Réjean Bergeron, de la ferme d’élevage Alpaga Bersi, pose en compagnie de la grand-maman irakienne Salma, qui s’occupe du jardin quotidiennement.

La famille irakienne s’intègre

CHRONIQUE / À mon retour de vacances, je me suis permis une petite visite à l’improviste chez Réjean Bergeron et Monique Simard, de la ferme d’élevage Alpaga Bersi, dans le secteur nord de Chicoutimi. Le couple a parrainé une famille de réfugiés irakiens, au mois de mars dernier, et est allé les accueillir à l’aéroport de Montréal par une nuit de tempête hivernale.

J’étais curieux de savoir comment les nouveaux arrivants s’organisaient dans leur nouvelle vie de Saguenéens, et si l’intégration se faisait sans embûche. « C’est merveilleux ce qui se passe avec cette famille. On se pose toujours des questions à savoir s’ils vont s’adapter et s’ils vont se sentir bien ici et comment ça va se passer dans la communauté. Jusqu’à maintenant, c’est impeccable », a commenté Réjean Bergeron, que j’ai rencontré à l’ombre d’un gazebo au cœur de la ferme d’élevage, mardi après-midi.

Déjà au travail
« Ammar, le père de la famille, s’est trouvé un emploi. Il œuvre pour une entreprise d’aménagement paysager de Chicoutimi. Après trois jours, le propriétaire de la compagnie m’a téléphoné pour me demander si j’en connaissais d’autres comme lui. “Il travaille comme trois hommes”, qu’il m’a dit », raconte le parrain de ces immigrants.

« Dès leur arrivée, c’était important pour eux d’obtenir un numéro d’assurance sociale, car c’est essentiel pour que la famille reçoive des chèques d’allocation familiale. Ça représente des revenus de près de 3000 $, avec cinq enfants », détaille l’éleveur à la retraite, qui a aidé la famille irakienne, avec le comité d’accueil, sur le plan budgétaire.

« Seulement pour la nourriture, il faut compter 2000 $ par mois. Ils sont huit personnes », fait valoir Réjean Bergeron, qui se réjouit chaque jour de voir cette famille se diriger lentement vers l’autonomie.

Vers l’autonomie
La mère, Nawal, et la fille aînée, Anwar, travaillent toutes les deux dans une pizzeria du centre-ville de Chicoutimi. « Elles ont appris à faire de la pizza et le restaurateur est très satisfait de leur travail », explique celui qui a initié les démarches pour le parrainage de réfugiés avec sa conjointe.

« Un moment donné, il est devenu nécessaire que le père de la famille possède une voiture, tant pour se rendre à son travail que pour les courses pour la famille. Mais là, il fallait qu’on trouve une voiture pour huit passagers. Je lui disais que sept passagers, ça pourrait faire pareil, mais il insistait. Il voulait que tous les membres de la famille puissent se déplacer ensemble. Nous avons finalement trouvé une Honda Pilot usagée et la famille d’Ammar et Nawal s’est cotisée pour trouver l’argent nécessaire, alors que le comité d’accueil a complété ce qu’il lui manquait », explique Réjean Bergeron.

Avec cette voiture, la famille est plus autonome et ça facilite la tâche des parrains, qui devaient continuellement les transporter. « Ça devenait gênant pour eux de toujours demander de les conduire pour aller à l’épicerie ou pour des sorties. L’achat d’une voiture est un élément important de leur autonomie », assure-t-il.

Barrière de la langue
La barrière de la langue tombe lentement. Ils communiquent plus facilement. Le jeune Polus, âgé de 10 ans, parle déjà français, tout comme sa sœur de quatre ans, qui comprend plusieurs mots, et c’est lui souvent qui sert d’interprète. Ils vont débuter leur démarche de francisation cet automne et ce sera plus facile par la suite. Les quatre enfants d’âge scolaire ont été en classe pendant près de trois mois à la fin de l’année scolaire et reprendront les cours en septembre », met en relief celui qui apprécie aussi être au contact d’une autre culture.

Lundi soir, pour l’anniversaire du père de famille, ils ont organisé un grand barbecue en plein air avec des mets de leur pays. « Ils ont cuisiné sur le charbon de bois à l’extérieur et les jeunes ont fait jouer de la musique de leur pays. C’était une belle soirée », dit-il, en désignant du doigt la grand-maman Salma, qui s’occupe du jardin. « Elle veut faire pousser toutes sortes de choses et me demande de l’agrandir. Ils sont bons avec la terre et cueillent toutes sortes de feuillages autour de la maison, qu’ils font sécher pour faire du thé », dit-il.

Chicoutimi, good good
Le père de famille est allé rendre visite à son frère à Montréal qui a immigré en même temps que lui. La grand-maman est aussi allée à Toronto pour visiter une de ses filles. « Quand ils sont revenus, ils ont dit : “Montréal, no good ; Toronto, no good ; Chicoutimi, good good“ », raconte Réjean Bergeron, qui assure que la famille a l’intention de demeurer à Chicoutimi.

« Nous sommes en train de faire des démarches pour faire venir du Liban la sœur d’Ammar avec son époux et ses quatre enfants. On regarde autour de la ferme d’élevage s’il y a des possibilités d’hébergement », confie celui qui vit une belle expérience dans ces gestes d’humanité.