Valérie Gagnon, intervenante, Barbara Gilbert, coordonnatrice adjointe, et Josée Gagnon, coordonnatrice du Centre de femmes mieux-être de Jonquière.

De petits reculs pour les femmes

CHRONIQUE / Le Centre de femmes mieux-être de Jonquière célèbre son 25e anniversaire, cet automne, et malgré les nombreux services offerts, la condition des femmes en société n’avance pas autant qu’on le croit. « On fait même des petits reculs », estime Josée Gagnon, coordonnatrice du centre d’accueil du Saguenay.

Je croyais, à tort, qu’avec le mouvement #metoo et #maintenantonagit, et avec un gouvernement paritaire hommes/femmes au Québec, la condition des femmes allait en s’améliorant.

« Les jeunes femmes pensent que le féminisme est une affaire réglée au Québec et que c’est un acquis pour la société. Elles se retrouvent face à une réalité différente quand elles ont des enfants. Elles se rendent compte rapidement que les stéréotypes de la société n’ont pas changé. Ce sont elles que l’école appelle quand les enfants ont des problèmes. Ce sont elles qui doivent s’absenter du travail pour les rendez-vous médicaux des enfants et ce sont elles qui se retrouvent avec la responsabilité des repas », mettent en relief Josée Gagnon, Barbara Gilbert et Valérie Gagnon, du Centre de femmes de Jonquière.

La violence existe toujours

« On mène les mêmes luttes qu’il y a 20 ans à bien des égards. Malgré nous, on reproduit des comportements qu’on voudrait voir disparaître, même si on se considère comme féministes », fait remarquer l’intervenante Valérie Gagnon, faisant référence à tout ce qui a trait à l’apparence physique imposée commercialement par les multinationales des cosmétiques.

« Même si elle est dénoncée, la violence faite aux femmes existe toujours. Les cas de vedettes et de personnalités connues sont très médiatisés, ça favorise la dénonciation, mais ça n’empêche pas que ces violences continuent d’exister, insiste Barbara Gilbert, adjointe à la coordination. Les petits gains, il faut les nommer, mais les dénonciations ne sont que la pointe de l’iceberg », ajoute-t-elle.

« Le chemin est long pour changer les mentalités et il ne faut pas baisser la garde. Les réseaux sociaux sont un bel outil pour la sensibilisation et aider les femmes victimes de violence à dénoncer leur agression, mais les femmes continuent d’être aux prises avec plusieurs difficultés », fait valoir Josée Gagnon.

Des femmes hypermédicamentées

« On voit de plus en plus de problématiques liées à la maladie mentale. On dirait que dans les bureaux de médecin, les femmes ont la prescription facile. Les femmes sont hypermédicamentées, la dépression arrive rapidement et je ne compte plus le nombre de femmes qui prennent des pilules pour dormir, exprime Barbara Gilbert. Aussitôt qu’une femme ne file pas bien, les pilules arrivent rapidement », dénonce-t-elle.

« Ça ne s’améliore pas beaucoup non plus en ce qui concerne la pauvreté. Il y a beaucoup de femmes qui vivent seules. Les difficultés de la vie mènent souvent à l’isolement, indique Valérie Gagnon. Les difficultés qu’on constate chez les femmes qui viennent nous rencontrer ici sont diverses. Que ce soit la solitude, une séparation, un divorce, un deuil, de l’inceste, un viol, une agression, de la violence, de la monoparentalité, du harcèlement au travail ou à la maison ou des cas de santé mentale, les femmes ont besoin de partager et d’échanger leur vécu », fait savoir l’intervenante.

Pour se faire du bien

« Une campagne de sensibilisation et de communication a été lancée au Québec le lundi 22 octobre pour faire connaître les centres de femmes et mieux expliquer leur impact dans la collectivité, dans le cadre de la semaine nationale de l’action communautaire autonome. »

« On aimerait faire découvrir aux jeunes les services qu’elles peuvent trouver dans les Centres de femmes. La moyenne d’âge des femmes qui participent à nos activités est d’environ 55 ans. Les jeunes femmes vivent aussi des difficultés et on veut leur faire savoir que nous sommes des milieux sécuritaires où elles peuvent échanger, se faire des contacts et créer des liens d’amitié », met en relief Josée Gagnon.

« On le voit et on le constate régulièrement. Des femmes arrivent ici atterrées par leurs difficultés et on voit des changements positifs dans leur comportement après trois ou quatre visites. Ça fait du bien de partager ce qu’on vit avec d’autres qui vivent la même chose », conclut la coordonnatrice.