L’accueil des bateaux de croisières au quai de La Baie occupe une large place au sein des activités de Promotion Saguenay.

Des employés insécures

CHRONIQUE / Ça doit être difficile de travailler comme employé salarié dans la créature de développement économique de Saguenay par les temps qui courent. Les employés de Promotion Saguenay sont inquiets. On me dit que les émotions sont très fortes et que, parmi les 53 employés, plusieurs ont l’impression d’être assis sur un siège éjectable. De nombreux employés se demandent si leur poste sera encore actif après le grand ménage. C’est très émotif comme atmosphère.

Le dossier Ghislain Harvey que notre éditorialiste Marc Saint-Hilaire a qualifié de « contrat de la honte » entache la réputation de l’organisme et la suspension avec solde de la directrice générale Priscilla Nemey a déstabilisé beaucoup de monde à l’interne. Il ne faut pas oublier qu’un organisme de développement économique est essentiel et nécessaire dans notre environnement et que Promotion Saguenay doit demeurer actif et efficace. Oui au changement de gouvernance, oui à la transparence, mais il faut protéger les emplois et le rôle de l’organisation.

Pour faire avancer des projets

Dans l’ancien temps, il n’y a pas si longtemps, Promotion Saguenay n’existait pas. On appelait ça une corporation de développement économique et ça faisait partie des entités municipales. Il y avait une société ou une corporation de développement économique ou un commissaire industriel dans chacune des villes. Après la fusion de 2000 qui a permis la création de la ville de Saguenay, on a regroupé tout ce beau monde, en 2002, sous une même entité qu’on a baptisé Promotion Saguenay.

Des employés de Chicoutimi, Jonquière, La Baie et d’ailleurs ont donc migré vers l’organisation pour appuyer et soutenir le développement économique de Saguenay. Avec les années, la bibite de développement économique a considérablement grossi. Elle a avalé le CLD (centre local de développement, il y en a plus d’une centaine au Québec) qui offre du soutien à l’entrepreneuriat, elle a aussi placé sous son aile l’Aéroport de Bagotville en plus des services de développement économique tant du côté industriel et commercial que des services. On dira ce qu’on voudra, ça prend du monde pour faire rouler ça. En 2016, le personnel a traité 785 dossiers de clients. Ça fait beaucoup de rencontres à l’agenda.

Promotion Saguenay s’occupe aussi du développement touristique. Il s’agit de l’un des plus gros départements, qui s’occupe notamment du volet des croisières internationales, avec le quai de la Baie qui accueille les passagers. Ça prend du monde aussi pour faire atterrir ça. Ça prend des guides bilingues, des véhicules, des circuits de visite, du personnel pour la planification, bref, on ne fait pas accoster une trentaine de bateaux en passant une publicité dans les annonces classées.

Avec le temps, Promotion Saguenay est devenu entre autres la vitrine publicitaire du maire Jean Tremblay qui en était le président en complicité avec son chef de cabinet de l’époque et organisateur politique, Ghislain Harvey, qui combinait aussi la fonction de directeur général de l’organisme. Pendant des années, Promotion Saguenay a fait la promotion du maire et de ses réalisations. Des employés de l’organisation travaillaient ouvertement pour le maire Tremblay lors des campagnes électorales. Il faut se rappeler qu’en 2009, le directeur, développement industriel, de Promotion Saguenay, Éric Gauthier, a été reconnu coupable de s’être livré à un travail de nature partisane lors des élections municipales du 1er novembre 2009 en transmettant au journal Le Réveil un sondage favorisant le candidat à la mairie, Jean Tremblay.

L’organisme s’est mis avec les années à distribuer des subventions à des organismes, à des événements et à des festivals, des tâches qui incombaient aux élus par le passé. En 2016, Promotion Saguenay a versé 2 611 936 $ dans la communauté pour soutenir plus de 200 activités, en plus d’avoir acheté les trois bateaux des Navettes maritimes du fjord pour offrir des croisières sur le Saguenay.

Avec le temps, l’organisme s’est substitué au travail des élus dans plusieurs dossiers, notamment dans l’aide aux organismes. Comme dans la fable, la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, Promotion Saguenay va se dégonfler sous la nouvelle administration municipale, mais il ne faut pas que ça éclate.

Le bébé avec l’eau du bain

La mairesse Josée Néron a demandé au ministère des Affaires municipales d’envoyer une équipe de vérificateurs pour faire la lumière sur les livres de Promotion Saguenay. Le geste de la mairesse est un véritable vent de fraîcheur, les gens dans les chaumières ont hâte d’ouvrir Le Quotidien le matin pour suivre l’actualité municipale. Enfin de la transparence, il est à espérer que les élus ne jetteront pas le bébé avec l’eau du bain. Il y a un grand ménage à faire dans la gouvernance, il y a sûrement des éléments de gestion qu’on devra remettre entre les mains des élus, mais il faut tout de même préserver les emplois des travailleurs en bas de la pyramide, ceux qui font véritablement la promotion de la ville de Saguenay. Ce n’est pas parce que le maire Jean Tremblay a signé des parachutes dorés à ses amis qu’on doit laisser l’avion s’écraser au sol.