Marie-Anne Bédard, 94 ans, considère les bénévoles de l’organisme Les Petits Frères de Saguenay comme des anges.

Il faut vouloir vivre

CHRONIQUE / Une cinquantaine de bénévoles de l’organisme Les Petits Frères de Saguenay prennent soin de 60 personnes âgées de 75 ans et plus qui vivent seules et isolées. Imaginez-vous un instant avoir 90 ans, sans conjoint, sans enfant et sans parenté pour vous rendre visite. Même si vous avez la santé et la vigueur intellectuelle, c’est difficile de ne pas s’isoler.

« Il faut vouloir vivre, avoir une attitude positive et montrer de la volonté tous les jours », exprime Marie-Anne Bédard, 94 ans, que j’ai rencontrée dans son joli appartement du Manoir Champlain à Chicoutimi.

Lucide, en forme et en santé, Marie-Anne Bédard – Marie-Âne, que les gens disaient dans le temps – vit seule, sans canne, sans marchette, et bénéficie du support des bénévoles des Petits Frères. « Il faut rester actif et se forcer pour vivre. J’adore magasiner, je cuisine et je participe aux activités offertes par la résidence. Je vais au bingo et la semaine prochaine, je serai mannequin pour un défilé de mode », fait savoir l’artiste en riant. Les murs de son appartement sont couverts de peintures qu’elle a réalisées au fil du temps. « Je participe à toutes sortes d’activités ; ça prend de la variété pour vivre », assure-t-elle.

Visite des anges

« Les gens des Petits Frères, ce sont des anges. Ils viennent me voir régulièrement. Ils m’écoutent, et on discute », complimente la dame, dont l’appartement offre une superbe vue sur le Saguenay et la zone portuaire. « Ça fait du bien de leur parler », dit-elle.

Quand je lui ai rendu visite, en compagnie de Marilyn Côté, coordonnatrice d’équipe pour Les Petits Frères de Saguenay, elle était en train de lire Sodoma, une brique de 630 pages de l’auteur Frédéric Martel, publiée le mois dernier et qui traite du célibat des prêtres, de l’homosexualité au Vatican, de la culture du secret sur les affaires d’abus sexuels et de la misogynie du clergé.

« Je n’aurais pas dû lire ce livre. Ce sont des affaires qu’on ignorait. Nous avons passé notre jeunesse dans l’ignorance. Tout était interdit, tout était à l’index, s’indigne la femme de lettres, qui lit encore tous les jours. Je suis révoltée de découvrir tout ça. »

Il y a une quinzaine de tableaux accrochés sur les murs de son appartement. « J’ai peint celui-ci après le drame de Polytechnique. Celui-là, c’est après la mort de mon mari, il y a dix ans. L’autre là-bas, c’est après la mort de mère Teresa », décrit l’artiste, qui vient de terminer une série de quatre tableaux sous le thème de l’éclatement.

« Si on tombe, c’est final »

Mme Bédard est encore active, mais se prive de sortir à l’extérieur l’hiver. « À mon âge, si on tombe, c’est final ; on ne se relève pas. Je ne prends pas de chance avec la neige et la glace qu’il y a dans nos rues », dit-elle, pour faire valoir sa prudence.

Elle fréquente un copain, comme elle dit. « Il a son appartement et j’ai le mien, mais on dîne ensemble tous les midis », prend-elle soin de m’informer.

La nonagénaire est aussi auteure. Elle a écrit un recueil de poésie et lit beaucoup sur l’art de mieux vieillir.

« Quand nous avons mon âge, il faut savoir que nous avons eu le temps de traverser beaucoup d’épreuves, confie la dernière d’une famille de neuf enfants. Ç’a été un choc quand j’ai perdu mon mari, il y a dix ans, et ma sœur jumelle, il y a maintenant sept ans. »

Elle considère encore aujourd’hui que c’est plus facile d’être positif dans la vie.

Les Petits Frères de Saguenay offrent une famille aux personnes âgées de 75 ans et plus vivant seules, et ça, jusqu’à la fin de leur vie. « Rendre visite à Mme Bédard, c’est un doux plaisir. Elle nous rend son bonheur chaque fois. Elle a voyagé beaucoup. C’est une femme d’idées, très cultivée. Mais la vieillesse n’est pas égale pour tout le monde. Nous rendons visite à des gens pour qui la vieillesse est plus difficile, tant pour la santé physique que pour la santé mentale », laisse entendre Marilyn Côté.

Campagne de financement

« Nous comptons présentement 60 personnes âgées que nous appelons nos Grands Amis et qui sont supportées par une équipe de 55 bénévoles. Nous dépendons de la générosité du grand public pour atteindre nos objectifs et accomplir notre mission », fait valoir celle qui est considérée comme un ange par les Grands Amis.

Le 27 avril, en partenariat avec le salon de quilles Le Dallo, un quille-o-thon aura lieu afin de supporter la cause de l’isolement des aînés de la région et pour continuer à leur offrir de grandes fêtes, des activités et un accompagnement adéquat, le tout gratuitement. « Nous préparons la fête de Pâques et nous avons besoin de soutien financier », demande Marilyn Côté, invitant les gens à soutenir Les Petits Frères, qu’on appelait anciennement Les Petits Frères des Pauvres et qui ont été longtemps supportés au Québec par la comédienne Juliette Huot.