Marc-André Galbrand et Rémi Aubin ont remis la pétition au député conservateur de Chicoutimi–Le Fjord, Richard Martel, lundi.

Du flétan atlantique pour faire rêver

CHRONIQUE / Les promoteurs de la pêche au poisson de fond sous les glaces du fjord du Saguenay ont remis une pétition au député conservateur de Chicoutimi–Le Fjord, Richard Martel, lundi matin, en lui demandant de la déposer à la Chambre des communes pour demander à la ministre des Pêches et des Océans du Canada d’autoriser la pêche récréative du flétan atlantique dans le Saguenay.

Le flétan atlantique est un poisson plat, pas très joli, avec les deux yeux sur le côté droit du corps, le côté gauche étant aveugle. Normalement, un poisson, ça nage le ventre vers le bas, le dos au-dessus et les deux yeux devant de chaque côté de la tête. Le flétan, lui, allez savoir pourquoi, a décidé de vivre en nageant en rasant le fond des eaux avec un côté vers le bas, un côté vers le haut et a fait migrer un oeil sur le côté droit.

Il vit dans les profondeurs abyssales du fleuve Saint-Laurent et du Saguenay et il peut atteindre une longueur de plus 2,5 mètres et peser plus 300 kilogrammes. « C’est le plus gros poisson de fond du Canada et il est interdit de le pêcher dans le Saguenay. Pourtant, il y a une pêche commerciale dans le fleuve Saint-Laurent, où les bateaux commerciaux peuvent en récolter des tonnes », explique Rémi Aubin, de l’organisme Promotion pêche de La Baie, et spécialiste de la pêche au poisson de fond.

Des poissons géants à la ligne

« Vous imaginez les impacts positifs pour la pêche blanche au Saguenay si les pêcheurs voyaient des photos de flétan pesant 25, 50 ou 100 kg. Vous imaginez les vidéos sur les réseaux sociaux qui nous permettraient de faire rêver les amateurs de pêche de partout avec la possibilité de capturer des poissons-trophées ? Ce serait extraordinaire pour populariser notre activité », s’emballe Rémi Aubin.

Cette photo d’un flétan de quelque 150 livres a déjà fait la manchette du Quotidien.

« Pêches et Océans Canada indique que les stocks de flétans atlantiques n’ont jamais été aussi abondants. Nous voulons une pêche responsable avec le respect de la ressource, qu’on croit suffisamment abondante », fait valoir Marc-André Galbrand, directeur général de Contact Nature, l’organisme qui gère les villages de pêcheurs sur les glaces de la baie des Ha ! Ha !.

Dans le plus récent avis scientifique de Pêches et Océans Canada, publié en juillet 2019, il est clairement indiqué que : « L’abondance du flétan atlantique de taille commerciale (plus de 85 cm) estimée par les relevés scientifiques au chalut de fond en 2017 et en 2018 est parmi les plus élevées des séries historiques. De l’ordre de 650 tonnes au cours des années 1960, les pêches ont sans cesse décliné jusqu’au début des années 1980, pour se chiffrer à 91 tonnes en 1982. Les pêches ont commencé à augmenter à la fin des années 1990 et atteignent maintenant près de 1300 tonnes, soit les plus élevés des derniers 60 ans. »

Comme le fleuve va, le Saguenay va

Comme l’abondance des poissons de fond du Saguenay est directement liée avec les populations du fleuve, il est permis de penser que nos amis pêcheurs ont raison de réclamer l’ouverture de la pêche du flétan atlantique dans les eaux du fjord. Je ne vois pas pourquoi on permet aux pêcheurs commerciaux de ramasser du flétan à la tonne, mais on interdit aux pêcheurs sportifs d’en ramasser un de temps en temps.

« Il faut trouver une façon de faire pour autoriser cette pêche, qui pourrait donner encore plus de prestige aux activités de pêche récréatives sur le fjord. Il y a six ou sept ans, on n’entendait pas beaucoup parler de pêche accidentelle du flétan atlantique. Il y avait deux ou trois captures par année, mais depuis trois ans, les histoires se multiplient. Il se capture au moins une centaine de flétans atlantiques par hiver et là, je te parle seulement de ceux dont j’ai entendu l’histoire et qui sont venus me montrer les photos ici, au magasin », rapporte Rémi Aubin, qui est aussi conseiller en pêche dans un magasin spécialisé bien connu à La Baie.

Des histoires vraies

« Ce ne sont plus des racontars, des légendes ou des histoires à dormir debout. Des pêcheurs qui ont vu leur canne à pêche casser, leur moulinet se dérouler au complet ou des cannes à pêche qui enfilent dans le trou dans la glace sont maintenant des témoignages qu’on entend tous les jours. Les prises exceptionnelles de flétan de 75 kilos font la une des journaux, mais des prises accidentelles de flétans atlantiques de 5, 10 ou 20 kilos sont nombreuses et les gens ne se donnent même plus la peine de les prendre en photo avant de les remettre à l’eau obligatoirement », décrit Rémi Aubin.

Il reste à espérer que le député Richard Martel fasse progresser ce dossier à la Chambre des communes. « Nous avons déjà commencé à intervenir auprès du ministère des Pêches et nous allons déposer la pétition en chambre pour sensibiliser les responsables au dossier », a commenté le député de Chicoutimi–Le Fjord, lors de la remise de la pétition, à son bureau de circonscription.