Gabriel Boucher, apiculteur et éleveur de reines à Desbiens, au Lac-Saint-Jean.

Éleveur de reines à Desbiens

Il vit à Desbiens au Lac-Saint-Jean. C’est un éleveur d’abeilles reines, un genre de phénomène rare au Québec, mais c’est son histoire d’amour qui m’a charmé. Gabriel Boucher vivait à Gatineau et Marie-Christine Gagnon vivait à Alma et ils se sont rencontrés par hasard lors des vendanges en Australie.

« C’était la fin des récoltes dans le vignoble australien où j’étais allé pour les vendanges et j’étais assis à une table à discuter avec les cueilleurs. J’étire le bras en me tournant pour saisir une bouteille de vin et Marie-Christine l’a saisi en même temps que moi. Nous avions tous les deux une main sur la bouteille. On a commencé à jaser, ça n’a pas arrêté et on a voyagé un an ensemble avant de revenir à Alma », raconte l’apiculteur que j’ai rencontré dans sa maison ayant pignon sur la rue Principale, en plein coeur du village jeannois.

Le couple a essayé la vie à Gatineau et à Alma et les globes trotteurs ont décidé de poser leurs pénates sur le bord du lac Saint-Jean. « Je me cherchais un emploi et j’avais laissé des CV à la Microbrasserie du Lac et à la ferme Miel des ruisseaux. À cette époque, je fabriquais ma bière et ça me tentait de vivre l’expérience de la microbrasserie, mais Patrick (Fortier), du Miel des ruisseaux, m’a appelé en premier. J’aimais mieux travailler à l’extérieur et je trouvais intriguant le monde des abeilles », raconte celui qui est devenu ouvrier apicole à l’été 2014. 

« Là, j’ai eu la piqûre, sans jeu de mots. J’ai passé l’été les deux mains dans les ruches, j’étais fasciné par les abeilles et j’ai décidé de me lancer dans l’aventure. Je me suis inscrit au programme de Gestion et exploitation d’entreprise apicole au Cégep d’Alma. Comme c’était un cours en ligne, j’ai pu voyager et perfectionner mes démarches au centre d’élevage de reines d’Api Culture dans les Hautes-Laurentides », détaille celui qui a commencé sa carrière d’apiculteur avec deux nucléi (petites colonies) à quatre cases. « Nous avons assez de deux mains pour compter le nombre d’éleveurs de reines au Québec. J’avais deux ruches en 2015, 25 ruches en 2016 et j’avais 60 ruches l’an dernier. Cet été je vais produire 500 reines et elles sont déjà toutes vendues. Ce n’est pas des farces, je t’en parle et j’ai hâte de me mettre les mains dans les ruches. C’est un monde fascinant », lance l’apiculteur royal.

Gabriel Boucher sélectionne minutieusement les larves des reines qu’il greffe pour les faire croître dans ses cellules royales de ses ruchettes de fécondation. « Une reine peut pondre jusqu’à 2000 oeufs par jour. Elle se fait nourrir et se fait chouchouter par les abeilles de la colonie qui s’en occupent toute la journée. Mes reines ont un bon bagage génétique, elles ont du sang boréal royal », lance fièrement l’éleveur de 28 ans.

« Mes clients veulent des reines fécondes avec un faible essaimage, résistantes aux maladies et qui génèrent des butineuses avec de bons comportements. Elles doivent aussi être résistantes à l’hiver. Présentement, les reines dans mes ruches sont entourées par environ 30 000 abeilles qui la protègent du froid en l’entourant en alternance comme le font les manchots empereurs dans l’Antarctique », explique-t-il, en précisant qu’en été, une ruche peut abriter 90 000 abeilles.

« Il faut être passionné pour faire ce métier, mon but est d’en vivre un jour. On travaille fort, mes ruches sont placées dans des champs et je les visite quotidiennement pour récolter le miel et contrôler la production. Une journée de congé pour moi, l’été, c’est un dimanche après-midi. Ce n’est pas un métier facile, ceux qui pensent qu’on se fait piquer une dizaine de fois dans l’été doivent savoir que c’est plutôt une dizaine de fois par jour. C’est toujours douloureux, mais on finit par s’endurcir à la douleur, et on est moins boursouflé avec le temps. Je me rappelle au début j’avais l’air du bonhomme Michelin. Maintenant j’enlève le dard rapidement pour minimiser l’injection de venin », détaille celui qui vend en vrac sa production mellifère.

Dès que ses reines seront prêtes, Gabriel Boucher les placera dans des cagettes en plastique avec quatre abeilles pour la couver et la nettoyer. Le colis sera expédié par la poste et l’apiculteur recevra entre 25 $ et 30 $ par reine d’origine jeannoise. C’est agréable de penser qu’il y a un peu de chez nous dans le miel du Québec.

Ah oui, l’apiculteur vous demande de ne pas traiter ou enlever vos pissenlits sur votre gazon au printemps, ce sont les premières plantes printanières que les abeilles butinent et il nous rappelle qu’environ 40 % des produits alimentaires contenus dans notre assiette au Québec proviennent indirectement ou directement du travail des abeilles par la pollinisation des fruits, légumes et autres plantes.

Gabriel Boucher prépare ses caissons pour la période estivale. Il est impatient de mettre ses mains dans les ruches.