Olivier Bernard, dit le Pharmachien, président d’honneur de la 10e édition du festival Fous de la science organisé par le Musée du fjord à La Baie du 24 au 26 mai était de passage dans la région pour prononcer des conférences dans les écoles et pour le grand public plus tôt cette semaine.

Détecter les discours louches

CHRONIQUE / Olivier Bernard, mieux connu sous le nom du Pharmachien, a commencé à parler aux jeunes au cours de la dernière année en prononçant des conférences dans les écoles secondaires et les cégeps. « Je leur parle d’esprit critique, de comment détecter les discours louches et la puissance du marketing. Dans la dernière année, j’ai été surpris de constater à quel point ils ne sont pas crédules et épatés de voir comment ils sont allumés », a commenté Olivier Bernard lors d’une entrevue mercredi matin.

Le Pharmachien est dans la région depuis le début de la semaine à titre de président d’honneur de la 10e édition du festival Fous de la science organisé par le Musée du fjord à La Baie et qui se tiendra du 24 au 26 mai. Il a rencontré les jeunes dans les écoles en plus de prononcer une conférence grand public à l’église Saint-Alexis de La Baie.

Esprit critique

« Les jeunes ont le réflexe de l’esprit critique, mais c’est fou de constater à quel point le monde est ligué contre eux. Le marketing alimentaire et le marketing de la santé sont très puissants et nous inondent chaque jour de messages publicitaires pour inciter les consommateurs à acheter leurs produits, et ça fonctionne », élabore le pharmacien qui possède 15 années d’expérience.

« C’est plus facile de convaincre les jeunes de douter des informations qui sont véhiculées dans les publicités et les médias sociaux que de déconstruire une idée déjà toute faite dans la tête d’un adulte », explique Olivier Bernard, qui adapte ses conférences en fonction de la clientèle à qui il s’adresse.

Les jeunes peuvent comprendre par exemple qu’un verre de jus d’orange contient autant de sucre qu’un verre de boisson gazeuse. Mais expliquer à un adulte qui a été conditionné toute sa vie à savoir qu’un verre de jus d’orange le matin est essentiel à sa santé parce que des compagnies de jus d’orange lui ont fait croire, grâce au marketing alimentaire, que c’était une bonne dose de vitamine C, c’est plus difficile.

La puissance du marketing

Lors de notre entrevue, Olivier Bernard portait un chandail avec l’image qu’un verre de jus d’orange égale une canette de boisson gazeuse. « Plus les gens sont éduqués, plus c’est difficile de briser les fausses croyances, car ils font confiance à leur jugement. Les compagnies ne sont pas sottes et ils savent très bien ce qu’il faut dire aux gens pour les convaincre avec des expressions comme des aliments santés ou aliments naturels et des stratégies de manipulation pour nourrir les croyances », dit-til.

« Les scientifiques ont souvent moins de crédibilité que des quidams. Parfois, je vais donner des réponses à des gens, mais ils vont mettre en doute mes propos en disant : “ouais, ma coiffeuse l’a essayé et m’a dit que...” On a longtemps dit dans les publicités que le lait était bon pour la santé alors que dans le récent guide alimentaire, on a classé le lait dans les protéines », cite en exemple le vulgarisateur.

« La santé est un sujet très tabou au Québec. À une époque, on disait qu’il ne fallait pas parler de politique et de religion dans les familles, mais de nos jours, il faut ajouter la santé. Les gens ont leurs propres perceptions et ont glané des informations sur Internet qui les confortent dans leur pensée. Ça devient difficile d’en parler. On vit un peu le même débat avec les changements climatiques, alors qu’une partie de la population refuse de croire les scientifiques et c’est comme ça dans beaucoup de domaines », laisse entendre celui qui a fait le choix de défendre la science devant les croyances.

Publicité et information

Pour en revenir au marketing médical ou alimentaire, Olivier Bernard relate le fait que neuf questions sur dix qu’on lui pose après une conférence grand public c’est : “j’ai entendu parler de tel produit, est-ce que c’est bon ? ” «La publicité a son impact et ce n’est pas facile pour les gens de démêler l’information de la publicité », ajoute-t-il.

Le Pharmachien a été diplômé en 2004 et fait de la vulgarisation depuis sept ans. « J’entendais beaucoup de choses en pratiquant ma profession et je voulais sensibiliser plus de gens qu’une seule personne à la fois », dit-il. Le nom Pharmachien vient du fait que le vulgarisateur a placé une tête de chien sur le corps du pharmacien, car il ne voulait pas se mettre en vedette dans les dessins qu’il réalisait dans ses livres et sur Internet. L’expression est restée. Les gens l’ont adopté en disant même qu’il est le chien de garde de la santé.

Il écrit des livres, prononce des conférences, réalise une série documentaire en plus de prendre la parole dans des émissions d’affaires publiques. Il n’a pas peur de faire face aux multinationales et aux groupes de pression et conserve un discours très éclairant teinté d’humour. Un homme de discussions qu’il fait bon de rencontrer.