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Roger Blackburn
Le Quotidien
Roger Blackburn
Sandrine Bédard, vice-présidente de l’Association étudiante du Cégep de Chicoutimi.
Sandrine Bédard, vice-présidente de l’Association étudiante du Cégep de Chicoutimi.

Des cégepiens à bout!

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Je l’ai déjà écrit, mais je vais le répéter, la santé mentale des cégépiens ne va pas bien et là, ce ne sont pas seulement les experts qui le disent, mais les étudiants eux-mêmes. «Le sondage réalisé pour la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) révèle que 64 % des étudiants disent que leur santé psychologique s’est détériorée depuis le début de la pandémie», mentionne Sandrine Bédard, vice-présidente de l’Association étudiante du Cégep de Chicoutimi.

«L’isolement, la charge de travail, les difficultés de concentration, les problèmes avec le télétravail et l’anxiété liée à la performance scolaire sont à l’origine des problèmes de santé psychologique», rapporte l’étudiante de première année collégiale.

«Les professeurs cherchent à revoir leurs méthodes d’évaluation, ce n’est pas facile et ça demande plus de travail. C’est alarmant comme situation et on demande à Danielle McCann (ministre de l’Enseignement supérieur) d’investir massivement dans la santé psychologique des étudiants, pour rendre des ressources disponibles, et de publiciser ces ressources pour les faire connaître», exprime la militante de la FECQ, lors d’une entrevue téléphonique.

De grandes pertes pour les jeunes

Chaque fois que j’écris une chronique sur la santé mentale des jeunes, il s’en trouve toujours parmi vous pour me rappeler qu’il n’y a pas que les jeunes qui vivent des difficultés dans cette pandémie. Je sais, vous avez bien raison, mais je pense que les conséquences seront moins grandes pour un travailleur privé de son milieu de travail pendant un an que pour un étudiant privé de son cégep durant la même période.

«On peut se présenter au cégep une fois par semaine pour suivre des cours. Il y a l’éducation physique une fois par semaine et il y a la formule hybride avec la moitié de la classe en présentiel et l’autre moitié en ligne par ordinateur. Pour un cours magistral, ça passe, mais dès qu’on interagit, ça se complique, et il y a des bogues informatiques qui rendent la communication plus difficile. C’est moins motivant et les gens posent moins de questions», décrit l’étudiante.

«On échappe du monde, il y a des jeunes qui ne veulent pas revenir en classe. Par vote secret, dans un cours hybride, le prof demande qui veut venir en classe en présentiel et plus de la majorité ne veulent pas revenir en classe», ajoute Sandrine Bédard, qui s’inquiète pour le développement du sentiment d’appartenance et qui voit des impacts directs sur la persévérance scolaire et le décrochage.

La ministre de l’Enseignement supérieur devrait profiter des largesses budgétaires liées à la COVID pour équiper certaines classes de caméras et de systèmes de communication efficaces qui pourraient être utiles à court et long terme.

Direction et professeurs conscients

Porte-parole du Cégep de Chicoutimi, Éric Émond se dit très conscient des difficultés de santé psychologique des cégépiens.

«On le constate tous les jours, les professeurs travaillent avec eux et l’enseignement à distance ou en comodale (hybride) a ses limites. On a mis beaucoup de choses en place pour accueillir les étudiants au cégep pour respecter la demande du gouvernement de les avoir sur place au moins un jour par semaine. Mais quand les professeurs font des sondages auprès des étudiants pour savoir qui serait content de revenir en classe, le résultat est de 50-50. Il y a différentes raisons qui enlèvent le goût des jeunes pour un retour en classe, comme la peur d’attraper la COVID, tandis que d’autres se disent bien à la maison, ça dépend des tempéraments», met en lumière le directeur des affaires corporatives et des communications du Cégep de Chicoutimi.

«Nous avons mis en place récemment des mesures pour aller à la rencontre des jeunes par téléphone. On prend contact avec eux, on s’informe de leur état, comment ça va sur le plan académique et comment se porte leur santé psychologique. On les informe également que le Cégep offre des services d’aide pour faire face à l’anxiété, ils ne sont pas tous au courant des services offerts», explique Éric Émond.

«Les cégépiens vivent les mêmes difficultés que l’ensemble de la société, en cette période de pandémie. Sauf que le cégep, ce n’est pas seulement un lieu d’enseignement et de savoir, c’est aussi et surtout un milieu de vie important où les jeunes vivent entre eux, dans un moment important de leur vie», souligne le porte-parole qui, comme bien des gens, espère le plus rapidement un retour à la normale.