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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Un monument à la mémoire des personnes décédées lors du glissement de terrain à Saint-Jean-Vianney se dresse devant l’église de la paroisse.­
Un monument à la mémoire des personnes décédées lors du glissement de terrain à Saint-Jean-Vianney se dresse devant l’église de la paroisse.­

...Et il y a ceux qui sont restés

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CHRONIQUE / Pour la très grande majorité des gens, Saint-Jean-Vianney, c’est le nom d’une tragédie, c’est le nom d’un glissement de terrain, des images de maisons englouties, une rivière de boue, un événement qu’on souligne chaque cinq ans depuis 50 ans. Souvent, les histoires rapportent que la plupart des survivants de cette tragédie sont déménagés à Arvida, sur le plateau Deschênes.

Une histoire qu’on n’entend pas souvent, c’est celle des Viannoises et des Viannois qui tenaient à leur village et qui souhaitaient poursuivre leur vie communautaire à Saint-Jean-Vianney, sur la rive nord du Saguenay, près de la rivière Shipshaw.

«Ça va faire 50 ans cette année et je n’ai jamais entendu raconter l’histoire de mon grand-père qui a morcelé ses terres agricoles en terrains résidentiels pour les sinistrés qui avaient perdu leur maison et pour ceux qui pouvaient déménager leur résidence», fait valoir Gilles Gagnon, que j’ai rencontré en face de l’église de Saint-Jean-Vianney sur la rue des Pins, dans le quartier des arbres à Saint-Jean-Vianney. Cette portion du village a été intégrée à la municipalité de Shipshaw, après le sinistre.

Gilles Gagnon, le petit-fils de François Tremblay, pose devant l’église de Saint-Jean-Vianney, construite par son oncle Robert et son grand-père dans un autre secteur du village de Saint-Jean-Vianney.­

Une partie du village existe encore

«Quand j’étais jeune, on venait jouer ici, ce n’était que des champs et on descendait en boguey jusqu’à la rivière (Shipshaw). Les terres agricoles de mon grand-père faisaient partie du village de Saint-Jean-Vianney, ici un peu plus haut sur la 172. Ce n’est pas tout le monde qui voulait déménager à Arvida, il y a des gens qui étaient très attachés à leur village et à leur territoire», raconte Gilles Gagnon.

«Il y avait des familles de pionniers installées ici. Mais à l’époque du glissement de terrain, il n’y avait pas beaucoup d’options. Le gouvernement, le village et la paroisse favorisaient davantage ceux qui optaient pour un déménagement. Mon grand-père François Tremblay, avec ses frères et ses soeurs, ont dû se démener pour que des villageois puissent demeurer dans leur communauté», assure le petit-fils de ce pionnier de Saint-Jean-Vianney.

Les coupures de presse de l’époque racontent que 35 maisons ont été déménagées sur les terres de François Tremblay pour que les Viannoises et les Viannois puissent se retrouver et reformer une communauté. «J’ai compté sur Google View et il y a 180 maisons dans le quartier des arbres en descendant jusqu’au pont de la rivière Shipshaw», fait savoir Gilles Gagnon, un féru d’histoire.

Gilles Gagnon montre les coupures de presse que sa tante Françoise, âgée de 94 ans, a collectionnées sur Saint-Jean-Vianney au cours des années.­

Un village à raconter

Dans le hayon arrière de son véhicule, Gilles Gagnon ouvre les pages des scrapebook de sa tante Françoise qui a collectionné tous les articles de journaux de l’époque et de ceux qui ont suivi.

«J’ai photographié ses cahiers et j’ai plus de 200 pages de documents», évoque Gilles Gagnon, qui nous permet de feuilleter l’histoire de la tragédie à travers les articles de journaux.

La tante Françoise, âgée aujourd’hui de 94 ans, possède tout un document d’archives qui pourrait sûrement intéresser un musée, soit dit en passant, pour ceux que ça intéresse. Les coupures de journaux y sont compilées chronologiquement et incluent les déclarations de politiciens de l’époque.

Les coupures de presse de tante Françoise témoignent de la tragédie et de tout ce qui s’est passé sur les plans politique et social. ­

C’est le premier ministre Robert Bourassa qui a fermé le village de Saint-Jean-Vianney le 27 mai 1971. «Il y a un secteur du village qui s’est retrouvé annexé à Canton-Tremblay et ce secteur-ci, sur les terres de mon grand-père, qu’on surnomme le plateau Coulombe, en l’honneur du maire de Shipshaw», raconte Gilles Gagnon.

«Je voulais que les gens sachent que ce n’est pas seulement sur le plateau Deschênes à Arvida que les gens de Saint-Jean-Vianney ont retrouvé une vie communautaire. Mon grand-père à l’époque n’était pas intéressé plus qu’il n’en faut à construire des maisons sur ses terres agricoles, mais comme c’était un des endroits identifiés par les spécialistes, il a fait preuve de solidarité en faisant arpenter sa terre pour la transformer en quartier résidentiel», met en relief le petit-fils de Saint-Jean-Vianney.

Terre des pionniers

En fin de rencontre, le photographe Jeannot Lévesque a traversé la route 172 pour photographier la maison ancestrale du grand-père François Tremblay. «En face, c’est la maison de tante Rita, là à côté, c’est tante Françoise, et de l’autre côté, c’est la maison de tante Gertrude. Le troisième voisin, c’est mon oncle Robert. Lui, c’était un bâtisseur de maison, c’est lui d’ailleurs, avec l’aide de mon grand-père, qui a construit l’église de Saint-Jean-Vianney, ici, en plein milieu des terres agricoles», narre celui qui veut garder en vie la mémoire de cette paroisse et de ce village.

La maison ancestrale du grand-père de Gilles Gagnon est toujours debout, le long de la route 172, dans l’ancien village de Saint-Jean-Vianney.­

Une plaque commémorative en marbre noir, en face de l’église, rend hommage aux victimes de cette tragédie. Les noms des 31 personnes décédés sont gravés dans la pierre.

Note dans le calepin

L’arrière-grand-père de Gilles Gagnon, Fortunat Tremblay, et ses deux fils, Abraham et Eugène, font partie des pionniers qui ont ouvert des terres à Saint-Jean-Vianney, précisément celle qui a appartenu à l’ancien maire  Jean-Maurice Coulombe, celui à qui on a donné le nom au Plateau Coulombe qui devrait s’appeler Plateau Tremblay-Mathias. La maison de J-M Coulombe est pour ainsi dire le berceau des Tremblay à Saint-Jean-Vianney. Juste une petite note pour recadrer l’histoire, pour ceux que ça intéresse.