En amour avec les fraises biologiques

CHRONIQUE / C’est un peu gênant de l’avouer, mais je n’avais jamais cueilli de fraises, même pas à l’île d’Orléans, avant de mettre les pieds dans les rangs nattés de la Fraisière biologique de Chambord. Je mange rarement des fruits pendant la cueillette, mais là je n’ai pu résister à croquer dans une belle grosse fraise rouge chauffée par le soleil. Ça goutte le ciel.

Ça fait trois ans que les amies au chalet capotent sur les fraises biologiques de la route de la Pointe. J’en mangeais goulûment chaque début de mois de juillet dans les paniers de fraises que ma blonde rapportait de l’autocueillette, mais je n’avais pas mis les pieds dans les champs situés presque dans la cour arrière de notre chalet.

« Mon gâteau chiffon est prêt ! Tu viens avec moi cueillir des fraises ? », me lance ma blonde en fin de semaine. Je me laisse tenter par l’idée de participer un brin à la réalisation d’un shortcake aux fraises qui s’annonce pour le souper.

Kiosque d’interprétation
On se présente au kiosque de légumes sur le bord de la route pour récupérer les paniers destinés à l’autocueillette et là on fait la connaissance de Manon. C’est elle qui a eu l’idée de planter des fraises en 2002. « J’aime ça des fraises, c’est un fruit qui me parle et j’aimais ça en cueillir à l’île d’Orléans. Au début, j’ai planté 5000 plants derrière la ferme familiale. C’était de l’ouvrage, il y avait plein de chiendent et je désherbais tout ça à la main », explique l’agricultrice.

« À un moment donné, j’ai acheté un gallon d’herbicide. Quand j’ai vu le prix que ça coûtait et le nombre de fois qu’il fallait en mettre sur les plants, j’ai dit non, je ne veux pas faire ça, on va cultiver des fraises bio et j’ai rapporté le gallon d’herbicide au magasin », raconte celle qui a obtenu sa certification bio la même année.

Popularité du bio
« Pendant 12 ans, on a fait ça dans le vide, on échangeait quatre trente sous pour une piastre. Le bio, ça ne disait rien au monde, les gens du milieu disaient qu’on perdait notre temps. Mais depuis trois ou quatre ans, il y a un véritable intérêt pour le bio. Au cours des trois dernières années, on assure une rotation de 40 000 plants par été et nous sommes rendus à 120 000 plants », dit-elle avec fierté.

Manon Duchesne a même aménagé un Centre d’interprétation de la fraise bio à l’intérieur de la grange transformée en kiosque fermier. Une dizaine de panneaux explicatifs sur les murs relatent avec des informations pertinentes la culture des fraises.

Dans les rangs nattés
En arrivant dans le champ de fraises, Régis Bolduc, le conjoint de Manon, nous accueille. « Bonjour, bienvenue aux Fraises biologiques de Chambord », dit-il tout sourire avec son chandail « Ferme famille fierté ». Il nous montre un rang et nous invite à marcher de chaque côté pour faire notre cueillette.

Cercueil, que je dis à ma blonde, il y en a vraiment beaucoup. « C’est rien, dit-elle, il y en avait dix fois plus l’an passé, on remplissait notre panier en moins de cinq pas ». Quand même, je trouvais que la cueillette est tout de même extraordinaire. C’est à ce moment que j’en ai croqué des chaudes et mûres à point.

« La sécheresse et les chaudes températures nous ont fait mal. Heureusement, j’ai mis beaucoup de foin sur les cultivars et ç’a servi de protection. La pluie des derniers jours a sauvé notre été, mais nous assumerons des pertes de 60 %, comparativement à l’an passé », fait savoir le fermier, un peu philosophe, sachant qu’ils sont à la merci de dame Nature.

Autocueillette
« Ici tout est bio dans les champs. La paille qu’on étend sur les cultivars est bio, le désherbage est fait mécaniquement avec des équipements adaptés. On regarde peut-être pour irriguer les champs l’an prochain, mais sur la pointe de Chambord, on profite d’un microclimat à cause du lac Saint-Jean. On va continuer notre réflexion », dit-il

Je suis retourné à la fraisière mercredi et il y avait une trentaine de cueilleurs dans le champ. « Ça vient de partout dans la région et de l’extérieur. Une dame de Montréal a téléphoné tantôt, elle m‘a commandé 30 paniers », fait savoir Manon Duchesne.

« On fait confiance aux gens. Ils remplissent leur panier pour l’autocueillette et passent ensuite au kiosque pour payer. L’an passé, on laissait des paniers sur le présentoir et une petite boîte pour l’argent quand on devait s’absenter et on n’a jamais eu de problème », raconte Régis Bolduc.

Le couple d’agriculteurs se réjouit de voir arriver les cueilleurs en famille. « Les “milléniaux” sont très attirés par le bio et sont très respectueux des plantations. C’est bon de voir des gens souriants quand ils arrivent ici », conclut celui qui cultive aussi les sourires.