Diane Brassard de Laterrière profite de l’autocueillette de la camerise sur le site des Vergers bleus des battures dans le rang Saint-Martin à Chicoutimi. Elle a adopté la camerise comme petit fruit estival, en attendant le bleuet, et elle en fait des tartes et des confitures comme avec notre emblème régional.

La camerise pique la curiosité

La camerise a piqué ma curiosité, cette semaine. J’ignore où j’étais ces dernières années, mais j’ai manqué la montée en popularité de ce petit fruit dans la région. C’est la petite controverse soulevée par le préfet de la MRC de Maria-Chapdelaine, Luc Simard, qui s’est dit déçu de la décision de Tourisme Saguenay-Lac-Saint-Jean d’avoir mis de l’avant la camerise plutôt que le bleuet en première page du guide touristique de la région.

J’ai été bien surpris de constater que ce petit fruit, que je ne connaissais pas, était assez populaire pour être utilisé en vitrine pour la saison touristique. J’ai été aussi étonné de revoir ce petit fruit bleu revenir dans la controverse avec le monde culturel. De jeunes artistes de la région ont fondé l’Ordre de la camerise (en contrepoids à l’Ordre du bleuet qui rend hommage à des artistes bien établis) pour honorer les jeunes qui se distinguent sur la scène culturelle.

Le petit nouveau fruit fait beaucoup parler de lui. J’aime bien les nouveaux qui dérangent un peu. Il faut faire de la place aux jeunes, même quand c’est un fruit et je comprends les jeunes artistes d’avoir adopté la camerise, un produit un peu baveux, très goûteux et qui veut faire sa place.

Autocueillette dans le rang Saint-Martin
Je suis donc parti faire sa connaissance dans une rencontre intimiste d’autocueillette. Il fallait me voir à genoux dans le verger à regarder sous les plants pour découvrir ce petit cachottier qui se dissimule à l’ombre du feuillage.

La dame à l’accueil des Vergers bleus des battures, dans le rang Saint-Martin sur les rives du Saguenay, me remet un petit casseau en carton et un plateau. « Vous glissez le plateau sous les plants, car il en tombe autant que vous en cueillez, c’est pour éviter qu’elles se retrouvent sur le sol », m’explique Andrée Brisson pour m’initier à la cueillette du fruit de la controverse.

La peau de la camerise est de la même couleur qu’un bleuet, mais sa forme est plus allongée, c’est délicieux, un peu plus sûr que le bleuet et plus nuancé comme goût, j’adore. En plus, l’autocueillette sur le bord du Saguenay avec les monts Valin en fond de décor a tout pour séduire, en pleine campagne à moins de 10 minutes du journal.

Lors d’une séance de dégustation avec des spécialistes, le goût de la camerise a été identifié comme une combinaison de cassis, de bleuet et de framboise avec un soupçon de mûre, de nectarine, de prune et de rhubarbe. À vous de découvrir et il est très agréable à cueillir.

Certification biologique
« C’est un gars de la Saskatchewan qui a développé ce fruit à partir de technique d’hybridation de nombreux cultivars qu’il a trouvé un peu partout dans le monde », me raconte Guy Ouellet, propriétaire de ces magnifiques terres agricoles avec sa conjointe Andrée Brisson. « C’est André Gagnon du MAPAQ qui a poussé cette culture dans la région », dit-il au passage.

« Nous sommes des “gentlemen farmers”. On commence petit et là nous sommes rendus avec 3000 plants de dix cultivars différents. Je viens tout juste d’acheter 200 nouveaux cultivars, plus tardifs dans le mûrissement. Je devais en acheter seulement 30, mais on se laisse emporter », lance ce passionné qui est demeuré dans la région toute sa vie, car il ne pouvait se séparer du décor magnifique de ses terres.

« Nous sommes présentement en processus pour être reconnus comme une culture bio. C’est beaucoup de paperasse, mais on a tout l’hiver pour faire ça », explique celui qui n’est pas du genre à regarder la télé durant les longues soirées d’hiver.

« Je désherbe tout ça à la main durant les mois de mai et de juin, nous n’utilisons aucun produit chimique, j’aime ça », explique Andrée Brisson, cette amoureuse de la terre. On me raconte qu’il y a plus d’une centaine de producteurs de camerise dans la région. Ce sont des plants qui résistent très bien au gel et à notre climat nordique.

André Gagnon, père de la camerise
Quand André Gagnon, agronome retraité à la direction régionale du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) est parti en Saskatchewan, en 2006, pour une mission visant à découvrir des petits fruits nordiques, il ne pouvait pas se douter que ça deviendrait aussi populaire en moins de 10 ans.

« J’ai monté une mission de 16 personnes de différents domaines de la culture pour voir ce qui se faisait à l’Université de la Saskatchewan (pour rencontrer le Dr Bob Bors, un chercheur spécialiste des arbres fruitiers rustiques) et le camérisier nous a séduits », explique André Gagnon, que j’ai joint par téléphone et qui possède maintenant son propre verger de camerises à Roberval.

« Le fruit du camérisier s’appelle chèvrefeuille comestible ou haskap en anglais. On trouvais que camerise serait mieux indiqué pour le Québec », raconte l’agronome qui a rebaptisé le fruit bleu qui ne cesse de croître en popularité depuis 2007. André Gagnon a d’ailleurs rédigé un Guide de production de la camerise, en 2015, qui raconte l’histoire de sa progression au Québec et ses origines dans le monde.

Idéale pour la région
« C’est un fruit idéal pour la région. Le plan peut résister à un gel de -47 degrés Celsius et la fleur peut supporter moins -7 degrés Celsius. Comme la camerise mûrit avant les bleuets (en juillet), on peut donc profiter de toutes les installations industrielles du bleuet comme l’usine de congélation. Nous avons créé une compagnie de mise en marché qui regroupe l’offre de camerise dans la région. On vend les fruits à l’usine de congélation et eux vendent le produit à des transformateurs partout dans le monde. L’an passé, nous avons acheté la récolte de 42 producteurs », détaille le père de la camerise au Québec.

Donc, la camerise va suivre la même filière de commercialisation que le bleuet, un mois avant. C’est comme un bleuet 2.0. La camerise ne volera probablement jamais la vedette à notre bleuet national, mais elle fera certes le bonheur des consommateurs et de la centaine de producteurs.