Du bouilli pour la mémoire

CHRONIQUE / C’est la période des bouillis, le moment de l’année où on sort la plus grosse marmite qui traîne dans nos armoires pour la remplir de légumes. Je ne sais pas d’où ça vient, mais c’est comme une tradition familiale, nos mères en faisaient et nous en faisons.

J’imagine que c’est l’abondance des légumes de jardin qui sont prêts à être cueillis avant que le gel se pointe le nez qui nous incite à reproduire la recette de nos mères. Comme bien des gens, je n’ai pas de jardin, mais l’appel du bouilli se manifeste chaque automne.

Ça se déclenche généralement quand je mets les pieds dans un kiosque fermier. Cette semaine, c’est au kiosque des Jardins Baielactée de La Baie que ça s’est passé. Il y a comme une magie qui s’opère quand on voit les bottes de carottes avec leur tige verdoyante, les navets et les patates terreuses qui débordent des tablettes.

Paquet de fèves
Mon légume préféré dans le bouilli, c’est la fève jaune. Enfin, je devrais dire le paquet de fèves jaunes que j’attache minutieusement avec de la corde. Je sais, il y a encore des gens qui me disent que je perds mon temps à faire ça et que je n’ai qu’à les balancer dans la marmite individuellement, mais je ne m’y résigne pas.

C’est peut-être par nostalgie que je fais des paquets de fèves. Je me revois, je ne devais pas avoir plus de 5 ou 6 ans, alors que j’aidais ma mère. J’avais comme responsabilité de mettre mon petit doigt de gamin sur le noeud de la corde pour que ma mère puisse en tourner un deuxième sans qu’il y ait de slaque. Je prenais cette tâche très au sérieux et je me sentais très important de l’accomplir.

Je les empilais sur la table de cuisine, comme une pyramide, et j’insérais une ou deux fèves à la serre pour combler l’espace vide, afin que le paquet soit bien tassé. Il ne fallait pas qu’ils se brisent pendant la cuisson. C’est aussi plus facile à servir, et ça permet d’être équitable. Dans une grosse famille, ça évite les injustices entre les enfants, pour qui, souvent, un rien suffit à provoquer une chicane.

Alors, à tous ceux qui disent que je perds mon temps à faire ça, je vous annonce que je vais continuer quand même, pour la mémoire. Une motte de beurre fondant sur des fèves qu’on sale abondamment, c’est réconfortant.

Pour le rôti de porc
J’aime bien cuisiner – cuisiner est un grand mot, car c’est seulement de la viande et des légumes qui bouillent dans de l’eau – un bouilli parce que c’est peut-être aussi la seule fois qu’on achète un rôti de porc. Ma mère cuisinait du rôti de porc avec des patates jaunes, mais ça, c’est une tradition qui s’est perdue. Ça fait longtemps que je n’en ai pas goûté. Ça me rappelle aussi mon enfance lorsque je débite le gros rôti de porc de palette qui s’effiloche facilement après la cuisson et qu’on peut le couper à la fourchette.

C’est beau de voir la marmite remplie de légumes colorés et de pommes de terre jusqu’à rebord, noyés dans l’eau. Pour une rare fois, je ne suis pas d’accord avec Ricardo, qui utilise des patates grelots pour faire son bouilli. Je mets des patates coupées en deux, c’est mieux, et j’ose même y glisser quelques maïs. Ça les rend plus goûteux.

Le problème avec le bouilli, c’est qu’on en fait toujours trop et qu’on se tanne d’en manger toute la semaine. Un ami m’a conseillé de le passer au mélangeur pour en faire une soupe-repas. Ça vaut peut-être la peine d’essayer.

C’est donc pour le bouilli traditionnel que vous devez prendre la route et vous rendre au kiosque fermier le plus près de chez vous en fin de semaine. Nous avons la chance d’avoir des producteurs maraîchers dans la plupart des rangs, à quelques kilomètres de la ville. Il faut en profiter. Pour ma part, je trouve cela plus sympathique d’aller au kiosque de la ferme pour faire le plein de légumes, au lieu que ce soit les producteurs qui se déplacent en ville dans des marchés publics.

C’est le temps de partir à la découverte de nos rangs en fin de semaine pour que ça sente le bouilli partout en ville.