Fini de courir la vache

CHRONIQUE / Comme bien des hommes de ma génération, quand nous étions jeunes, on jouait au baseball, dans la rue, sur un terrain vague ou sur un vrai terrain municipal avec un backstop pour arrêter les fausses balles et une clôture au champ pour les coups de circuit.

Quand on jouait entre amis, il fallait courir la vache avant de frapper au bâton. On devait jouer au champ avant de pouvoir se présenter au bâton. On courait les balles, où on pouvait attendre de longues minutes avant de voir de l’action ; c’était très ennuyant. Bien souvent, on finissait par s’asseoir en indien ou on lançait des roches en attendant de voir une balle arriver.

Jeu participatif

« On ne laisse plus un jeune dans le fond du terrain pendant tout un match, je te rassure. On fait des rotations, de sorte que chaque jeune puisse jouer à toutes les positions, sauf pour les lanceurs et les receveurs. Ce ne sont pas tous les joueurs qui veulent jouer au poste de receveur », m’explique François Lajoie, instructeur des Phillies de Chicoutimi, dans la ligue moustique.

Le poste de receveur est très exigeant et demande une présence constante. Peu de joueurs veulent jouer à cette position chez les moustiques.
Olivier Émond, des Indians, a pris le départ au monticule lors du match contre les Phillies au terrain Sainte-Claire de Chicoutimi-Nord.

J’ai assisté à un match de baseball moustique, cette semaine, au terrain de balle Sainte-Claire, à Chicoutimi-Nord. En cette période de pandémie, les événements sont plutôt rares, alors profitons-en pour parler de choses qu’on aborde rarement en temps normal : une partie de baseball entre les Phillies et les Indians de Chicoutimi.

« Les coachs passent toute la partie à motiver les jeunes. Ça ne leur prend pas grand-chose pour être distraits », me fait remarquer Alexandre Tremblay, un papa dans les gradins.

On les entend crier le long des lignes : « Focus, les gars ! », « Approche-toi ! », « Tasse à gauche ! » et « On surveille le vol de but ! ».

Ces jeunes sont chanceux ; leurs parents leur permettent de jouer au baseball et s’impliquent dans ce sport collectif. « Pour ceux qui en sont à la première année de niveau moustique (10-11 ans), c’est la première fois qu’ils affrontent un lanceur. Au niveau atome (8-9 ans), on utilise des lance-balles. Au début, ils sont craintifs ; ils ont tous été atteints au moins une fois par un lancer », fait remarquer Alexandre Tremblay, qui voit cela comme un passage obligatoire.

L’instructeur des Phillies de Chicoutimi, François Lajoie, donne ses instructions aux joueurs avant leur tour au bâton.

Il faut vaincre sa peur d’être atteint par un lancer. Un bel âge pour vaincre ses peurs.

Le pitcher est brûlé

Ça m’a rappelé les belles années de baseball paroissial à Saint-Joachim, où j’ai grandi. On a de ces souvenirs bizarres qui restent imprégnés.

L’instructeur des Phillies de Chicoutimi, François Lajoie, admiratif et tout souriant devant ses joueurs.

Je me rappelle : c’était en soirée, les adultes jouaient à leur tour et on chantait dans les gradins « Le pitcher est brûlé/Les pompiers vont l’arroser ».

L’arbitre derrière le marbre déclare une prise et le joueur, en désaccord, enlève ses lunettes et les offre à l’arbitre en lui disant qu’il en a sûrement besoin. L’arbitre a brandi son bras et l’a expulsé du match. Tout le monde était mort de rire dans les gradins.

Les jeunes moustiques doivent rester attentifs sur le terrain et bien suivre le jeu.

En jasant avec les parents, dans les gradins du terrain Sainte-Claire, j’en ai profité pour raconter mon histoire. Ça fait au moins dix fois que je l’écris. Je suis né le 21 septembre 1961 et sur mon bracelet d’hôpital, c’était écrit Bruno Blackburn. Mais voilà que Roger Maris, des Yankees de New York, bat le record de Babe Ruth, en frappant son 61e coup de circuit, le 1er octobre 1961.

Mes soeurs, de grandes admiratrices de baseball qui capotaient sur Roger Maris et Mickey Mantle, ont dit à ma mère de me baptiser Roger en l’honneur de Maris. Ma grande soeur Marielle, qui sortait avec le beau Jean-Paul Collard (encore mon beau-frère aujourd’hui), un des bons joueurs de la ligue de baseball senior, a dû influencer ma mère. Le collègue Phil Desgagné doit se souvenir de cette époque avec des joueurs comme Rodrigue Langevin, Jean-Yves Loubier, Yves Tremblay, Claude Lizotte, Bernard Langlois, Gaston Sénéchal, Yvon Pilote, Paul Dufour, Jean-Paul Collard, André Ringuette, Yvon Pilote et Gerry Tremblay.

Le costume et l’esprit d’équipe

« Les jeunes aiment ça. Ils portent leur costume, ont tous la chance de frapper la balle. C’est un beau jeu d’équipe. J’ai eu la chance de jouer pendant 25 ans et j’aime partager ce plaisir avec les jeunes », fait valoir François Lajoie, qui avait installé une bâche au-dessus du banc des joueurs pour leur épargner quelques grains de pluie en début de partie.

Les deux équipes ont bien rivalisé sur le terrain. C’est un beau sport pour les jeunes, le baseball. C’est lent, l’action change d’un coussin à l’autre et le bruit du coup de bâton est toujours agréable à entendre; ça déclenche de l’action.

On compte près de 100 joueurs de catégorie moustique dans la région avec des équipes à Jonquière, Chicoutimi, Alma, Saint-Honoré et Laterrière.

Mardi, les Phillies l’ont emporté 5-4 contre les Indians. Les parents dans les gradins avaient bien du plaisir. Je n’ai entendu aucun commentaire déplacé, contrairement à ce qui se passe parfois au hockey mineur. Les lanceurs ont bien lancé, les frappeurs ont bien frappé et les joueurs ont bien joué. Une belle activité pour les familles lors d’un soir tranquille de pandémie.