Félix Lafrance, professeur d’histoire, raconte l’histoire de la Congrégation des Soeurs de Notre-Dame-du-Bon-Conseil dans le magazine Saguenayensia, publié par la Société historique du Saguenay pour souligner le 125e anniversaire de fondation de l’organisation religieuse.

Époque de la croix et la craie

CHRONIQUE / Françoise Simard était maîtresse d’école à Saint-Fulgence. Le 3 novembre 1894, elle a traversé la rivière Saguenay en chaloupe, à partir de Sainte-Anne (Chicoutimi-Nord), pour se rendre à l’évêché de Chicoutimi sur l’autre rive. Elle a accepté la demande de Mgr Michel-Thomas Labrecque pour fonder la Congrégation des sœurs de Notre-Dame-du-Bon-Conseil.

Le vent s’est levé et la chaloupe a dérivé dans le courant. « On perd de vue la chaloupe guidée par Épiphane Gagnon déportée par une tempête qui se déchaîne dangereusement et on la croit coulée. Son beau-frère Cléophase Brassard l’accompagnait et lui dit : “la fondation sera bonne ; c’est le démon qui veut vous engloutir, mais il ne réussira pas.” Le temps est redevenu calme et la chaloupe a finalement atteint la rive. »

L’enseignant en histoire et auteur Félix Lafrance raconte cette anecdote dans le dernier numéro du magazine Saguenayensia, publié par la Société historique du Saguenay et consacré au 125e anniversaire de fondation de la Congrégation des sœurs de Notre-Dame-du-Bon-Conseil qui a été le fer de lance de l’éducation dans la région.

Des modèles pour les jeunes

« Les sœurs institutrices étaient des modèles de femmes pour les jeunes élèves et la population en général. Tout en étant responsables de l’identité catholique de l’époque, ce sont des femmes diplômées, instruites, polyvalentes et dévouées. Les sœurs sont des modèles de probité et elles ont accompagné nos jeunes dans les écoles partout dans la région », fait savoir l’auteur du texte La fondation sera bonne, dans le magazine Saguenayensia, Félix Lafrance.

Félix Lafrance, c’est ce professeur d’histoire qui a abandonné une carrière d’enseignant au cégep pour donner des cours d’histoire particuliers sur différents sujets à différentes époques. Il a relevé le défi de faire revivre un passé trop souvent oublié en écrivant sur les sœurs du Bon-Conseil. « La fondation de la Congrégation des sœurs de Notre-Dame-du-Bon-Conseil se fait dans un contexte où les populations explosent et que les besoins sont grandissants. Les institutrices font valoir l’importance de l’éducation alors que les parents auraient davantage besoin de leurs enfants sur la terre pour les aider au champ et dans la maison », mets en relief Félix Lafrance qui voue une grande admiration pour ces femmes qui travaillaient sans arrêt.

« En plus de leur tâche d’enseignement dans les différentes paroisses, les sœurs habitaient souvent au presbytère où elles s’occupaient de l’entretien en plus de faire la cuisine », raconte le professeur d’histoire.

Des femmes d’exception

La fondatrice de la congrégation, Françoise Simard, est une femme d’exception malgré une santé chancelante. Celle qui a pris le nom de Mère Marie-du-Bon-Conseil voit à tout. « C’est elle qui négocie les conditions de travail, le salaire, le mobilier, le bois de chauffage, les services. Elle a fait de nombreux déplacements partout dans la région dans des conditions souvent difficiles », raconte Félix Lafrance.

Les sœurs institutrices ont une influence remarquable partout où elles s’installent. Elles apprennent aux élèves à écrire, à lire, à compter et leur montrent les bonnes manières et les valeurs morales. « En servant de modèle et en inspirant leurs élèves, elles s’imposent comme un important élément de recrutement chez les jeunes religieuses », relate Félix Lafrance.

Celles qui ont éduqué toute une génération d’élèves de la Côte-Nord jusqu’au nord du Lac-Saint-Jean ont dû s’adapter aux réformes de la Révolution tranquille, à la création du ministère de l’Éducation et à l’avènement de Vatican II qui oblige les congrégations religieuses à changer leur fonctionnement interne. « Elles refondent la vie religieuse sur l’expérience individuelle et la foi plutôt que sur la hiérarchie, le rituel et la doctrine », écrit Félix Lafrance, témoignant de l’implication des sœurs dans leur communauté.

En feuilletant le magazine Saguenayensia, Félix Lafrance porte à mon attention la liste des œuvres sociales créées par les sœurs. On y trouve une quarantaine d’organismes qui existe encore aujourd’hui, dont le Centre de prévention du suicide 02, Loge m’entraide, la Maison des sans-abri, le Café-jeunesse, le Lac Pouce et la Marmite fumante, entre autres.

Le dernier numéro de Saguenayensia permet aux plus âgés de retourner sur les bancs d’école avant 1960 et de constater à quel point ces femmes dévouées ont formé toute une génération de jeunes.