à Minnetonka (une ville de l’État du Minnesota), le hockey est un véritable phénomène. » Les championnats scolaires se jouent devant des foules de 5000 personnes – le Minnesota a été le premier État américain à reconnaître le hockey féminin dans les institutions scolaires, y compris dans les universités et collèges, selon Wikipédia.

Une passionnée de hockey

« Le hockey est une passion pour Sidney. Il n’y a pas un matin où elle est partie à reculons pour se rendre à l’aréna. Elle a fait ses études en psychologie à l’University of Minnesota Duluth et a fait partie de l’équipe de hockey universitaire. C’est ça qu’elle veut faire dans sa vie. Elle a tenté de se qualifier pour l’équipe olympique l’an passé, mais elle n’a pas été sélectionnée. Elle est allée en Suède un an pour jouer dans la ligue féminine de hockey, avant que l’équipe américaine la rappelle au mois de novembre », détaille Charles Morin, en direct de Pyeongchang, cinq heures avant l’affrontement contre l’équipe canadienne.

« Ça n’a jamais été un fardeau pour nous de nous impliquer dans le hockey féminin. Nous avons côtoyé des gens formidables, et ça faisait partie de notre vie », fait valoir celui qui vit l’aventure olympique avec sa famille en Corée du Sud.

Est-ce qu’on peut se parler après le match, que je lui demande ? « Ça va être difficile, car si on gagne, on va fêter ça d’aplomb, et si on perd, on va noyer notre peine. Et il va être 3 h du matin pour toi. Après ça, on prend l’avion pour un vol de 14 heures », dit-il en riant.

Partisan des Américaines

J’ai écouté la finale Canada-États-Unis, et pour la première fois de ma vie, je supportais l’équipe américaine. Je surveillais de près le numéro 23, avec sa grande queue de cheval qui cachait son nom, Morin, derrière son chandail. Je sentais un peu de Chicoutimi sur la glace olympique.

Dans la première période, je vois Sidney quitter son poste à la ligne bleue pour contourner le filet des Canadiennes et décocher un lancer au filet. Et là, j’entends le commentateur Jean Saint-Onge, un ancien collègue de classe du Cégep de Jonquière, qui décrivait l’action : « Morin, le tir, dévié... le but ! Hilary Knight a fait dévier devant le filet ! »

Eh ben ! La fille de mon vieux pot du secondaire qui vient d’obtenir une passe sur le premier but du match. J’ai vu la reprise quatre fois. Je me suis endormi devant la télé en période de prolongation, mais j’ai écouté la fin de match dès mon lever jeudi matin. J’étais content de la victoire des Américaines en tirs de barrage. J’imagine que mon vieil ami Charles a dû fêter toute la nuit. Ça doit être beaucoup de bonheur de voir sa fille aux Olympiques et de récolter l’or en plus.