La comédienne Debbie Lynch-White campe à merveille le rôle de Mary Travers dans le film La Bolduc qui prendra l’affiche le 6 avril.

La Bolduc nous fait taper du pied

Chronique / Enfin, un film sur La Bolduc ! Je l’ai vu jeudi à l’occasion d’un visionnement de presse dans le cadre de la tournée promotionnelle des comédiens et du réalisateur. En anglais, ils appellent ça un feel good movie, que je traduirais par un film qui fait du bien à voir.

Dès les premières images, on se sent ému par la comédienne Debbie Lynch-White, qui campe à merveille le personnage de La Bolduc, avec son gros rouge à lèvres rouge et son collier de perles. Debout sur scène avec son harmonica, elle entonne la pièce J’ai un bouton sur le bout de langue. J’ai entendu cette chanson à plusieurs reprises depuis ma tendre enfance, comme un bruit de fond, surtout dans le temps des Fêtes, mais pour la première fois, je me suis rendu compte qu’elle parlait du Saguenay.

J’ai d’la misère à marcher

J’ai une morsure en d’sour du pied

Quand je mets mes gros souliers

J’vous assure ça m’fait boiter

J’ai fait ça l’été passé

Quand j’étais au Saguenay

C’est en m’en allant baigner

Une écrevisse m’a pincé l’pied

Pis j’en ai un su’ l’bout d’la langue

Et qui m’empêche de turluter

Pis ça me fait b... b... bégayer

Mary Travers

Le nom de fille de La Bolduc était Mary Travers, mais comme c’était la convenance à l’époque, elle vivait sous le nom de son mari, Édouard Bolduc. Ce sont ses fans qui l’appelaient La Bolduc, un nom qu’elle n’affectionnait pas beaucoup. Son père était Irlandais et vivait à Newport en Gaspésie. C’est de son père et de la tradition Irlandaise que lui venait le turlutage qui ponctuait ses chansons.

J’ai toujours aimé le répertoire de cette dame. La Bolduc est la première auteure-compositrice-interprète du Québec et elle raconte la vie quotidienne dans ses chansons. C’est cet aspect raconteur qui m’a toujours charmé, dans son oeuvre de 84 chansons, qui racontaient aussi l’actualité de l’époque, comme avec la chanson Toujours l’R-100.

On nous a toujours présenté La Bolduc comme une battante, une femme qui a fait carrière dans la chanson alors que ce n’était pas dans les moeurs de la religion catholique. « Mary Travers a fait carrière par nécessité. C’est parce que son mari (joué par Émile Proulx-Cloutier) est tombé malade qu’elle a offert ses services comme violoniste dans des soirées musicales au Monument-National de Montréal, pour remplacer un musicien qui était mal en point. Elle était une catholique pratiquante qui voulait rester à la maison pour élever ses enfants. Sans la maladie de son mari, on ne saurait dire si Mary Travers aurait fait carrière », commente le réalisateur François Bouvier, qui était de passage à Chicoutimi jeudi.

Contre ses convictions

Un homme qui partait sur les chantiers pour travailler à l’extérieur de la maison faisait preuve de bonne volonté, mais une femme qui partait en tournée pour chanter sur scène et gagner des sous était une personne qui abandonnait ses enfants. C’est comme ça que ça se passait en 1930. « La Bolduc adorait être sur scène, mais ce n’était pas dans ses convictions », rappelle le réalisateur, qui met ce fait en évidence dans une scène où Mary Travers interdit à sa fille aînée, Denise, de se rendre à Hollywood après avoir gagné un concours d’audition.

Sans blague, j’ai tapé du pied tout au long de la diffusion de ce film musical. La comédienne Debbie Lynch-White a aussi des talents de chanteuse et elle interprète toutes les chansons qui accompagnent le film. « J’ai pris cette audition très au sérieux, j’ai dû apprendre à turluter, à jouer de l’harmonica et à mimer les gestes sur un violon. Je voulais vraiment avoir ce rôle. C’était pour moi », a fait savoir l’artiste en entrevue. Elle a su plus tard qu’elle a été la seule à auditionner pour ce rôle.

Allez voir ce film, vous allez passer un beau moment. Les plus jeunes pourront voir comment on gravait un disque à l’époque. C’est le comédien Serge Postigo qui joue le rôle du producteur de disques, qui a vendu 12 000 copies en un mois à l’époque, en pleine crise des années 30.

Leçon d’histoire

La Bolduc, qui prendra l’affiche le 6 avril, est aussi une belle leçon d’histoire de l’époque des années 30, alors que la féministe Thérèse Casgrain se bat dans les rues pour le droit de vote des femmes et que la crise de 1929 touche toutes les familles québécoises. « Les contraintes sont nombreuses quand on tourne un film d’époque. On choisissait les figurants en fonction de la taille des costumes que nous avions. Il fallait respecter les décors de l’époque », explique le réalisateur François Bouvier, qui a tourné le film en moins de 30 jours.

Nous n’avons pas eu la chance de voir des images sur la composition de la toune C’est dans l’temps du jour de l’An, mais ces petits couplets vous donnent un peu le ton des chansons de la Bolduc.

Va t’acheter une perruque

Fais-toi poser des dents

C’est vrai t’as rien qu’moi à plaire

Mais tu s’rais plus ragoûtant...

Il y en a qui sentent la pipe

Et d’autres qui sentent les oignons

J’aime bien mieux vous l’dire tout de suite

La plupart sentent la boisson...

C’est dans le temps du jour de l’An...