Un autobus scolaire

Dormir avec son travail

CHORNIQUE / J'ai fait une incursion, la semaine dernière, dans le monde du transport scolaire. L'idée est partie d'un fait divers alors qu'un chauffeur d'autobus a laissé descendre un enfant au mauvais endroit, dans un circuit d'autobus scolaire, le mois dernier.
Comme d'habitude, c'est souvent l'erreur, l'exception, qui fait les manchettes. Nous sommes allés voir comment ça s'organise au quotidien. J'ai rencontré les responsables de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, les transporteurs d'Intercar, les responsables du service de garde et la direction de l'école Saint-Isidore à Chicoutimi.
Ça tient du miracle
La question à se poser n'est pas comment ça se fait qu'ils en ont échappé un, mais comment ça se fait qu'on n'en échappe pas plus souvent? Ça tient du miracle, mais ça marche, tous les jours, au Québec comme au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Dans les quartiers résidentiels, le long des grands boulevards, dans le fin fond des rangs en milieu rural, on transporte des milliers de jeunes de 4 à 17 ans à la porte de leur résidence ou à un arrêt tout près. Ça marche parce qu'il y a un village de monde autour de chaque transport pour veiller sur nos jeunes. Ce sont les parents, les grands frères, les grandes soeurs, les voisins, les amis, les brigadiers, les chauffeurs, les éducatrices des services de garde, les directeurs d'école, les employés de soutien, les transporteurs d'expérience... Tout ce beau monde fait son travail et un peu plus. Les quatre commissions scolaires de la région consacrent plus de 30 millions$ par année au transport scolaire, c'est toute une industrie.
Il y a vingt ans, quand des parents sont arrivés à l'inscription scolaire avec deux adresses pour leur enfant, l'accueil ne fut pas très favorable par les responsables du transport, dans les commissions scolaires. «Deux adresses, ça n'avait pas de bons sens. On ne pouvait pas commencer ça, ce serait trop compliqué», me raconte un employé de la commission scolaire à la retraite. Aujourd'hui, c'est la norme. Les commissions scolaires doivent répondre aux besoins des parents et des enfants. Alors une semaine chez maman, une semaine chez papa, le matin j'embarque à partir de chez maman, le soir je débarque chez papa, le midi je dîne chez grand-maman, sauf le mercredi où je dîne au service de garde, etc.
Éclatement des familles
Les dirigeants des commissions scolaires ne pouvaient pas prévoir, il y a 20 ans, que les responsables du transport scolaire devraient composer avec la réalité de l'éclatement des familles et des familles reconstituées.
Les horaires des éducatrices dans les services de garde sont surlignés avec des crayons marqueurs pour mettre l'accent sur les cas particuliers, qui sont de plus en plus nombreux, pour savoir comment fonctionne leur horaire. On ne peut pas compter sur les enfants pour clarifier les zones grises, ils ont de la difficulté à s'y retrouver eux-mêmes.
C'est pour ça que Hugo Gilbert, propriétaire d'Intercar, me racontait en fin d'entrevue qu'il ne dort pas toujours tranquille. «Mon père a passé sa vie à penser à ses centaines de chauffeurs sur la route et à ses milliers de passagers. Je partage cette préoccupation avec lui, c'est pour ça que le vendredi, à 17 h, quand il neige abondamment et que tous mes autobus sont rentrés au garage, je prends un apéro, ça me soulage», me raconte-t-il.
Quand vous suivez un autobus jaune sur les routes, soyez vigilants, car vous aussi, automobilistes, vous faites partie du miracle pour que nos enfants rentrent à la maison en fin de journée.
Il faut que tout le monde soit responsable pour que le miracle du transport scolaire se poursuive.