Khatéré Talaï (photo) et sa mère Mahboubeh, seront les vedettes de l’émission Deuxième chance, animée par Patrick Lagacé et Marina Orsini, le samedi 24 mars sur les ondes de Radio-Canada télé.

Deuxième chance pour les Talaï

Chronique / C’est une famille de Chicoutimi qui sera au coeur de l’émouvante émission Deuxième chance, le samedi 24 mars, sur les ondes de Radio-Canada télé, animée par Patrick Lagacé et Marina Orsini. Khatéré Talaï et sa mère Mahboubeh ont quitté l’Iran pour s’établir au Maroc en 1984. Après plusieurs mois d’exil, la famille est partie du Maroc pour émigrer à Chicoutimi en 1985.

Lors de leur séjour en Afrique du Nord, Denis et Christiane François, un couple de Français, les ont pris sous leur aile et les ont aidés à s’intégrer à la communauté. « Nous avons quitté le Maroc dans un climat d’instabilité politique en même temps que les François et tout s’est fait rapidement lors de notre départ pour le Canada. Ils nous ont souhaité bonne chance, on leur a souhaité bonne chance et l’histoire s’est terminée là. Nous n’avons pas eu le temps de les remercier pour tout ce qu’ils avaient fait pour nous et nous avons toujours regretté ce moment », de confier Khatéré Talaï que j’ai rencontrée au Pavillon des humanités à l’UQAC où elle travaille aujourd’hui.

Recherches vaines

« Nous avons tenté de les retrouver par le passé, mais chercher Denis François sur Google, c’est comme chercher un Pierre Tremblay au Québec et les gens changent avec le temps qui passe. Nous savions aussi qu’ils étaient des gens introvertis et qu’il y avait peu de chances qu’ils aient une page Facebook », explique la Chicoutimienne d’adoption.

Ma mère suivait l’émission Deuxième chance et elle trouvait chanceux les gens qui pouvaient retrouver des connaissances après tant d’années, grâce au travail des recherchistes de Radio-Canada. Ça ramenait la discussion sur Denis et Christiane François qui nous avaient aidés au Maroc. Nous avons donc pris la liberté de raconter notre histoire en nous inscrivant sur le site Internet de l’émission Deuxième chance », met en relief l’Iranienne d’origine qui avait 18 ans lors de son arrivée au Maroc.

Histoire touchante

« Ils ont trouvé notre histoire touchante et ils nous ont demandé si nous étions intéressés à poursuivre les démarches. Patrick Lagacé a été bien clair dès le départ ; il ne savait pas quels seraient les résultats, mais qu’il trouve les François ou pas, l’histoire méritait d’être racontée », fait valoir Khatéré Talaï.

La fille et la mère étaient prêtes à aller jusqu’au bout de l’aventure, quitte à se recueillir dans un cimetière si ces gens étaient décédés après 38 ans de séparation. « Nous avons préparé un mot de remerciement au cas où on les retrouverait, nous craignions que les mots nous manquent dans une telle éventualité », précise cette femme souriante qui adore sa terre d’accueil du Saguenay.

Je ne peux pas faire le divulgâcheur et vous donner les détails de l’émission, mais le chemin parcouru par cette famille iranienne reste tout de même très touchant.

De religion Baha’ie

« Nous sommes de religion Baha’ie et lors du retour de l’Ayatollah Khomeiny après le départ du shah d’Iran, mon père était inquiet pour notre sécurité et c’était dangereux pour les gens de notre religion de vivre en Iran. Nous avons donc migré vers le Maroc », raconte celle qui était accompagnée de sa soeur et de ses parents à cette époque.

« Du jour au lendemain, j’ai dû apprendre le français et écrire de gauche à droite alors que j’écrivais l’arabe de droite à gauche », raconte-t-elle au début de l’émission que j’ai visionnée. « Quelques mois avant de partir pour le Canada, mon père est décédé dans le bureau d’un médecin dans un de ses déplacements à Casablanca alors que la famille vivait à Marrakech. Six mois après le décès de mon père, alors que le Maroc vivait une instabilité politique, nous avons pris la décision de migrer au Canada. Il fallait du courage pour ma mère, une veuve de 35 ans avec ses deux filles de 19 et 12 ans et 10 000 $ en poche pour s’exiler sur un autre continent. »

« Ma mère avait contacté la direction de la communauté baha’ie au Canada et leur a demandé où elle pourrait vivre, où elle serait la plus utile pour la communauté. Comme nous parlions français, ils nous ont suggéré le Québec et particulièrement Chicoutimi où la communauté baha’ie n’était pas très nombreuse. C’est là que nous serions le plus utiles, ont-ils dit à ma mère qui n’a pas hésité un instant à s’installer à Chicoutimi », raconte Khatéré Talaï qui parle un français impeccable.

Choc climatique

« Nous sommes arrivés à Montréal le 28 décembre 1984 avant de prendre la route pour Chicoutimi le 28 février 1985. Des amis nous ont suggéré de prendre le train parce que nous avions beaucoup de bagages. Mais ils ont oublié de nous dire que le trajet durait 10 heures et qu’il n’y avait pas de restaurant à bord », se souvient la souriante femme qui rit encore de cette aventure 33 ans plus tard.

« Nous sommes arrivés à la gare de Chicoutimi à deux heures du matin. Nos amis de la communauté baha’ie nous attendaient sur le quai de débarquement et ils avaient fait chauffer les voitures pour nous accueillir. Je me rappelle qu’il y avait tellement de neige, c’était incroyable alors que nous arrivions pendant la grève des cols bleus de la ville », détaille Khatéré Talaï qui est aujourd’hui chargée de gestion à l’Association des diplômés de l’Université du Québec à Chicoutimi.

« Nous avons refait notre vie ici dans une parfaite harmonie. Nous n’avons pas eu de choc culturel, car nous parlions français ; c’était plus un choc thermique », fait savoir celle dont la famille a été accueillie quelques mois chez feu le Dr Andy Kennedy, qui était membre de la foi baha’ie et qui est décédé le 5 mars 2018. Les membres de la communauté baha’ie célébraient d’ailleurs leur Nouvel An, le 21 mars, après 19 jours de jeûne du levé au couché du soleil.

Les téléspectateurs de l’émission Deuxième chance feront la connaissance de deux femmes très attachantes dans une démarche nourrie d’espoir. Le dénouement de leur aventure sera connu à 20 h le samedi 24 mars.