Dégazer les TDAH

CHRONIQUE / Le jeune enfant que j’étais autrefois serait sûrement traité au Ritalin aujourd’hui. Assurément, j’avais un problème d’attention et de concentration. J’étais aussi hyperactif. Sauf que dans ce temps-là, on disait d’un enfant qu’il était distrait et excité ; ce n’était pas un trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), comme cela est si bien diagnostiqué aujourd’hui.

Les compagnies pharmaceutiques doivent être vraiment heureuses que l’industrie ait trouvé une façon de faire prendre des pilules aux enfants. Je n’y vois ni complot ni marketing médical, mais admettons que la prescription est facile.

L’enfant hyperactif que j’étais dans ma jeunesse n’a pas pris de pilules parce qu’il passait ses journées à jouer dehors avec des amis aussi énervés que lui. D’abord, on allait à l’école à pied et pendant la récréation, on jouait au ballon prisonnier, pas à des jeux sur nos cellulaires. L’hyperactivité était évacuée dans des activités physiques. On était énervés, mais on jouait dehors. Ça s’annulait. « Ma mère me disait : ‘‘Va jouer dehors, ça va te dégazer.’’»

Jouer dehors

En arrivant de l’école, on se dépêchait de manger un sandwich à la mélasse ou une tranche de pain avec du beurre pis une banane pour aller jouer dehors. Nos mères nous criaient après pour le souper. On ne voulait plus rentrer. L’hiver, on renfilait nos tuques pis nos mitaines mouillées pour ressortir dehors après le souper.

On allait jouer au hockey dehors, en se rendant à la patinoire à pied. L’été, on passait la journée à la piscine publique, on partait à vélo pour jouer dans des terrains vagues.

Nos battements de coeur étaient des remèdes contre l’hyperactivité. On se couchait le soir et on était brûlés.

C’était une autre époque. Aujourd’hui, on prescrit une pilule pour calmer les enfants.

La prescription facile

Dimanche, à l’émission Tout le monde en parle, sur Ici Radio-Canada, deux médecins pédiatres, Guy Falardeau et Valérie Labbé, cosignataires d’une lettre dénonçant le nombre inquiétant de diagnostics de TDAH et la prescription systématique de médicaments ont fait le point sur cette maladie.

Selon eux, la plupart des enfants en souffrance n’ont pas besoin de médicaments. Ils ont besoin de jouer, de bouger et de gérer leur anxiété.

Le comédien Pier-Luc Funk qui a été diagnostiqué et médicamenté pour un TDAH, a réussi à gérer son état quand il a commencé à tourner pour la télévision et à faire de l’improvisation. Du moment qu’il était super occupé, il pouvait canaliser son énergie.

Santé publique

Pour ces deux pédiatres, le TDAH est devenu un problème de santé publique, et il faut que les jeunes lâchent leurs écrans et bougent plus. Tous ceux qui sont diagnostiqués TDAH devraient se faire non seulement prescrire une pilule, mais aussi l’obligation de bouger.

Quand on parle d’un problème de santé publique, il faut que tout le monde mette l’épaule à la roue. Les TDAH devraient être obligés de faire des devoirs d’activité physique le soir.

À l’école, il faudrait en faire plus, pour que l’activité physique déborde des heures de classe et devienne un réflexe.

On apprenait cette semaine que le ministère de l’Éducation obligera, dès l’automne prochain, les écoles à tenir deux récréations de vingt minutes par jour. C’est une bonne nouvelle, mais quant à moi, c’est 30 minutes qu’il faudrait.

Mais ça ne revient pas seulement à l’école de favoriser l’activité physique. Il faut que les parents s’impliquent davantage et s’organisent pour dégazer leurs jeunes.

Il faut d’abord renoncer à les laisser seuls de longues heures dans le sous-sol à pitonner sur leur tablette.

Sortez-les, amenez-les faire des courses avec vous, allez jouer du hockey dans la rue, forcez-les à gratter l’entrée avec vous, à faire le gazon, à faire le ménage de la maison, intégrez-les aux activités domestiques, laissez-les vous aider dans vos travaux de peinture ; bref, sortez-les de sous la jupe de leur mère.

Abolition de la mixité

« Il y a deux fois plus de gars diagnostiqués TDAH », assurent les médecins pédiatres.

Je n’irais pas jusqu’à remettre en question la mixité scolaire au primaire, quoique si j’étais ministre de l’Éducation, j’organiserais sûrement un colloque sur le sujet.

On entend souvent l’élite intellectuelle dénoncer le fait que les garçons n’ont pas d’enseignants masculins pendant leurs études au primaire. J’aimerais entendre des spécialistes, des professeurs et des éducateurs spécialisés sur les bienfaits d’enseigner à des classes de gars et à des classes de filles, séparément.

Les jeunes des deux sexes pourraient se côtoyer dans la cour de récréation et lors d’activités scolaires, mais des modèles d’éducation différents pourraient être adaptés pour les jeunes garçons, avec des profs masculins.

Je serais bien curieux de connaître l’issue des discussions sur la mixité.

Peut-être qu’on prescrirait moins de Ritalin s’il y avait des classes de gars et des classes de filles, avec des méthodes d’éducation adaptées.