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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn

Des deuils difficiles à vivre

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CHRONIQUE / Le premier ministre François Legault annonçait jeudi, lors de son point de presse, que le 11 mars serait pour le Québec une journée de commémoration nationale pour toutes les victimes de la COVID-19 et leur famille.

Ce n’est pas facile de faire son deuil en ces temps de pandémie qui limite les contacts. Un collègue, Louis Turbide, journaliste de l’hebdomadaire Le Placoteux, sur la côte sud près de Québec, a ventilé sur sa page Facebook ce qu’il a vécu dernièrement, en voici quelques extraits.

« Il y a 10 jours, mon père était aux soins palliatifs et son état de santé se dégradait à peine, tellement que je lui avais dit à la blague, la veille qu’il soit testé positif à la COVID-19, qu’il devait être sur le point d’être retourné à la maison tellement son état était stable. Selon moi, il aurait pu faire encore deux mois facilement et, surtout, il aurait pu mourir sans contrainte. »

« Bien qu’asymptomatique, il a été transféré au Concorde à Québec, où une seule personne par jour a pu aller le voir. Il trouvait le temps long et s’ennuyait de nous, mais il devait faire 10 jours sans symptôme avant de retourner aux soins palliatifs. »

« Malheureusement, la COVID lui est rentrée dedans comme un train et son état s’est rapidement dégradé. Ce n’est que la veille de sa mort, alors qu’ils l’ont plongé dans un coma irréversible, que mes 10 frères et soeurs avons pu nous rendre à son chevet sans contrainte au niveau du nombre, mais avec des mesures extrêmes au niveau sanitaire. La médecin, qui était extraordinaire, nous a expliqué que si elle ne le plongeait pas dans le coma immédiatement, il aurait la sensation de se noyer de façon consciente, ce que nous ne voulions surtout pas. S’il était mort de son cancer, il n’aurait pas eu à vivre ce cauchemar éveillé. J’ose à peine imaginer sa détresse lorsque la médecin lui a fait les injections et qu’il était très conscient que c’était la fin et que mon frère lui tenait la main. »

contraintes

« Mon père était un homme prévoyant et tous ses arrangements funéraires étaient réglés depuis longtemps. Son lot au cimetière était acheté ainsi que sa tombe et les détails de son exposition, mais la COVID a tout détruit. »

« Le corps de mon père ne peut être embaumé, ce qui est tellement pathétique, car c’est un métier qu’il a pratiqué lui-même. Malgré les volontés de mon père, il n’y a aucune possibilité de recevoir les condoléances au salon en présence du corps même la tombe fermée. »

« Aucune possibilité d’organiser une cérémonie religieuse à l’église avec le corps de mon père, et ce, même au printemps. On nous a accordé un temps de 30 minutes aujourd’hui pour ceux désirant lui rendre un dernier hommage, et ce, à la morgue du salon funéraire. Maximum 15 personnes au total. Il s’en est fallu de peu pour qu’on n’ait même pas ce petit moment important pour certains d’entre nous. »

« Aucune possibilité de vêtir mon père de façon convenable, lui qui était si fier de sa personne. Le corps d’une personne décédée de la COVID-19 doit garder les vêtements qu’elle portait lors de son décès, soit une ridicule jaquette d’hôpital dans son cas. »

« Le seul rassemblement possible pour lui rendre hommage est le cimetière, mais puisqu’ils ne creusent pas de fosses l’hiver, cela se déroulera au printemps. »

« Mon père n’est pas décédé de son cancer. La COVID-19 l’a tué et a anéanti toute possibilité que ce passage si important se produise dans la dignité avant et après son décès auprès des ses enfants, de ses petits-enfants et de ses arrière-petits-enfants, ses frères, ses soeurs, et tous ses parents et amis. Ma mère étant en CHSDL, elle n’a pu venir à son chevet et nous regarderons comment nous lui annoncerons la nouvelle après avoir consulté un spécialiste en la matière. »

« La COVID, ça fauche seulement la vie de quelques vieux sans y changer grand-chose ? Non, en réalité, ça laisse des plaies ouvertes à des familles entières ! Sympathies aux 9142 familles du Québec affectées par le décès d’un proche dû à la COVID-19 ! »

Deuil national le 11 mars

Ce témoignage pourra être multiplié par 10 000, le 11 mars prochain, lors de la journée de commémoration nationale aux victimes de la COVID-19. Alain Girard de l’Alliance funéraire du Royame, à Chicoutimi, confirme que la situation est très triste pour les familles des victimes. « Quand tu vois le visage de ton père ou ta mère au travers d’une vitre et par la fermeture éclair du sac de transport de la morgue, c’est très difficile », dit-il.

Les maisons funéraires accompagnent les familles dans le deuil et témoigne de l’empathie tout au long des démarches, que ce soit la préparation du corps, le choix d’un cercueil, l’exposition au salon funéraire. « Les familles doivent dresser une liste de 25 noms pour assister aux funérailles, c’est très déchirant », témoigne le directeur général de l’Alliance funéraire du royaume.

« Les gens qui avaient prévu des préarrangements funéraires ne peuvent voir leur souhait exaucé. La loi nous oblige à rembourser les familles, alors que les montants d’argent pour couvrir les frais funéraires ont été placés en fiducie », explique Alain Girard.

Des deuils difficiles à vivre.