Il n’y a pas que le fjord et la pêche qui doivent être mis en valeur, c’est la neige et la glace du Saguenay au complet qu’il faut commercialiser.

Il nous manque un festival d’hiver

CHRONIQUE / La semaine dernière, la mairesse de Saguenay, Josée Néron, annonçait, lors du souper de pêche blanche à La Baie, la nouvelle appellation stratégique pour l’activité de la pêche blanche, qu’on nommera dorénavant Les Glaces du Fjord. Il s’agit, nous dit-on, du premier jalon d’une stratégie de développement et de commercialisation orchestrée par Promotion Saguenay, Contact Nature, Promotion Pêche et Ville de Saguenay.

J’ai hâte de voir les autres jalons, parce que Saguenay fait figure d’enfant pauvre pour ce qui est des festivités d’hiver. On dort au gaz, alors que c’est ici que se trouvent les plus grandes ressources naturelles hivernales. Nous avons de l’or blanc à profusion et de la glace en masse sur nos plans d’eau, mais ces ressources sont sous-exploitées.

Tous dans le même bateau

Elle est où la personne à Promotion Saguenay qui va asseoir du monde autour de la même table et qui va dire : « Hey la gang, on se fait-tu un festival d’hiver qui va faire capoter le Québec ? »

Avons-nous un bureau des événements à Saguenay, comme c’est le cas à Québec ?

Est-ce que c’est juste moi qui vois tout le potentiel hivernal qu’on a, mais qu’on n’exploite pas ?

Imaginez si on rassemblait autour d’une table tout ce beau monde – pêche blanche sur le fjord, Saguenay en neige, les clubs de motoneigistes, les centres de ski, le parc national des Monts-Valin, les restaurateurs et les hôteliers – et qu’on décide de s’unir dans le cadre d’un même événement.

Imaginons qu’on se dise que durant la semaine de relâche, on organise le Festival d’hiver de Saguenay. Des gens pleins d’idées élaborent une programmation avec des activités qui se déroulent partout en même temps. Supposons que pendant cet événement, on organise des compétitions provinciales de ski alpin ; un rassemblement provincial de motoneiges comme Ciel et Neige a déjà été ; un événement en raquettes, comme il n’en existe pas en collaboration avec le parc national des Monts-Valin ; un Grand défi de ski de fond Pierre Lavoie dans les différents centres de Saguenay ; un événement culinaire organisé par les restaurateurs ; un volet culturel en collaboration avec Québec Issime et Diffusion Saguenay ; bref, un événement avec une programmation qui s’étend sur deux fins de semaine.

Le Saguenay au complet

La stratégie de Promotion Saguenay a pour but de « faire reconnaître la baie des Ha ! Ha ! et le fjord du Saguenay à l’international comme une destination incontournable de la pêche blanche en Amérique du Nord. Les quatre intervenants désirent augmenter le nombre de touristes québécois et internationaux, maximiser les retombées économiques et créer une expérience inoubliable pour le client », dit-on.

L’initiative est louable pour la pêche blanche, mais ce n’est pas seulement la pêche blanche qu’il faut mettre en valeur. C’est toute la neige blanche au grand complet, de la raquette à la motoneige en passant par la villégiature hivernale. Peut-être que le chantier Les Glaces du Fjord est le début de quelque chose de grand, mais il faut embarquer tous les acteurs de l’hiver dans cette initiative.

À l’image de la Ville de Québec, il faut organiser des Grands Rendez-Vous provinciaux, voire même nationaux. On a tout ce qu’il faut, sauf le monde pour les mettre en place.

Comment ça se fait que l’été, on a le Festival international des Rythmes du monde, le Festival des vins, le Festival des bières du Monde, des événements musicaux et des grands spectacles, mais que l’hiver, à part quelques événements d’arrondissement, nous ne soyons pas capables de mettre en valeur, de façon majeure, nos conditions nordiques ?

Ça prend de l’argent

Le promoteur d’événements, Robert Hakim, avait tenté, en 2004 et en 2005, d’organiser un festival d’hiver à Chicoutimi. Il avait connu du succès avec l’événement motoneige Ciel et Neige, alors que les motoneigistes de partout au Québec s’y étaient donné rendez-vous. Il a ensuite organisé les Hivernades, pour remplacer le Carnaval-Souvenir, avec une patinoire en plein milieu de la rue Racine en haut de la côte et une glissade en tube dans la côte, mais l’événement a terminé en fête de quartier pour faire vendre de la tourtière au chantier du Père-Alex.

En 2020, Robert Hakim est catégorique : il y a une place incroyable que Saguenay n’occupe pas sur le marché de l’hiver. « C’est clair qu’il y a une place pour un événement d’hiver à Saguenay. C’est le paradis de l’hiver ici. En plus, il y a des nouveaux programmes de subvention qui sont disponibles au ministère du Tourisme pour mettre l’hiver en valeur », fait valoir le promoteur.

« Québec récolte une grosse part du gâteau dans ce créneau, car la Ville parle d’une seule voix. Ici, à Saguenay, il faudrait une volonté politique et que les trois arrondissements s’unissent derrière un projet commun. Mais ça prend de quoi de gros, de géant, pour être capable de trouver des commanditaires qui supportent l’événement. On serait capable de faire aussi bien que Québec », assure Robert Hakim.

Des millions $ pour Québec

Juste pour vous donner une idée, si on voulait s’en donner les moyens, pour quatre jours d’événement de fin d’année, la Ville de Québec a donné près de 500 000 $ de subventions pour l’événement Toboggan. Et ça, c’est à part les millions de dollars versés au Carnaval de Québec.

Si on considère que Saguenay compte quatre fois moins de monde qu’à Québec, il nous faudrait un budget de 2,5 millions $ pour être de calibre à rivaliser.

Carnaval de Québec

À titre comparatif, les prévisions budgétaires de 10 014 135 $ se détaillaient ainsi pour le Carnaval de Québec en 2019 :

• Gouvernement du Canada : 805 000 $ (8 % du budget) ;

• Gouvernement du Québec : 2 175 000 $ (21,7 % du budget) ;

• Ville de Québec en subventions : 935 000 $ (9,3 % du budget) ;

• Ville de Québec en services municipaux 265 000 $ (2,7 % du budget) ;

• Ville de Québec en achat de biens et services : 5000 $ (0,1 % du budget)

• Office de tourisme de Québec : 445 000 $ (4,4 % du budget) ;

• Commandites : 1 000 000 $ (10 % du budget) ;

• Commandites en services : 1 153 596 $ (11,5 % du budget) ;

• Autofinancement : 3 070 539 $ (30,7 % du budget) ;

• Autres : 160 000 $ (1,6 % du budget).