Le poste de traite de la Métabetchouane à Desbiens raconte l’histoire de la traite des fourrures et la première rencontre entre un Européen et les Autochtones sur le territoire de la région.

Desbiens: extrêmement historique

CHRONIQUE / L’embouchure de la rivière Métabetchouane à Desbiens est l’endroit le plus riche et le plus palpitant de l’histoire régionale. Bien avant l’arrivée du maire Nicolas Martel, Desbiens est extrême depuis au moins 6000 ans.

C’est ce qu’on découvre en visitant le Poste de traite sur le site de la Métabetchouane à Desbiens. C’est là que le père jésuite Jean Dequen, le premier homme blanc européen à s’aventurer dans la région, a posé les pieds, le 16 juillet 1647. C’est là que commence notre histoire régionale, la rencontre d’un Européen (né vers 1603 à Amiens, en Picardie au nord de la France) avec les nations autochtones qui vivaient sur le territoire du Pekuakami depuis des millénaires.

« Les jésuites étaient des érudits, ils avaient des connaissances médicales, étaient philosophes et ont rapidement appris les langues autochtones pour communiquer avec les différents peuples établis sur le territoire », raconte Samuel Girard, directeur du poste de traite que j’ai rencontré sur le site historique.

Le père Jean Dequen avait su que des Montagnais évangélisés ne pouvaient se rendre à la mission de Tadoussac parce qu’ils étaient malades. Le jésuite est donc monté à bord d’un canot d’écorce avec deux Autochtones.

Le premier blanc

« Depuis l’arrivée des Européens au pays, les Autochtones ont tout fait pour empêcher les blancs d’entrer sur leur territoire. Ils préféraient se rendre à Tadoussac pour échanger leur fourrure et racontaient des histoires d’horreur aux Français. Ils parlaient de monstres marins, de bêtes féroces et des innombrables dangers à s’aventurer sur le Saguenay et la route périlleuse pour se rendre au lac. Ils avaient confiance dans le père Jean Dequen qui parlait leur langue et qui avait guéri de nombreux Autochtones à la mission de Tadoussac », raconte Samuel Girard pour expliquer l’arrivée de Jean Dequen qui était à Tadoussac depuis 1642.

Le missionnaire a consigné dans un texte publié dans Les Relations des Jésuites ce voyage de cinq jours ponctué de dix portages pour passer du Saguenay à la rivière Chicoutimi jusqu’au lac Kénogami pour arriver au lac Pekuakami par la Belle-Rivière à Saint-Gédéon pour ensuite pagayer jusqu’à l’embouchure de la rivière Métabetchouane.

Jean Dequen est retourné au lac en 1650 et en 1652 et une mission sera fondée en 1665 et le poste de traite en 1676. À cette époque et depuis des lunes déjà, le site de la Métabetchouane était un lieu de rencontres pour les différentes nations autochtones de l’Amérique du Nord. On y venait de la baie d’Hudson, de la Côte-Nord, des Grands Lacs et de la Mauricie pour faire des échanges commerciaux. On raconte qu’il pouvait y avoir jusqu’à 20 nations différentes sur le site pendant l’été.

Le musée du poste de traite raconte ces histoires. On y apprend qu’il y a eu un poste de traite français et un poste de traite anglais après la conquête. Les Autochtones allaient échanger leurs fourrures contre divers objets métalliques, des couvertures ou de la nourriture. Desbiens était extrême, bien avant l’arrivée des blancs.

Se faire passer un sapin

Le musée raconte cette époque de la route des fourrures et de la vie autochtone sur le territoire. J’en ai appris une bonne, c’est un mythe non fondé, mais j’adore l’histoire. La guide interprète qui m’a accueilli au musée me raconte l’époque des longs fusils, une légende voulant que les Autochtones empilaient des peaux de castor à la hauteur d’un fusil pour l’obtenir en échange.

La légende raconte que les Anglais avaient rallongé le canon des fusils pour recevoir plus de peaux de castor en échange. La jeune guide en rajoute une couche en me demandant si je connais l’expression se faire passer un sapin ? L’expression québécoise pour dire qu’on s’est fait duper, qu’on s’est fait avoir. « Les Autochtones n’étaient pas si dupes, car ils dissimulaient des branches de sapin entre les peaux de castor pour que le ballot de fourrure soit plus épais ; d’où l’expression se faire passer un sapin », me raconte-t-elle. C’est une « fake news », mais ça reste une belle histoire.

Un 375e à célébrer en 2022

Ça fait des années que je passe devant le poste de traite de Desbiens sans jamais m’arrêter et l’endroit en vaut le détour. Le musée organise même des visites express pour les cyclistes qui veulent faire une trempette de 20 minutes pour à peine quatre dollars. C’est quand même là qu’on trouve le plus ancien bâtiment de la région, une poudrière qui date d’entre 1760 et 1788.

Un comité devrait se mettre en branle bientôt pour souligner le 375e anniversaire de l’arrivée de Jean Dequen et de sa rencontre avec les peuples autochtones. Enfin une vraie fête historique pour la région, car il est ridicule de penser qu’il ne s’est rien passé sur notre territoire avant l’arrivée de la Société des 21 que nous célébrons annuellement. L’époque de la traite des fourrures et de nos relations avec les Autochtones est tout aussi importante que la colonisation, c’est une grave erreur historique de renier 200 ans d’histoire.