La cathédrale de Chicoutimi, en 2016

Il y a 100 ans

CHRONIQUE / Le 16 janvier 1919, la cathédrale de Chicoutimi passait au feu. En moins de deux heures, en fin de soirée, le monument était détruit par les flammes. Curieusement, il y a 100 ans, le projet majeur de Chicoutimi était de reconstruire le plus important bâtiment du centre-ville de l’époque.

Le débat est encore d’actualité, 100 ans plus tard, alors que les élus se demandent quoi construire sur l’ancien site de la zone ferroviaire au centre-ville.

Ces derniers mois, j’ai plongé dans l’histoire pour participer à l’écriture du Procès à l’ancienne, en collaboration avec l’homme de théâtre Dario Larouche.

Le centenaire de l’incendie de la cathédrale de Chicoutimi sera au coeur du Procès à l’ancienne, organisé par la Société historique du Saguenay, comme activité de financement.

Il faut retourner 100 ans en arrière pour réaliser à quel point le défi de reconstruire était énorme à l’époque.

24 juin 1912

Imaginez, un instant, la première cathédrale, construite en 1878, avait déjà été complètement détruite par les flammes, lors d’un grand feu à Chicoutimi, le 24 juin 1912.

Cet incendie a commencé dans l’hôtel Château Saguenay, juste en face de la cathédrale, pour s’étendre et détruire la cathédrale, l’Hôtel Chicoutimi, le couvent du Bon-Pasteur et 104 maisons. Heureusement, aucun décès n’a été constaté, mais 200 familles se sont retrouvées à la rue.

C’était tout un feu pour la Saint-Jean-Baptiste.

Les documents historiques estiment que les dommages de l’époque ont été évalués à près de deux millions de dollars, dont la moitié seulement était payable par des assurances.

Le milieu s’est pris en main et a dressé les plans d’une nouvelle cathédrale, selon ceux de l’architecte René-Pamphile Lemay, lesquels étaient identiques à la cathédrale actuelle.

16 janvier 1919

La deuxième cathédrale a été inaugurée le 25 décembre 1915, puis bénie le 25 mai 1916.

Six mois plus tard, un nouvel incendie l’a détruite complètement.

Vous imaginez le désarroi? À peine un an après la reconstruction, le feu revenait hanter la cathédrale de Chicoutimi.

En moins de deux heures, la nouvelle construction a été détruite par les flammes. À la une du Progrès du Saguenay du 23 janvier 1919, on pouvait y lire à quel point la fierté des gens de Chicoutimi était partie en fumée ce soir-là.

Le milieu s’est repris en main, encore une fois, et s’est remis au travail pour reconstruire une troisième cathédrale.

Les architectes Armand Gravel et Alfred Lamontagne ont repris essentiellement les plans que René Pamphile-Lemay avait élaborés pour la deuxième cathédrale.

17 septembre 1972

La nouvelle construction a été inaugurée quatre ans plus tard, le 26 février 1922.

Les notes historiques précisent que la nouvelle cathédrale a été consacrée le 17 septembre 1972 par Mgr Marius Paré.

«Cinquante ans séparent l’inauguration de la consécration, puisqu’il est nécessaire qu’une église soit entièrement payée avant sa consécration. Dans ce cas-ci, il fallait payer deux bâtisses, la deuxième cathédrale ayant brûlé très peu de temps après sa construction», précise-t-on dans la revue Saguenayensia.

2019

Si, à l’époque, la construction d’une cathédrale était le projet rassembleur d’une communauté, nous sommes peut-être dans la bonne direction en croyant que la construction d’un amphithéâtre sportif au centre-ville peut être un projet rassembleur pour les citoyens de Chicoutimi.

Sauf que maintenant que les villes sont fusionnées, il ne suffit plus que le projet soit rassembleur pour les citoyens de Chicoutimi, qui ressentiraient une fierté à élaborer un projet de cette envergure pour le centre-ville.

Il faut que cette fierté soit saguenéenne, parce que nous sommes maintenant qu’une seule ville.

Même si Saguenay est fusionnée depuis près de 20 ans, la fierté saguenéenne n’est pas tatouée très fort sur la peau des citoyens.

Pour plusieurs, nous sommes encore des Baieriverains, des Chicoutimiens, des Jonquiérois, du monde d’Arvida ou des citoyens de Laterrière.

L’esprit de clocher n’a pas été entièrement enterré avec la fusion des villes. Ça ne prend pas grand-chose pour revoir monter à la surface les anciennes rivalités, principalement entre les deux grandes villes de Chicoutimi et de Jonquière.

Ce sera intéressant de surveiller comment seront orientées les consultations sur le projet d’amphithéâtre sur la zone ferroviaire.

On pourra bien voir si ce sont les rivalités qui vont animer le débat, ou la fierté de réaliser de grands projets.