Rose Laforest aura 90 ans le 30 août. Elle a fabriqué près de 5000 petites maisons blanches de 1996 à 2013.

La dame de la Petite Maison blanche

CHRONIQUE / Rose Laforest aura 90 ans le 30 août. Rose Laforest, c’est la dame de la Petite Maison blanche, celle qui a reproduit des milliers d’exemplaires de l’emblème du quartier du Bassin, à Chicoutimi, qui a résisté au déluge et que les touristes achètent en souvenir.

Je l’ai rencontrée dans le confort de sa demeure à Chicoutimi et je lui ai dit qu’elle semblait très en forme pour son âge. « Je fais encore toutes mes choses moi-même, je cuisine tous les jours, je fais des confitures avec les cerises et les petites pommettes qui poussent sur mon terrain, je m’occupe des fleurs et de l’entretien de la maison. J’ai renouvelé mon permis de conduire récemment sans aucune difficulté, je fais mes courses et je vois mes amis régulièrement », lance tout de go la vieille dame.

Rose Laforest a passé sa vie célibataire. Elle est entrée au couvent à l’âge de 15 ans pour en sortir à 45 ans. « J’ai eu une belle vie et je n’ai jamais regretté ce que j’ai vécu chez les Antoniennes de Marie. C’est une communauté qui a de belles valeurs et j’ai appris un tas de choses parce que je touchais à tout », dit-elle.

Après le déluge

Mais la vie de Rose Laforest a pris une direction différente lors du déluge de 1996 au Saguenay. « Je regardais la Petite Maison blanche à la télévision qui résistait à la force de l’eau. Je suis un peu bricoleuse de naissance et je me disais que des artistes allaient sûrement reproduire cette maison. Les images avaient été diffusées partout dans le monde », raconte-t-elle.

« J’ai fait un modèle en carton et je l’ai collé sur une roche que j’avais ramassée au bassin. Ensuite, j’en ai fait une avec de la pâte DAS. La pâte était brune et là, je me voyais les peindre en blanc, mais heureusement, la pâte blanchissait en séchant », raconte celle qui a fabriqué pas moins de 5000 petites maisons de 1996 à 2013.

« J’avais pris une entente avec Le Progrès du Saguenay qui avait acheté les droits sur la Petite Maison blanche. J’en ai fait plusieurs modèles, mais toujours sur des roches du quartier du Bassin. Les employés de la ville venaient m’en porter sur ma galerie », se rappelle-t-elle.

« Mes petites maisons se retrouvaient dans plusieurs commerces. Il y en avait, entre autres, à l’hôtel Le Montagnais. L’hôtelier en avait d’autres modèles faits par d’autres artistes et je lui avais dit que je voulais l’exclusivité. Il m’a dit de ne pas m’inquiéter. “Je vends 15 de vos maisons pour une comme ça en céramique.” », se souvient la dame en riant avec un peu de fierté dans le regard.

La bricoleuse vendait ses petites maisons 20 $ alors que les revendeurs les offraient au coût de 40 $. « Je trouvais qu’ils les vendaient trop cher, mais il semble que c’est la norme dans ce domaine », reconnaît celle qui est née à Saint-Eugène-d’Argentenay, au Lac-Saint-Jean.

Active sur l’ordinateur

« Mon père n’avait pas beaucoup d’instruction, mais il était un homme vaillant et intelligent. J’ai sûrement hérité de sa vaillance. Je n’arrête jamais et je suis très active sur mon ordinateur. J’ai 35 neveux et nièces et je les connais tous. Je prends le temps qu’il faut pour m’informer », dit-elle.

La dame a déjà eu un compte Facebook, mais elle s’est désabonnée. « Il y a trop de monde là-dessus et je me sens obligée de répondre à tout le monde. J’ai cessé ça parce que je passerais mes journées et mes nuits à répondre à tout le monde », confie-t-elle.

Pour ce qui est du secret de la longévité, Rose Laforest croit qu’il faut prendre la vie du bon côté et rester positif quoiqu’il arrive. « Je fais des sorties avec mes amis, mais eux aussi, ils vieillissent et tous ne sont pas aussi en forme que moi. Je ne m’ennuie pas, j’ai toujours quelque chose à faire », fait valoir celle qui veut finir ses jours dans sa maison.

« La Ville de Saguenay me téléphone tous les matins pour savoir si je vais bien. Si je ne réponds pas, les préposés vont téléphoner deux autres fois aux dix minutes et si je ne réponds pas, ils vont envoyer les policiers à la maison », raconte la dame, pour expliquer qu’elle se sent en sécurité.

« Je trouve que les gens entrent trop tôt dans les foyers pour personnes âgées. C’est beaucoup plus agréable de vivre dans sa maison avec ses souvenirs. Vous savez, on ne se fait pas de nouveaux amis à 90 ans, vaut mieux prendre soin de ceux qu’on a et de garder des liens serrés avec sa famille », affirme-t-elle avec assurance.