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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Bernard Tremblay, comptable à la retraite âgé de 72 ans, a écrit un roman racontant l’histoire de sa mère à travers l’histoire du Québec.
Bernard Tremblay, comptable à la retraite âgé de 72 ans, a écrit un roman racontant l’histoire de sa mère à travers l’histoire du Québec.

Écrire la vie de sa mère

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CHRONIQUE / L’histoire commence en 1870, dans une taverne de Bécancour. Les 4B sirotent une bière. Les 4B pour Boucher, Bergeron, Bouchard et Bélanger, quatre bons diables qui venaient de se faire virer de la scierie où ils travaillaient.

C’est là que Narcisse Boucher, le père d’Alfred qui était bébé à l’époque, décida de tenter sa chance aux États-Unis pour trouver du travail dans l’État du Maine, dans le Frenchtown de Westbrook, non loin de Portland. À cette époque, de nombreux Québécois émigrèrent aux États-Unis pour trouver du travail.

Le fils de Narcisse Boucher, Alfred, a grandi à Westbrook. Il s’est marié et a fondé une famille de sept enfants. La petite dernière, Armosa, est née en 1906 aux États-Unis. Après le décès de sa mère en 1908, la petite Armosa déménagea avec son père et sa famille pour s’établir à Jonquière, où le papa d’Armosa avait trouvé un emploi à l’usine de pâte et papier.

La belle Armosa a grandi à Jonquière, s’est mariée et a eu 12 enfants. Le dernier, Bernard, est né en 1946. C’est lui qui a écrit l’histoire de sa mère, décédée le 12 avril 1954 à l’âge de 48 ans.

Une histoire de 500 pages

« Je suis rendu à 72 ans, j’étais tanné de faire des casse-tête. Je me suis dit que je pourrais écrire l’histoire de ma mère », raconte Bernard Tremblay, qui a fait imprimer 20 copies de ce roman-fleuve qui mériterait de tomber entre les mains d’un imprimeur.

« J’avais huit ans quand ma mère est morte, je n’ai pas beaucoup de souvenirs. Mes frères et soeurs m’ont raconté leurs souvenirs et j’ai fait des recherches sur Internet », fait valoir l’auteur.

« Ma tante, la marraine de ma mère, m’a raconté des anecdotes et j’ai pu romancer l’histoire de sa famille. J’ai créé des personnages qui ont vraiment existé, j’ai imaginé leur vie à Westbrook en reconstituant leur histoire », explique l’auteur qui met en lumière une partie de l’histoire du Québec. « À cette époque, il fallait parler français pour travailler dans le Frenchtown », dit-il.

Le dernier des enfants d’Armosa a réussi à faire vivre des personnages et à raconter une histoire qui se lit comme un roman. On assiste au déménagement des familles dans le Maine, leur démarche pour trouver du travail, pour avoir de quoi vivre, leur intégration dans la communauté, leur implication pour faire construire une école française, organiser une équipe de hockey, ouvrir des commerces et briguer des suffrages.

Retour au Québec

Le retour de la famille Boucher au Québec, qui les amène à l’usine de pâte et papier de Kénogami, nous fait vivre l’ambiance de la vie à Jonquière dans les années 1920 à 1950. Bernard Tremblay rappelle des lieux, des noms de commerces, des noms de rue et des événements comme la construction du Patro et l’arrivée de divers objets de l’époque.

« Située au nord-est des États-Unis, dans l’État du Maine, cette ville s’appelait alors Saccarappa: longeant la rivière Presumpscot, Saccarappa changea de nom en 1871, et devint Westbrook, en l’honneur du colonel Thomas Westbrook », nous apprend l’auteur dès les premières phrases du livre.

« La population de Westbrook était alors composée de 6500 habitants environ, dont quelques Québécois originaires de la région de Portneuf et Trois-Rivières, lesquels furent attirés par les possibilités d’emploi dans les moulins du Maine. Effectivement, ces Québécois se pointèrent le nez vers 1850 », précise-t-il à travers les recherches qu’il a faites.

« Les premières familles francophones furent, entre autres, les Labrecque, Lamoureux, Poitras, Boucher, Grondin, Hardi, Allard, Bergeron, Archambault. Ces familles de langue française s’installèrent le long de Brown Street, une des plus importantes de cette ville. Ils y vivaient comme dans un ghetto francophone, lequel fut nommé Frenchtown, nom encore utilisé de nos jours. Différents commerces virent le jour à Frenchtown: épicerie, magasin général, barbier, salon de coiffure, mercerie, magasin de chaussures, clinique médicale, tous exploités et/ou possédés par des Canadiens-Français », met en lumière l’auteur.

Bernard Tremblay a mis près de trois ans à écrire ce roman qui lui a permis de faire une incursion dans l’histoire de sa famille et dans l’histoire de ces Franco-Québécois qui ont vécu dans l’État du Maine.

C’est un livre écrit pour mettre la vie de sa mère en lumière, qui mériterait d’être édité à plus grand tirage. Bernard Tremblay a fait ce que Janette Bertrand demande aux personnes âgées depuis le début du confinement, c’est-à-dire d’écrire vos histoires, d’écrire vos mémoires. Ces histoires, ce sont l’histoire du Québec.