Boucar Diouf donnera un spectacle-bénéfice au profit des gestionnaires de la rivière à Mars et de la rivière Saint-Jean-Saguenay, deux rivières à saumons tributaires du Saguenay, en plus de rencontrer les gens sur les glaces de La Baie, samedi, en fin d'après-midi.

Docteur froid sur les glaces

CHRONIQUE / « Les Québécois sont tellement écoeurés de l'hiver qu'au printemps, pour s'en débarrasser, ils mangent les derniers bancs de neige en les mélangeant avec du sirop d'érable. »
Vous devez reconnaître dans cette phrase l'humour de l'inimitable Boucar Diouf, humoriste et océanographe d'origine africaine, qui sera l'invité d'honneur du Carnaval des glaces de La Baie, du 17 au 19 février. Il sera sur les glaces en après-midi pour rencontrer les pêcheurs et prononcer une allocution avant de présenter un spectacle en soirée, samedi.
Les amateurs de pêche sous la glace ne pouvaient pas trouver meilleur ambassadeur que ce spécialiste du froid et grand connaisseur de l'éperlan arc-en-ciel, ce petit poisson présent en abondance dans le Saguenay et très prisée des pêcheurs. Il a réalisé sa thèse de doctorat sur « Les facteurs de résistance au froid de l'éperlan arc-en-ciel (Osmerus mordax) et leur influence sur sa biochimie post mortem à deux stades de développement (juvénile et adulte) ».
Attiré par le froid
Mais la question se pose : comment un Africain d'origine peut-il être attiré par le froid ? « J'aime bien réfléchir sur le froid. Tous nos comportements sont liés de près au froid, même la langue a été façonnée par l'hiver. Les Québécois ont une façon de dégainer la langue, parce qu'il fait très froid dehors et ils ont le goût de se précipiter et de sacrer leur camp. On entend des choses comme, au lieu de dire "regarde au plus sacrant", ils vont dire, "garde-garde-garde-garde '' comme une mitraillette, un débit imposé à la langue par l'hiver », estime le docteur du froid.
Péter au frette
« Les Québécois ont adapté leur français à leur environnement et le froid a enrichi le vocabulaire. Prenons l'expression ''péter au frette '', je trouve que c'est l'expression qui traduit le plus la mort de toute la francophonie. De toute façon on dit refroidir quelqu'un, donc c'est sur que ''péter au frette '', c'est plus puissant que mourir, c'est plus visuel, tu tombes raide mort quand tu pètes au frette, on le voit tomber », raconte en riant l'observateur de la société québécoise.
« Les gens viennent voir mes spectacles, ça les fait rire, car ils savent que je parle de l'intérieur, quand tu ris des gens de l'intérieur ils acceptent, c'est pas la même chose que rire d'eux quand t'es à côté ; ça, ça ne passe pas au Québec », dit-il.
Boucar Diouf a ce don de nous faire péter en pleine face nos comportements et nos habitudes de vie. Il est capable de nous raconter, de nous décrire avec humour et de faire jaillir des petits détails qui définissent bien souvent notre personnalité, surtout dans nos rapports avec le froid.
« L'analyse des comportements, ce n'est pas naturel pour moi, c'est parce que j'aime les Québécois, je les aime profondément. Étant Africain et Québécois dans l'âme, j'observe les gens et je leur dresse un miroir d'eux-même, ils aiment ça. C'est parce que je vous connais très intimement », soutient le Rimouskois.
« J'ai été très proche des Québécois depuis le début. J'ai vécu 16 ans dans le Bas du fleuve. Je suis arrivé en 1991 pour des études en océanographie, je me suis promené entre Gaspé et Rimouski et j'ai rencontré ma blonde qui vient de Matane. J'ai plongé profondément dans la culture, j'ai écouté la musique, j'ai lu beaucoup. Maintenant, je peux dire que j'ai passé plus de temps au Québec qu'en Afrique. J'ai 51 ans, j'ai passé 26 ans au Québec et 25 ans en Afrique, c'est suffisamment de temps pour étudier les gens profondément », fait-il remarquer.
Spectacle-bénéfice
Boucar Diouf donnera un spectacle-bénéfice au profit des gestionnaires de la rivière à Mars et de la rivière Saint-Jean-Saguenay, deux rivières à saumons tributaires du Saguenay, en plus de rencontrer les gens sur les glaces de La Baie, samedi, en fin d'après-midi. Il a bien hâte de rencontrer les gens, il connaît bien le Saguenay pour y avoir déjà passé des vacances par le passé et il se dit un partisan des régions ressources et être pour la régionalisation de la migration, « un propos que je tiens depuis 100 ans », conclut-il.
Parlez-lui des éperlans et du glycérol, un alcool de sucre qui rend la chair de ce petit poisson plus délicate avec un léger parfum de menthe un peu sucrée, il en connaît le secret, c'est ce qui empêche l'éperlan arc-en-ciel de péter au frette sous la glace.