Plusieurs personnes étaient étonnées de voir les longues files devant les succursales de la Société québécoise du cannabis, mercredi.

Fini d’enrichir le crime!

CHRONIQUE / La vague cannabis au Québec a été plus forte médiatiquement parlant que le bogue de l’an 2000. Tout un buzz, sans jeu de mots. Il ne manquait qu’un décompte pour que le jour fatidique de la légalisation du pot prenne sa place dans l’histoire.

Plusieurs personnes étaient étonnées de voir les longues files devant les succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC). Il n’y a rien de surprenant devant cette ruée vers le pot, car il ne faut pas oublier qu’il y a plus d’un million de fumeurs de cannabis au Québec. Ces gens-là s’approvisionnaient dans la rue.

Selon l’Institut national de santé publique du Québec, une enquête indique que « parmi les 15,2 % des Québécois âgés de plus de 15 ans ayant consommé du cannabis au cours des 12 derniers mois, une forte majorité (52 %) en a pris moins d’une fois par mois en 2014 ». Selon ces chiffres, on peut estimer que plus de 40 000 personnes dans la région, âgées de plus de 15 ans, ont consommé du cannabis dans la dernière année.

Il y a autant de fumeux de pot au Québec qu’il y a d’amateurs de pêche et ça fait des années que ces gens donnent leur argent au crime organisé. Les milliers de fumeurs de cannabis qui ont fait la queue devant les magasins de la SQDC ne sont pas de nouveaux fumeurs parce que c’est devenu légal ; ils en consomment depuis déjà longtemps. Ça vous donne une idée de ce qui pouvait se trafiquait sous la table.

L’Institut national de santé publique du Québec indique également que « plus de 40 % des Canadiens âgés de 15 ans et plus ont rapporté en avoir déjà consommé dans leur vie (44,5 %). Au cours de l’année précédant l’enquête, 12,3 % ont dit en avoir fait usage, soit 3,6 millions de consommateurs », au Canada.

« Rien de l’fun là-d’dans »

Il y avait donc des millions de Canadiens qui avaient le goût de fêter cette légalisation cette année, une ambiance qui devait probablement ressembler à celle de la fin de la prohibition de l’alcool. Des jeunes universitaires de Chicoutimi, à l’esprit festif, ont donc célébré cette légalisation comme il se doit, en consommant ce produit qui est maintenant légal.

Le jeune de 22 ans se lève un peu magané de la veille. « On avait un party chez des amis de l’université hier, mais moi, j’avais oublié que c’était la journée de légalisation du cannabis. Pour célébrer ça, les copains avaient cuisiné des brownies au pot », me dit-il en se grattant la tête.

« C’était la première fois que j’étais sous l’effet de ça. Je n’étais pas capable de suivre une conversation. Moi qui pourtant, d’habitude, j’ai du plaisir à répondre du tac au tac, mon cerveau n’était pas assez rapide. Quand je voulais intervenir, la discussion était rendue ailleurs. J’avais de la difficulté à interagir avec les autres. Vraiment, y’a rien de l’fun là-d’dans», me raconte-t-il, en matinée.

« Nous sommes allés au party de l’université, plus tard en soirée, et je n’étais vraiment pas là. En plus, je suis un peu lunatique dans la vie et parfois, au milieu de la discussion, mon regard s’étendait sur les gens dans la salle. J’étais comme absent ; c’était drôle, mais pas du tout intéressant », me raconte-t-il.

Une discussion dans la légalité

Maintenant que c’est légal, les jeunes qui consomment du cannabis peuvent maintenant en parler plus ouvertement avec leurs parents et avec leur entourage, une conversation qui n’existait pas à l’époque où le pot était interdit par la loi. Vous pouvez comprendre que j’avais un peu de difficultés à croire que ce jeune n’avait jamais été sous l’effet de la drogue avant cette semaine, mais maintenant, c’est légal, alors il se sentait plus libre de me raconter sa soirée.

Comme bien des gens, il a essayé le cannabis et ne s’est pas montré intéressé à recommencer l’expérience. Dans le fond, il est à l’image de la moitié des Canadiens qui affirment en avoir déjà consommé au moins une fois dans leur vie.

Dans le contexte de la légalisation, j’ai l’impression que la cuisine au cannabis risque de connaître plus de succès que la consommation en boucane. La plupart des jeunes et des adultes que je connais ne fument pas la cigarette, alors je n’ai pas l’impression qu’ils vont fumer des joints. La fumée dans les poumons n’est plus acceptable pour beaucoup de gens.

Vous lirez la chronique de Josée Blanchette, publiée dans Le Devoir du 19 octobre, alors qu’elle a invité le chef Jean Soulard, auteur du livre Le cannabis en cuisine… ce n’est pas comme du basilic ! . Elle était « stone » comme les Rolling Stones, écrit-elle.