L’architecte à la retraite a dessiné à la main les plans du projet imaginé, estimé à 22 M $.

Exploiter la vue et la verdure

CHRONIQUE / J’ai pris quelques instants cette semaine pour m’asseoir aux côtés de Jacques Coutu, architecte à la retraite maintenant âgé de 93 ans. C’est que l’homme réfléchit encore à son environnement et à l’urbanisme de sa ville, confortablement installé dans une chambre de la Maison Notre-Dame sur le boulevard Talbot à Chicoutimi.

Il a sorti, d’une grande enveloppe jaune, un plan dessiné à la main. Il me présente sa vision de ce qu’il appelle le «Parc de la gare public».

« Ce terrain près de l’ancienne gare est une véritable plaie pour Chicoutimi. Il faut aménager cet espace pour en faire un lieu public, un endroit où les gens peuvent se rencontrer », fait valoir le nonagénaire qui ne considère pas le projet d’Amphithéâtre Plus.

« D’abord on démolit l’autogare et on aménage un grand escalier qui relie la rue du Havre à la rue Racine. Un grand escalier comme on en trouve dans les grandes villes avec des paliers et des bancs publics. Ça ferait une belle grande ouverture visuelle sur la zone portuaire et la rivière Saguenay en plus de relier harmonieusement la rue Racine et la rue du Havre », explique l’architecte à la retraite.

J’avoue que l’escalier géant de la rue Riverin est une excellente idée, peu importe ce qu’on fera dans ce secteur.

Il me parle d’escaliers chauffés et d’un escalier mécanique qui pourrait faire partie de l’aménagement. Il aménagerait des espaces de stationnement dans l’espace près de la Place de la gare et le long de la rue du Havre, qu’il transforme en une artère à double voie à sens unique, en plus de construire des logements sociaux sur le site.

L’espace de terrain plus près de la rue Racine, en bas de la côte, devrait être un parc selon lui, avec des passages pour piétons, des jeux pour enfants et de la verdure, tout ça pour 22 millions $.

« Chicoutimi a des atouts qu’on passe notre temps à ne pas développer », s’indigne le professionnel à la retraite.

Jacques Coutu, architecte de 93 ans à la retraite, préférerait la démolition de l’autogare et un réaménagement de la rue du Havre pour l’aménagement du secteur de la zone ferroviaire de Chicoutimi.

Exploiter la vue

« Prenez par exemple le carrefour giratoire au bout du boulevard Talbot sur Jacques-Cartier ; c’est complètement manqué. À cet endroit, nous avons une vue exceptionnelle sur les monts Valin et on n’a rien aménagé pour permettre aux visiteurs de s’y arrêter », déplore l’homme de 93 ans.

« Quand quelqu’un arrive à Chicoutimi par la Réserve des Laurentides pour la première fois, il est émerveillé par la vue qu’offre cette montagne qui trône au pied de la rivière », ajoute-t-il .

Là-dessus, je lui donne raison. Si la Ville de Saguenay avait eu l’intelligence d’aménager un parc au bout du boulevard Talbot, entre l’hôpital et l’École apostolique, ce serait l’endroit où les touristes s’installeraient pour prendre une photo avec les monts Valin en arrière-plan. La plupart des villes dans le monde ont aménagé un endroit comme un lieu de rendez-vous pour les touristes, avec des statues de fondateurs, des bancs publics et des oeuvres d’art urbain.

À La Baie, près du quai des croisières, la Ville a aménagé un logo de la ville pour ce genre de photo.

« Le mont Valin à l’horizon, il n’y a pas une ville qui a ça au Québec et ce n’est pas exploité. Ça prend de la vision en urbanisme, mais malheureusement les villes préfèrent ériger des bâtiments parce que ça rapporte des taxes, contrairement à un parc », se désole-t-il.

Penser aux gens avant les bâtiments

Jacques Coutu cite en exemple l’architecte et urbaniste danois Jan Gehl, de Copenhague.

« Cet homme a rédigé plusieurs livres sur l’élaboration d’espaces publics, il est reconnu mondialement. Il a transformé complètement le visage de certaines villes pour favoriser le rapprochement entre les citoyens grâce aux espaces publics », fait remarquer Jacques Coutu qui voue beaucoup d’admiration pour l’architecte de Copenhague.

Une petite recherche sur Internet nous indique que les ouvrages de Jan Gehl se concentrent sur la perception sensorielle des gens et comment l’environnement ouvre ou inhibe les possibilités d’interactions. Pour lui, il faut aménager rues et places des villes à partir des sens, soit la vue, le toucher et l’ouïe.

J’espère que ce vieux sage réussira à inspirer nos élus et les responsables de l’urbanisme à Saguenay pour mettre un peu de vision dans l’aménagement urbain de notre ville en exploitant ses forces. De belles réalisations ont déjà été faites et il en reste encore beaucoup à réaliser.