Dans ce resto de Chicoutimi, lundi matin, une banquette sur deux et un tabouret sur deux étaient interdits pour réduire la capacité d’accueil. Quand le petit restaurant du coin prend de telles mesures, ça commence à être sérieux.

Difficile pour les restaurateurs

CHRONIQUE / Les restaurateurs et leurs employés ne l’auront pas facile cette semaine. Comme bien d’autres travailleurs, je fais du télétravail et j’essaie de rester à la maison. Dans la foulée du coronavirus, mon chef des nouvelles m’a demandé de faire une tournée des restaurants, lundi matin, pour voir comment ça se passait. J’avais l’intention de vous pousser une chronique de suggestions de lecture pour les deux prochaines semaines, mais j’y reviendrai.

J’étais pourtant décidé à respecter les consignes du premier ministre François Legault et de limiter mes déplacements à des sorties essentielles, comme l’épicerie, la pharmacie et pour prendre l’air. Mais bon, le travail m’appelle dans les restaurants ; il faut ce qu’il faut.

En principe, les restaurants ne sont pas fermés par la santé publique, mais les propriétaires doivent respecter les consignes de rassemblement et limiter leur capacité d’accueil à 50 %. Donc, je peux exercer mon travail en respectant les consignes de sécurité; je vais donc déjeuner au restaurant du coin.

Précaution ou paranoïa

Précaution ou paranoïa, je ne sais plus, mais j’ai allongé la manche de ma veste pour ouvrir la porte du restaurant sans la toucher avec mes mains. Ça ne me tentait pas du tout de poser ma main sur la poignée de porte d’un endroit public ; ne riez pas.

Une fois à l’intérieur, ça fait bizarre de constater qu’une place sur deux, au comptoir, est réservée pour qu’il y ait un mètre de distance entre les clients et qu’une banquette sur deux est interdite pour réduire la capacité d’accueil. Quand le petit restaurant du coin prend de telles mesures, ça commence à être sérieux.

Évidemment, c’était le sujet de discussion. « Ceux qui ne sont pas en bonne situation financière ne pourront pas passer au travers. C’est un spécialiste en finances qui me l’a dit », me confie la serveuse en versant mon café.

« Ça commence déjà à paraître dans la fréquentation, il y a moins de monde », dit-elle.

Quand un restaurant de 30 places doit se contenter de 15 places, ça ne doit pas être évident, que je me dis en mangeant mes fèves au lard.

Je continue ma tournée pour constater que le restaurant Saint-Hubert a fermé sa salle à manger pour offrir seulement le service au volant et la livraison. Partout où je suis passé, on sentait l’inquiétude et on attend les consignes de nos premiers ministres. « Il est probable qu’on interdise de fréquenter les restaurants dans les prochains jours. Ça change d’heure en heure », me dit un commerçant, qui a multiplié les mesures d’hygiène dans son établissement.

« On lave les surfaces, les tables, les chaises, après le passage des clients, mais je ne peux pas nettoyer la poignée de porte chaque fois qu’un client entre », dit-il, en écorchant au passage le manque de leadership de Justin Trudeau.

Tout le monde n’a pas peur

Je n’ai pas dîné au restaurant, finalement. J’ai jasé avec le personnel en place et les opinions varient selon l’importance du restaurant en termes de nombre de places. Mais partout, on a remarqué une baisse de l’achalandage. Dans un restaurant du centre-ville, sur l’heure du midi, la serveuse me fait remarquer qu’elle a réservé une place entre chaque banc pour que les gens soient espacés d’un mètre quand ils s’assoient au bar.

Une dame, sa soeur et sa fille se sont assises l’une à côté de l’autre pour dîner et jaser avec la serveuse, qui est une de leurs amies. « Vous mangez ensemble à la maison, je ne vais pas vous séparer ici », dit-elle à ces clientes, qui ne semblaient pas du tout inquiètes d’être dans un restaurant. La peur n’a pas gagné tout le monde; ça va aider un peu les restaurateurs.

Je n’étais pas à l’aise, pour ma part, de me promener comme ça d’un restaurant à l’autre, même si je respectais la distance d’un mètre et que j’utilisais la manche de mon manteau pour ouvrir les portes. J’ai continué mes investigations par téléphone et via les réseaux sociaux. Je trouvais ça plus sage.

L’argent comptant

En visitant virtuellement les restaurants, j’ai constaté que le ton avait changé en moins de 24 heures. Les restaurants Saint-Hubert sont passés d’un message disant que les restaurants restent ouverts avec une capacité d’accueil réduite à 50 %, pour ensuite dire que les salles à manger seraient fermées, et pour finalement dire qu’au service à l’auto, ils n’accepteraient pas l’argent comptant pour éviter la contamination : « Merci de votre collaboration, on vous attend au service au volant, aucun argent comptant accepté. #RestezChezVous ».

Plusieurs restaurants, comme ceux de la chaîne Pacini par exemple, qui a fermé tous ses restaurants au Canada pour 14 jours, ont fait savoir qu’ils fermaient leurs portes pour une période indéterminée.

La manipulation de l’argent comptant pourrait être l’objet d’inquiétude pour de nombreuses personnes devant manipuler des billets de banque.

Un restaurateur m’a confié avoir lavé l’argent de la caisse. « N’écris pas ça dans ton journal, les gens vont dire que je suis fou. On lave les chaises et les menus que les clients ont manipulés ; l’argent aussi, ils l’ont manipulé », dit-il en frottant son index contre son pouce.