Économie contre faune et environnement

CHRONIQUE / Les erreurs du passé en matière de protection de la faune, des habitats fauniques et de l’environnement rattrapent les promoteurs de projets industriels qui, dorénavant, ne peuvent plus aller de l’avant sans prendre les mesures nécessaires pour ne pas mettre à risque des espèces de poissons, des animaux sauvages et la qualité de l’environnement.

Nous avons vu cette semaine se dresser un drapeau rouge concernant l’utilisation de la voie navigable sur le Saguenay relativement aux trois projets de développement industrialo-portuaires sur les rives du fjord. Ces projets de développement augmenteront le nombre de navires qui circulent sur le Saguenay et des scientifiques s’inquiètent pour la santé des bélugas, une population considérée comme en voie de disparition au sens de la Loi sur les espèces en péril du Canada.

Principe de précaution

Généralement, les scientifiques font valoir le principe de précaution quand il n’y a pas suffisamment de données pour la protection d’une espèce en péril, comme l’a fait savoir le président et directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud, dans les pages du Quotidien cette semaine.

Il faut rappeler que les bélugas ont fait la manchette en 2014 quand TransCanada a voulu construire un port pétrolier à Cacouna pour son projet Énergie Est dans un secteur considéré comme une des pouponnières à bélugas du fleuve Saint-Laurent. TransCanada a reculé et mis fin à son projet en raison de la classification du mammifère marin comme espèce en voie de disparition par Ottawa et à cause des dangers qu’aurait fait courir à ces mammifères marins une explosion de la circulation maritime. Cacouna est située juste en face de Tadoussac, sur l’autre rive du fleuve.

Depuis 2016, Robert Michaud réalise une étude avec la chercheuse Valeria Vergara, d’Ocean Wise et de l’Aquarium de Vancouver, en utilisant un hydrophone et un drone pour étudier la communication ainsi que les comportements des bélugas au coeur de la baie Sainte-Marguerite, un lieu fréquenté assidûment par les femelles et les jeunes et qui est considéré comme un refuge acoustique naturel.

Le projet de recherche s’intitule Maman, m’entends-tu? et cherche à caractériser les cris de contact entre mères et petits pour mieux comprendre le masquage sonore par le passage des embarcations.

Béluga et bébé phoque

«L’augmentation récente de la mortalité chez les nouveau-nés des bélugas du Saint-Laurent et le déclin de leur population coïncident avec une navigation accrue dans les zones fréquentées par les femelles et leurs petits», peut-on lire dans le descriptif du projet, sur le site Baleines en direct.

J’ai déjà vu, dans le passé, l’impact d’une photo d’un bébé phoque avec Brigitte Bardot. Je peux vous assurer que devant la photo d’un bébé béluga avec sa maman et avec des scientifiques qui disent que ça peut causer des risques pour leur survie, il n’y a pas un politicien qui va encourager l’augmentation du trafic maritime dans le Saguenay.

Quand on entend des mots et des expressions comme «espèce en péril», «pouponnière», «refuge acoustique», «espèce menacée», «maman béluga» et «bébé béluga», il ne faut pas sous-estimer les impacts.

On a vu récemment que le projet d’un troisième lien à Québec a du plomb dans l’aile, car il se trouve dans un important site de fraye du bar rayé, une espèce de poisson classée en voie de disparition par Ottawa. La population de caribou forestier des forêts québécoises cause aussi des embûches à l’industrie forestière, ce qui pourrait avoir des impacts sur plusieurs milliers d’emplois.

Projets en péril, menacés ou en voie de disparition

Les projets de Métaux BlackRock, d’Arianne Phosphate et de GNL Québec pourraient générer la circulation de 405 nouveaux navires par année, dans le plus optimiste des scénarios. Je vous prédis que les cris des bélugas vont se faire entendre assez fort pour placer ces projets sur la liste des projets en péril ou menacés.

En plus de considérer la faune et l’environnement dans leur projet, les développeurs devront également consulter les nations autochtones qui sont présentes sur leur territoire.

Le fjord du Saguenay est un parc marin et un milieu très sensible à la survie des bélugas. Je suis convaincu que ces petites baleines blanches vont causer bien des ennuis à tous ceux qui veulent augmenter le trafic maritime. Ça ne me surprendrait même pas que le quai des croisières à La Baie doive aussi considérer les bébés bélugas.

Un dossier à suivre.